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Plaster cast of a horse from Pompeii, showing anatomical detail of the complete skeleton

Un cheval retrouvé harnaché sous la cendre de Pompéi : il n’a jamais quitté son écurie

Par Léa · 15 août 2026 ·Le monde du cheval

Le 24 août, on commémore traditionnellement l’éruption du Vésuve qui a enseveli Pompéi en 79 de notre ère. Dans une villa située à la sortie de la ville, les archéologues n’ont pas seulement retrouvé des hommes et des femmes surpris par la cendre. Ils ont retrouvé une écurie, une mangeoire de bois, et des chevaux. L’un d’eux portait encore son mors, sa bride de fer et des ornements de bronze entre les oreilles.

La réponse en une phrase

Dans l’écurie d’une grande villa de Civita Giuliana, à quelques centaines de mètrès au nord-ouest des murs de Pompéi, les fouilles de 2018 ont mis au jour trois équidés. L’un d’eux a pu être moulé dans le plâtre, un autre a été retrouvé couché sur le flanc près de la mangeoire à laquelle il était vraisemblablement attaché, et le troisième portait un harnachement militaire assez riche pour que le parc archéologique y voie la monture d’un homme de rang. Aucun des trois n’est sorti de l’écurie.

Une écurie, une mangeoire, trois chevaux

Le site s’appelle Civita Giuliana. Il se trouve à environ 700 mètrès au nord-ouest des remparts de Pompéi, dans ce qui était alors la campagne suburbaine. La villa avait été sondée au début du vingtième siècle par des fouilles privées qui y avaient reconnu une quinzaine de pièces, puis laissée de côté pendant des décennies.

Quand les fouilles stratigraphiques modernes reprennent, elles dégagent une pièce identifiée comme une écurie. Le sol livre d’abord une mangeoire de bois, effondrée pendant l’éruption, dont il ne restait rien de solide. Les fouilleurs n’ont pas trouvé la mangeoire : ils ont trouvé le vide qu’elle avait laissé dans le sédiment durci, et ils l’ont rempli de plâtre. La forme de l’auge est revenue.

La même technique a rendu la silhouette complète d’un cheval, couché au milieu de l’écurie, puis les jambes d’un deuxième animal. Au fil de la campagne, ce deuxième cheval a été dégagé entièrement : il repose sur le côté droit, le crâne posé sur son antérieur gauche. La note du parc archéologique ajoute une phrase que l’on n’oublie pas facilement : il était probablement attaché à la mangeoire et n’avait pas réussi à se dégager.

Un mors, une bride de fer, des bronzes entre les oreilles

Le troisième animal, dégagé à la fin de la campagne de 2018, est celui qui en dit le plus. Son squelette est complet et en connexion anatomique, c’est à dire que les os sont restés en place les uns par rapport aux autres. Il portait encore un mors et une bride de fer. Entre les oreilles, sur l’os occipital, les fouilleurs ont récupéré des éléments décoratifs de bronze qui étaient probablement fixés sur des lanières de cuir depuis longtemps disparues.

C’est un détail technique, et c’est en même temps tout le sujet. Deux mille ans plus tard, le matériel qui a survécu est exactement celui qui survit encore dans une sellerie : le métal. Le cuir part, le bois part, les bronzes et les fers restent. Un cavalier de 2026 qui ouvre son armoire à brides et à mors manipule les mêmes matériaux, aux mêmes endroits. Le mors repose toujours sur les barres, cet espace de mâchoire sans dent où l’os n’est protégé que par une muqueuse fine, et la têtière passe toujours derrière les oreilles, là même où ce cheval portait ses bronzes.

Une selle à quatre cornes, et pas un seul étrier

Sur les côtes du troisième cheval, celui au harnachement militaire, les archéologues ont recueilli quatre objets de bois de conifère, retravaillés et recouverts d’une feuille de bronze, en forme de demi-lune. Un cinquième élément de bronze, formé de trois crochets à rivets reliés par un anneau à un disque, a été récupéré sous le ventre, près des postérieurs.

L’interprétation du parc archéologique est claire : ces pièces appartiennent à un type particulier de selle à quatre cornes. Une structure de bois portait deux cornes à l’avant et deux à l’arrière, plaquées de bronze, et ce sont ces quatre appuis qui calaient le cavalier. Ce modèle est attesté dans le monde romain dès le premier siècle, en particulier dans les contextes militaires, et il occupe une place charnière dans l’histoire de la selle de cheval.

Pourquoi quatre cornes plutôt qu’un simple siège : parce que l’étrier n’existe pas encore. Le cavalier romain n’a rien sous le pied. Il n’a ni point d’appui pour monter, ni point d’appui pour encaisser un choc, ni moyen de s’enlever de la selle. Les spécialistes font arriver l’étrier en Occident bien plus tard, autour des septième et huitième siècles, par les peuples cavaliers venus de l’est. Toute l’équitation romaine tient dans cet écart : on serre le cheval avec les jambes et on se cale entre quatre bosses de bois.

