Comprendre, traiter et contenir la gourme , l'infection bactérienne la plus contagieuse du cheval, causée par Streptococcus equi.
Tres contagieuse
quarantaine obligatoire
2 à 6 semaines
duree de la maladie
Porteurs sains
risque de dissemination
Maladie a declaration obligatoire
La gourme est hautement contagieuse. Dès la suspicion, le cheval doit être isolé et le vétérinaire contacté immédiatement. Un protocole de quarantaine strict protège les autres chevaux de l'écurie. Ne pas déplacer un cheval suspect , la gourme peut se propager à toute une écurie en quelques jours.
01 , Comprendre
Qu'est-ce que la gourme
La gourme (strangles en anglais) est une infection bactérienne aiguë des voies respiratoires supérieures causée par Streptococcus equi subspecies equi. C'est l'une des maladies infectieuses les plus anciennes et les plus contagieuses du cheval , connue depuis des siècles, elle reste un problème majeur en santé équine.
La bactérie infecte les muqueuses du nasopharynx et provoque une inflammation intense des ganglions lymphatiques régionaux (sous-mandibulaires et rétropharyngés). Ces ganglions s'hypertrophient massivement, forment des abcès volumineux qui finissent par se rompre (mûrir et percer), libérant un pus épais et jaune-verdâtre extrêmement contagieux.
Le nom "gourme" vient du gonflement des ganglions sous la gorge qui donne au cheval un aspect "engorgé". Le nom anglais "strangles" (étranglement) fait référence à la compression de la trachée par les ganglions hypertrophiés, qui peut , rarement , provoquer une détresse respiratoire.
La mortalité est faible (1 à 5%) dans les cas non compliqués. La majorité des chevaux guérissent en 2 à 6 semaines avec un traitement de soutien. Les complications graves (gourme bâtarde, purpura hémorragique) sont rares mais potentiellement mortelles.
02 , Transmission
Transmission et contagion
La gourme est l'une des maladies les plus contagieuses du cheval. La transmission se fait par :
Contact direct : Nez à nez entre un cheval infecté et un cheval sain. Le jetage nasal est la source principale de bactéries.
Contact indirect : Via le matériel contaminé (seaux d'eau partagés, mangeoires, brosses, cure-pieds, licols, mors, abreuvoirs communs), les mains et vêtements du soigneur, le sol et les murs des boxes.
Porteurs sains : 10 à 20% des chevaux guéris restent porteurs asymptomatiques de S. equi pendant des semaines, des mois, voire des années. Ils hébergent la bactérie dans les poches gutturales et la disséminent sans présenter de signes cliniques.
La période d'incubation est de 3 à 14 jours. Un cheval est contagieux dès l'apparition du jetage nasal et le reste tant que les abcès ne sont pas complètement taris (généralement 3 à 6 semaines). La bactérie survit dans l'environnement jusqu'à 4 semaines sur les surfaces et dans l'eau.
Le danger des rassemblements
Les concours, les stages, les transports collectifs, les marchés et les nouvelles introductions en écurie sont les principales occasions de dissémination. Un seul cheval porteur sain peut contaminer toute une écurie en un week-end de compétition.
03 , Signes cliniques
Reconnaître les symptômes
Fièvre soudaine : 39 à 41°C (normale : 37,5 à 38,5°C). La fièvre est souvent le tout premier signe, avant le jetage. Prendre la température rectale quotidiennement en période de risque.
Jetage nasal : D'abord séreux (clair), puis rapidement mucopurulent (épais, jaune-verdâtre, abondant). Bilatéral (les deux narines).
Gonflement des ganglions : Les ganglions sous-mandibulaires (sous la mâchoire) et/ou rétropharyngés (en arrière du pharynx) gonflent considérablement. Ils deviennent douloureux, chauds, et la tête du cheval est portée en extension (le cheval étend l'encolure pour soulager la compression).
Dysphagie : Difficulté à avaler , le cheval mange lentement, bave, laisse tomber de la nourriture de la bouche, ou refuse de manger (la déglutition est douloureuse).
Toux : Toux humide, productive.
Abattement : Cheval apathique, regard éteint, tête basse.
Maturation des abcès : Après 7 à 14 jours, les ganglions forment des abcès qui mûrissent et finissent par percer spontanément, libérant un pus épais et très contagieux. La rupture marque le début de la guérison , le cheval s'améliore rapidement après le drainage.
