
Ce sport né en France descend d’un jeu où l’on s’arrachait un canard : son Euro s’ouvre le 10 août
Le sport le plus physique de l’équitation française se joue à partir du lundi 10 août à Lamotte-Beuvron, et le grand public ignore encore qu’il existe. Le horse-ball, c’est une balle de cuir à six poignées ramassée au sol au galop sans jamais mettre pied à terre, quatre cavaliers par équipe, trois passes obligatoires avant d’avoir le droit de tirer, et un cercle de métal d’un mètre de diamètre suspendu en bout de piste. Du 10 au 15 août 2026, le Parc équestre fédéral accueille le championnat d’Europe de cette discipline née en France, dont l’ancêtre argentin, un jeu où deux cavaliers s’arrachaient un sac contenant un canard vivant, avait fini par être interdit. Voici ce que c’est, et sur quoi se juge un match.
Une balle à six poignées, ramassée au galop sans poser le pied à terre
Le règlement international de la Fédération internationale de horse-ball (FIHB) tient en une phrase : deux équipes de six cavaliers doivent ramasser à terre, sans jamais descendre de cheval, une balle pourvue de six anses en cuir, et l’envoyer par un jeu de passes dans les buts fixés à chaque extrémité du terrain. Le dossier de présentation de l’événement parle d’un fin mélange de rugby et de basket.
Ce n’est pas un ballon de football, contrairement à ce qu’on lit souvent, mais une balle de cuir clair enserrée dans un harnais de sangles, munie de six poignées de cuir fort, d’environ 65 centimètres de circonférence pour 600 à 700 grammes. Ces poignées permettent de l’attraper d’une seule main, alors que l’autre tient les rênes.
Six joueurs et six chevaux par équipe, mais quatre au maximum en jeu en même temps, jamais moins de trois. L’aire de jeu mesure de 60 à 75 mètres de long sur 20 à 30 de large. Aux deux extrémités, le but est un cercle de métal d’un mètre de diamètre intérieur, garni d’un filet blanc, dont la base est fixée à 3,50 mètres du sol. Il faut donc viser vers le haut, en mouvement.
Pour ramasser, les cavaliers utilisent une sangle qui passe d’un étrier à l’autre sous le cheval. Elle sert d’appui pour descendre le buste très bas, la tête vers le sol, contre le flanc de l’animal lancé au galop. C’est le geste signature du horse-ball, celui qui fait lever les spectateurs.
Le seul sport équestre où le contact est autorisé
Le règlement l’appelle le marquage physique : porter son cheval au contact de celui de l’adversaire qui possède la balle, pour dévier sa trajectoire et lui reprendre le ballon. C’est ce qui sépare le horse-ball de toutes les autres disciplines équestres, et c’est encadré au degré près.
On ne peut pousser qu’avec le poids et l’élan de son cheval, avec l’épaule et le bras, coude maintenu au corps. Interdit de ceinturer l’adversaire, de le retenir avec la main, de percuter avec le poing, le coude ou la tête. Surtout, le marquage n’est autorisé que dans le sens de la marche du porteur de balle : au-delà de 45 degrés, c’est une faute, parce que la collision devient dangereuse pour les chevaux.
Quand deux joueurs se disputent la balle, on parle d’arrachage : une seule main autorisée, la lutte se joue à la force du bras et de l’assiette. Ajoutez des périodes courtes et un tempo permanent, et vous obtenez une discipline qui se lit comme un match de rugby à sept, avec des chevaux de 500 kilos spécialement entraînés lancés dans les deux sens.
La règle des trois passes, celle qui interdit de foncer droit au but
C’est la mécanique centrale. Un but n’est valable que si l’équipe a effectué au minimum trois passes consécutives, entre au moins trois joueurs différents, dans toutes les phases de jeu. Impossible de ramasser la balle et de partir seul marquer. Le détail qui change tout : se transmettre la balle de la main à la main ne compte pas, il faut qu’elle quitte réellement les mains d’un joueur. Le compteur repart à zéro dès qu’elle tombe au sol ou qu’un adversaire l’intercepte, et personne ne peut la conserver plus de dix secondes. Un sport de circulation, jamais d’exploit individuel.