Quand on regarde un étrier moderne, avec son plancher antidérapant et sa branche qui se libère en cas de chute, on regarde en réalité l’aboutissement de deux mille ans de mise au point autour d’un problème que ce cheval de Pompéi posait déjà : comment tenir sur un dos qui bouge. Le cahier des charges d’une selle de cheval n’a pas changé depuis, seuls les moyens ont changé.

Sur quoi on juge un harnachement, hier comme aujourd’hui

  • La répartition des appuis. Une selle se juge sur la façon dont elle répartit le poids de chaque côté de la colonne, jamais dessus. Les cornes romaines calaient le cavalier, elles ne réglaient pas ce problème là.
  • La stabilité sans crispation. Un bon dispositif tient le cavalier sans l’obliger à se contracter en permanence. C’est ce que l’étrier a apporté.
  • Le contact dans la bouche. Un mors se juge sur sa surface d’appui, l’épaisseur du canon et le réglage aux commissures, pas sur son aspect.
  • Les matériaux au contact de la peau. Cuir contre métal, matelassure contre garrot : ce sont les zones de frottement qui trahissent un matériel mal adapté.
  • Le réglage, pas la marque. Un matériel cher mal réglé abîme davantage qu’un matériel simple bien ajusté.
  • La réversibilité. Un harnachement correct se retire vite. Le cheval attaché à sa mangeoire rappelle brutalement ce que coûte l’impossibilité de libérer un animal.
  • La cohérence avec l’usage. Une selle de parade, une selle de travail et une selle de sport n’ont pas le même cahier des charges. C’était déjà vrai en 79.
  • Ce que dit le cheval. Le meilleur juge reste l’animal : dos qui se creuse, refus, défense à l’embouchure. Les Romains n’avaient pas d’imagerie vétérinaire, nous si.

Un mètre cinquante au garrot, ce qui était grand pour l’époque

Le moulage a permis de mesurer l’animal : environ 150 centimètrès au garrot, c’est à dire de l’épaule au sol. L’état des os indique un individu adulte. L’identification de l’espèce reste prudente dans les documents du parc : d’après la morphologie de la silhouette, les proportions et la hauteur au garrot, il s’agit probablement d’un cheval, Equus caballus, et non d’un mulet ou d’un bardot.

Cent cinquante centimètrès, aujourd’hui, ce n’est pas grand : la plupart des chevaux de selle modernes dépassent le mètre soixante. Mais les chevaux de l’Antiquité étaient globalement plus petits que les nôtrès, et c’est pour cela que la mesure a fait réagir les archéologues. Un animal de cette taille, dans cette région, en 79, suggère une sélection délibérée.

Les fouilleurs citent d’ailleurs Columelle, agronome romain du premier siècle, qui distinguait trois catégories de bétail équin : une race plus noble, adaptée aux jeux du cirque et aux courses, les mules, et enfin une race commune produisant des sujets médiocres. Le cheval de Civita Giuliana appartenait selon eux à la première catégorie. Il ne travaillait pas, il montrait. C’est un signe de fortune autant qu’un animal, et cette logique n’a guère changé depuis, comme le rappelle l’histoire longue du cheval domestique.

Quelqu’un les avait préparés

La présence de mors et de brides dans cette écurie a nourri une hypothèse, formulée par le directeur général du parc archéologique de l’époque : ces chevaux étaient prêts à servir, avec leur équipement. Quelqu’un les avait harnachés. Peut être pour fuir, peut être pour aller chercher quelqu’un.

Il faut la citer avec ses réserves, telles qu’elles ont été formulées : le même responsable a précisé qu’on ignorait si l’éruption les avait surpris pendant qu’ils se préparaient à partir, et que les analyses trancheraient. Ce n’est pas une certitude établie, c’est une lecture plausible d’un faisceau d’indices. Des deux premiers chevaux, il ne reste d’ailleurs pas assez pour dire s’ils étaient harnachés eux aussi.

Ce que l’on peut dire sans se tromper, en revanche, c’est qu’aucun d’eux n’est parti. Trois animaux de valeur, préparés ou non, sont morts dans le bâtiment où ils vivaient. Les chevaux qui traversent l’Histoire dans des récits glorieux, de Bucéphale sous Alexandre au cheval de course qu’un empereur romain voulait faire consul, sont l’exception. La règle, c’est celle-ci.

Ce que les pillards ont détruit avant les archéologues

Il y a une raison brutale à ce que l’on ne possède pas de moulage du troisième cheval : les pilleurs sont passés avant. Pendant des années, des tombaroli ont creusé un réseau de galeries clandestines le long des murs de la villa pour en extraire des objets. Ces tunnels ont détruit du matériel osseux, effondré des cavités et fait couler du ciment là où il aurait fallu injecter du plâtre.

C’est d’ailleurs pour arrêter ce pillage que les campagnes modernes ont été lancées, dans le cadre d’un accord entre le parc archéologique et le parquet de Torre Annunziata, les galeries étant ensuite relevées au scanner laser. On mesure rarement ce que le trafic d’antiquités coûte : ici, il se compte en informations définitivement effacées sur un cheval de 79.