04 , Diagnostic
Diagnostic : PCR et culture
Le diagnostic clinique (fièvre + jetage + gonflement ganglionnaire) est souvent suffisant en contexte épidémique. La confirmation en laboratoire est recommandée pour le premier cas et pour le dépistage des porteurs.
PCR (Polymerase Chain Reaction) : Test rapide (résultat en 24-48h) sur un écouvillon nasopharyngé ou un prélèvement de pus. Très sensible. C'est le test de choix pour le diagnostic rapide.
Culture bactériologique : Plus longue (3-5 jours) mais permet l'antibiogramme. Utile pour les cas réfractaires.
Endoscopie des poches gutturales : Pour le dépistage des porteurs sains. L'endoscope permet de visualiser les poches gutturales et de prélever un écouvillon dans un milieu où S. equi persiste.
Sérologie (dosage anticorps SeM) : Permet de savoir si un cheval a été exposé à S. equi (passé ou récent). Utile pour le dépistage en écurie mais ne distingue pas une infection active d'une immunité ancienne.
05 , Traitement
Traitement
La question des antibiotiques
C'est un point controversé. La gourme répond très bien à la pénicilline (S. equi est quasi toujours sensible). Mais l'administration d'antibiotiques en phase d'abcédation peut retarder la maturation des abcès, prolonger la maladie, et augmenter le risque de complications (gourme bâtarde). La recommandation actuelle est :
Antibiotiques précoces (avant les abcès) : Justifiés si le cheval est diagnostiqué très tôt (fièvre isolée, pas encore de gonflement ganglionnaire). La pénicilline à ce stade peut avorter l'infection.
Pas d'antibiotiques pendant la phase d'abcédation : Laisser les abcès mûrir et percer spontanément. Traitement de soutien uniquement.
Antibiotiques après drainage : Si l'infection ne se résout pas après la rupture des abcès, ou si des complications apparaissent.
Traitement de soutien
AINS (phénylbutazone ou flunixine) pour la fièvre et la douleur
Alimentation molle et humide si dysphagie (soupe de foin, mash, herbe)
Eau tiède (les chevaux avec une gorge douloureuse boivent mieux de l'eau tiède)
Cataplasmes chauds sur les abcès ganglionnaires pour accélérer leur maturation
Drainage chirurgical des abcès mûrs (incision par le vétérinaire) si la rupture spontanée est trop lente
Rinçage des cavités abcédées après drainage (solution saline + antiseptique)
Repos au box (pas de travail pendant toute la maladie et la convalescence)
06 , Quarantaine
Protocole de quarantaine
Isoler immédiatement le cheval suspect dans un box ou un paddock séparé, sans contact direct ou indirect avec les autres chevaux
Désigner un soigneur dédié ou, à défaut, soigner le cheval contaminé en dernier
Vêtements et chaussures dédiés ou changés et désinfectés entre les chevaux
Désinfection des surfaces contaminées (box, abreuvoirs, mangeoires) avec un désinfectant virucide/bactéricide (ammonium quaternaire, eau de javel diluée)
Prise de température rectale quotidienne de tous les chevaux de l'écurie pendant 3 semaines
Aucun mouvement de chevaux (entrée ou sortie de l'écurie) pendant toute la durée de l'épisode + 3 semaines après le dernier cas
Dépistage PCR ou culture de tous les chevaux ayant été en contact avant la levée de quarantaine
Duree de la quarantaine
La quarantaine est maintenue jusqu'à 3 semaines après la guérison clinique du dernier cas ET confirmation par 3 écouvillons nasopharyngés négatifs (PCR) à une semaine d'intervalle. C'est contraignant mais indispensable pour éviter les rechutes et la dissémination par les porteurs.
07 , Complications
Complications : gourme bâtarde et purpura
Gourme bâtarde (bastard strangles)
Dans 1 à 2% des cas, la bactérie se dissémine par voie sanguine et forme des abcès dans des organes internes : poumons, abdomen (mésentère), foie, rate, cerveau. Les signes sont variables selon la localisation : toux chronique, amaigrissement, douleurs abdominales, signes neurologiques. Le pronostic est réservé à sombre. Le traitement nécessite une antibiothérapie longue (pénicilline + rifampicine pendant 4 à 8 semaines).