Le ramassage obéit à ses propres lois. Il se fait obligatoirement à cheval, par la droite ou par la gauche, à n’importe quelle allure, mais jamais cheval arrêté sous peine de pénalité. Celui qui rate sa prise ne peut ni s’arrêter ni ralentir : il doit dégager la zone de ramassage de 5 mètres. Gêner ce joueur ou l’obliger à changer de direction pour éviter une collision est explicitement sanctionné, et on ne peut intervenir sur lui qu’une fois qu’il est remis en selle.
Ce que le règlement interdit, et ce que cela dit du risque réel
La liste des interdits en dit long sur l’intensité de la discipline. Le casque, aux normes européennes, doit rester attaché tant que le cavalier est à cheval, le protège-dos est recommandé, et toute blessure qui saigne fait sortir le joueur jusqu’à avis du médecin. Ce que recouvre exactement une norme de protection, nous le détaillons dans notre guide du casque d’équitation.
Surprise pour beaucoup : la cravache est interdite sur le terrain, et seuls les éperons à bouts arrondis de 3 centimètres maximum sont admis. Côté chevaux, martingale fixe, protections de membres et cloches aux quatre pieds sont obligatoires, les œillères interdites. Un cheval doit avoir au moins 4 ans, être à jour de ses vaccinations, et ne peut disputer qu’un seul match par jour. Toute rencontre officielle donne lieu à une inspection vétérinaire de tous les chevaux inscrits.
Les sanctions se lisent sur trois niveaux. La pénalité numéro 1 punit la brutalité et le jeu dangereux par un tir direct à 5 mètres, cheval arrêté. La numéro 2 vise l’obstruction et l’intimidation, avec le choix entre un tir à 10 mètres et une remise en jeu à la main à 15 mètres. La numéro 3 sanctionne les infractions simples. Cartons jaunes et rouges peuvent s’ajouter.
Ce qui se joue du 10 au 15 août au Parc équestre fédéral
Le championnat d’Europe de horse-ball se tient du 10 au 15 août 2026 au Parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron, en Sologne, sous l’égide de la FIHB. Quatre catégories sont au programme, désignées officiellement U16, U21, Ladies et Pro Elite, que la presse française traduit par moins de 16 ans, moins de 21 ans, féminines et mixtes : le sport est mixte, mais conserve une catégorie réservée aux cavalières. La presse équestre annonce environ 225 athlètes, un tournoi ouvert aux moins de dix ans, des finales le 15 août et un accès libre et gratuit.
La particularité de cet été 2026 est ailleurs : c’est la toute première fois que le site accueille simultanément deux championnats internationaux. Sur les mêmes terrains se joue le championnat du monde de pony-games, organisé par l’International Mounted Games Association, en Open et U18. La France y arrive championne du monde en titre en Open et vice-championne en U18, et joue chez elle.
Le lieu n’a rien d’anodin. Lamotte-Beuvron est le siège de la Fédération française d’équitation et le plus grand parc équestre d’Europe : plus de 800 000 visiteurs et plus de 30 000 équidés accueillis chaque année. Il avait déjà reçu les Mondiaux de TREC en 2022, l’Euro de pony-games en 2024, et accueille chaque été le Generali Open de France. Frédéric Bouix, président de la FFE, y voit une vitrine privilégiée pour promouvoir les sports équestres collectifs. Les sélections françaises ont été annoncées par le sélectionneur national Raphaël Dubois, assisté de Romain Depons et Florian Moschkowitz. Ni pronostic ni résultat ici : l’objectif est de comprendre ce que vous regardez.