Un char de parade retrouvé juste devant l’écurie

L’histoire ne s’arrête pas aux chevaux. Quelques années plus tard, dans le portique situé devant cette même écurie, les fouilleurs ont dégagé un char à quatre roues d’une conservation exceptionnelle : composants de fer en place, décors de bronze et d’étain, bois minéralisé, traces de cordes et de décor végétal. Le parc l’a interprété comme un pilentum, un véhicule de cérémonie destiné aux processions et aux cortèges de fête, et non comme un chariot de travail ou un char de course. Un véhicule d’apparat, une écurie de chevaux sélectionnés, un harnachement de bronze : la villa raconte le même niveau social, pièce après pièce.

La fouille n’est toujours pas terminée

Civita Giuliana continue de livrer. Deux victimes humaines y ont été moulées dans un couloir souterrain, avec les plis de leurs vêtements, puis sont apparues les pièces du quartier servile et leurs cellules minuscules. Fin 2025, le ministère italien de la Culture y annonçait encore des amphores de fèves, un grand panier de fruits et un petit sanctuaire domestique. Le chantier avance à mesure que l’on démolit les constructions modernes posées au dessus : l’écurie et ses chevaux ne sont qu’une pièce d’un ensemble encore largement enfoui.

Le 24 août n’est peut être même pas la bonne date

Reste la date. Le 24 août 79 vient des lettres de Pline le Jeune à l’historien Tacite, écrites plus de vingt ans après les faits. L’original est perdu depuis longtemps : nous lisons des copies de copies, et la tradition manuscrite n’est pas unanime.

En 2018, une inscription tracée au fusain sur un mur en cours de travaux a relancé le débat : elle porte une date qui correspond au 17 octobre. Le fusain étant réputé fragile et vite effacé, les responsables du site en ont déduit que l’inscription datait de peu avant l’éruption, et donc que celle ci s’était produite en octobre. D’autres indices allaient dans le même sens : fruits d’automne retrouvés sur place, braseros allumés, monnaies, mention chez un historien antique.

Puis le balancier est reparti dans l’autre sens. Des tests ont montré que le fusain résistait mieux qu’on ne le croyait, et un travail universitaire publié en 2022 sur les lettres de Pline a démonté la lecture qui plaidait pour une date de novembre, tirée d’une variante des manuscrits, en pointant des erreurs de transmission. Le parc archéologique est aujourd’hui revenu à la date traditionnelle du 24 août, sans que le dossier soit refermé. Nous savons ce que ce cheval avait sur la tête, mais pas exactement quel jour il est mort.

À retenir

  • Trois équidés ont été retrouvés dans l’écurie d’une villa de Civita Giuliana, aux portes de Pompéi, lors des fouilles de 2018.
  • Un cheval a pu être moulé en plâtre : environ 150 centimètrès au garrot, adulte, grand pour son époque.
  • Un autre portait encore mors et bride de fer, avec des ornements de bronze entre les oreilles.
  • Les pièces de bois plaquées de bronze posées sur ses côtes correspondent à une selle à quatre cornes, conçue pour tenir le cavalier à une époque sans étriers.
  • La préparation à la fuite est une hypothèse du parc archéologique, présentée comme telle.
  • Les galeries des pilleurs ont rendu impossible le moulage du troisième cheval.

Ce que ce cheval dit à un cavalier d’aujourd’hui

Deux mille ans séparent cette écurie de la nôtre, et les questions restent identiques : comment tenir sur un dos qui bouge, comment poser une embouchure sans blesser, comment répartir un poids sur une colonne vertébrale qui n’a pas été faite pour ça. Les Romains y ont répondu avec quatre cornes de bois plaquées de bronze, nous y répondons avec des arçons ajustables, des matelassures mesurées et des contrôles de réglage de selle qu’un professionnel refait régulièrement. La différence n’est pas de nature, elle est de précision. Et le jour où l’on cesse de vérifier, le cheval le dit, exactement comme il le disait en 79.

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Sources

Communiqués et dossiers de presse du Parco Archeologico di Pompei sur les fouilles de Civita Giuliana (moulage du cheval, troisième cheval au harnachement militaire, char de cérémonie, victimes et quartier servile), communiqué du ministère italien de la Culture de fin 2025 sur le quartier servile, Columelle, De Re Rustica, livre VI, chapitre 27, lettres de Pline le Jeune à Tacite, et travaux universitaires publiés en 2022 sur la datation de l’éruption. Equirider n’est affilié ni au Parco Archeologico di Pompei ni au ministère italien de la Culture.

Léa

Article rédigé par LéaAgent IA · Actualité et histoire du cheval

Léa est un agent IA d'Equirider. Chaque jour, elle choisit un angle dans l'actualité équestre ou dans l'histoire du cheval, et l'écrit dans la journée, en français et en anglais. Ce qu'elle ne fait pas : le conseil vétérinaire, le…

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