Purpura hémorragique
Complication immunitaire rare (< 2%) mais grave. Le système immunitaire réagit de façon excessive aux antigènes de S. equi, provoquant une vascularite (inflammation des vaisseaux sanguins). Les signes : œdème massif des membres et de la tête, pétéchies (petites hémorragies sous la peau et sur les muqueuses), fièvre, raideur, douleur. Le traitement combine corticoïdes à forte dose, pénicilline, et soins de soutien intensifs. La mortalité est de 10 à 30%.
08 , Porteurs sains
Les porteurs sains
C'est le problème épidémiologique majeur de la gourme. Après la guérison, 10 à 20% des chevaux conservent S. equi dans leurs poches gutturales (cavités remplies d'air situées de chaque côté de la tête, en communication avec l'oreille moyenne et le pharynx). Ces porteurs ne montrent aucun signe clinique mais excrètent la bactérie de façon intermittente, contaminant l'environnement et les congénères.
Le dépistage des porteurs se fait par endoscopie des poches gutturales + écouvillon PCR. Trois écouvillons négatifs à une semaine d'intervalle sont nécessaires pour déclarer un cheval non porteur.
Le traitement des porteurs peut inclure un lavage des poches gutturales avec une solution antiseptique (povidone iodée diluée) sous endoscopie, combiné à un traitement antibiotique local. Le taux de succès est variable.
09 , Vaccination
Vaccination
Des vaccins contre la gourme existent mais leur utilisation est controversée :
Vaccin vivant atténué intranasal (Equilis StrepE) : Disponible en Europe. Administré dans la lèvre supérieure. Induit une immunité muqueuse locale. Ne doit pas être utilisé en plein épisode de gourme (risque d'aggravation). Effets secondaires possibles (gonflement local, fièvre transitoire).
Vaccins inactivés : Moins efficaces, utilisés dans certains pays.
La vaccination ne remplace pas les mesures de biosécurité. Elle est recommandée dans les écuries à haut risque (beaucoup de mouvements de chevaux, compétitions fréquentes, historique de gourme).
10 , Prevention
Prévention en écurie
Quarantaine de tout nouveau cheval pendant 2 à 3 semaines avec prise de température quotidienne et écouvillon PCR avant intégration au groupe
Température rectale quotidienne de tout cheval revenant de compétition ou de rassemblement pendant 2 semaines
Matériel de pansage et seaux individuels (pas de partage)
Abreuvoirs individuels ou nettoyés quotidiennement
Hygiène des mains entre les chevaux (gel hydroalcoolique, lavage)
Vaccination des chevaux à risque (écuries avec beaucoup de mouvements)
Dépistage des porteurs (endoscopie + PCR) en cas d'achat ou d'historique de gourme
Information et formation du personnel de l'écurie sur les signes d'alerte (fièvre + jetage = isolement immédiat)
Questions fréquentes
Non. Streptococcus equi est spécifique du cheval. Il ne se transmet pas à l'homme ni aux autres espèces animales (chien, chat). Cependant, les bonnes pratiques d'hygiène (lavage des mains) restent recommandées car l'homme peut être un vecteur mécanique (transporter la bactérie sur ses vêtements et ses mains d'un cheval à l'autre).
Oui, partiellement. La majorité des chevaux développent une immunité solide après une infection naturelle, qui dure 2 à 5 ans. Environ 75% des chevaux sont protégés contre une réinfection pendant cette période. L'immunité n'est cependant pas absolue , des réinfections sont possibles, surtout si l'exposition est massive.
Minimum 3 semaines après la guérison clinique du dernier cas, avec 3 écouvillons PCR négatifs à une semaine d'intervalle pour chaque cheval ayant été en contact. En pratique, une quarantaine de gourme dure souvent 6 à 10 semaines au total. C'est long et contraignant, mais la levée prématurée de la quarantaine est la première cause de rechute.
Pas systématiquement. Les antibiotiques sont indiqués très tôt (avant les abcès) pour tenter d'avorter l'infection, ou après le drainage si l'évolution est défavorable. Pendant la phase d'abcédation, les antibiotiques peuvent retarder la maturation et prolonger la maladie. Le traitement de soutien (AINS, alimentation adaptée, cataplasmes) est souvent suffisant. La décision est prise par le vétérinaire au cas par cas.
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