Du canard argentin au ballon de cuir, une invention française
L’histoire de la discipline commence loin de la Sologne. Le horse-ball descend du pato argentin, un jeu dans lequel deux cavaliers tiraient chacun sur les poignées d’un sac contenant un canard vivant, pato signifiant canard en espagnol. Jugé beaucoup trop dangereux, il fut interdit en 1882, avant de resurgir dans les années 1930 sous une forme sportive et débarrassée de l’animal : quatre cavaliers par équipe, un ballon à envoyer dans un panier. La discipline revendique aussi une filiation avec le buzkashi afghan et avec les jeux équestres des cavaliers de la Garde républicaine, où un officier français, le capitaine Clavé, champion du monde de saut d’obstacles, adapte le pato sur un terrain réduit.
La Seconde Guerre mondiale fait disparaître le jeu, qui ne survit plus que comme exercice de mise en selle dans quelques clubs. Il faut attendre 1970 et l’intégration des Jeux équestres au programme d’enseignement de la Fédération française d’équitation pour que la machine reparte. En février 1979, à Poitiers, se tient le premier championnat de Jeux équestres : Bordeaux l’emporte face à Hénin-Beaumont et soulève la Coupe du Capitaine Clavé. En octobre, une réunion à Castillon-la-Bataille rebaptise officiellement le jeu horse-ball. L’international s’organise dès 1978, avec une commission créée par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Italie, l’Allemagne et le Portugal, puis en 1999 avec la naissance de la FIHB.
Aujourd’hui, la discipline a son circuit de compétition fédéral, des catégories de jeunes jusqu’aux adultes, et figure au programme comme les autres sports équestres. Un sport que la France a inventé et où elle reste une nation de référence, mais qui n’apparaît presque jamais dans les classements des disciplines équestres les plus populaires.
Sur quoi on juge un match de horse-ball
Les sept repères qui séparent regarder et comprendre
- La qualité du ramassage. Se pencher au galop sans casser l’allure, se remettre en selle aussitôt, enchaîner.
- La circulation de la balle. L’équipe qui construit vite ses trois passes attaque avec une longueur d’avance.
- Le respect des dix secondes. Au-delà, c’est une pénalité : les équipes qui temporisent se sanctionnent elles-mêmes.
- L’angle du marquage. Le contact n’est légal que dans le sens de la marche du porteur, jamais au-delà de 45 degrés.
- La propreté de l’arrachage. Une seule main, jamais de ceinturage. C’est là que tombent les cartons.
- La protection du ramasseur. Un arbitrage strict sur ce point change le visage d’un match.
- L’état des chevaux. Un match par jour, protections aux quatre membres, inspection vétérinaire, sortie en cas de blessure.
À retenir
- Championnat d’Europe de horse-ball du 10 au 15 août 2026 au Parc équestre fédéral de Lamotte-Beuvron, sous l’égide de la FIHB, en U16, U21, Ladies et Pro Elite. Le Mondial de pony-games se joue sur les mêmes terrains, une première.
- Deux équipes de six cavaliers, quatre en jeu au maximum. Deux périodes de 10 minutes, trois minutes de mi-temps.
- Balle de cuir à six poignées, ramassée au galop sans mettre pied à terre. But en cercle d’un mètre, base à 3,50 mètres du sol.
- Trois passes entre trois joueurs différents avant de marquer, et pas plus de dix secondes balle en main.
- Contact autorisé dans le sens de la marche seulement, jamais au-delà de 45 degrés. Cravache interdite sur le terrain.
Le horse-ball vous tente
Règles, équipement, niveaux de compétition, comment débuter en club : notre guide réunit tout.
Sources : règlement international de la FIHB (version 3.6), dossier de présentation officiel de l’événement, pages officielles de la discipline, presse équestre spécialisée. Equirider n’est affilié ni à la FFE ni à la FIHB. Horaires et modalités d’accès peuvent évoluer : vérifiez auprès de l’organisateur avant de vous déplacer.