Lymphangite cheval :
aiguë, chronique ou épizootique, comment réagir
Inflammation des vaisseaux lymphatiques, le plus souvent sur un membre postérieur. Forme aiguë = urgence vétérinaire. Forme chronique = lymphœdème permanent à gérer à vie. La forme épizootique est une maladie réglementée.

Comprendre la lymphangite du cheval
La lymphangite désigne l’inflammation des vaisseaux lymphatiques, le plus souvent sur un membre postérieur. C’est une pathologie qui peut être aiguë (urgence médicale), chronique (lymphœdème permanent) ou épizootique (forme infectieuse rare et réglementée).
Le système lymphatique du cheval draine les liquides interstitiels du membre vers le tronc. Quand ce drainage est perturbé (infection, traumatisme, surcharge), le liquide s’accumule et provoque un œdème majeur du membre, chaud, douloureux, asymétrique. Sans prise en charge rapide, des séquelles permanentes peuvent s’installer.
Tout gros membre asymétrique chaud et douloureux chez un cheval est une urgence vétérinaire : différencier rapidement lymphangite, cellulite, thrombose ou abcès profond conditionne le pronostic.
Les 3 formes cliniques et leurs symptômes
Trois entités cliniques très différentes partagent le nom de lymphangite. Leur prise en charge et leur pronostic sont radicalement distincts.
1. Lymphangite aiguë (sporadique)
Forme la plus fréquente. Apparition brutale en 24 à 48 heures.
- Membre engorgé asymétrique (généralement postérieur unilatéral)
- Chaleur, douleur à la palpation, sensibilité extrême
- Boiterie marquée (grade 3 à 4 AAEP)
- Fièvre 39 à 40 °C, abattement, perte d’appétit
- Suintement séreux possible par des microfissures cutanées
- Cordon lymphatique palpable
2. Lymphangite chronique (lymphœdème)
Évolution lente sur des semaines à années. Souvent suite à plusieurs épisodes aigus mal résolus.
- Œdème permanent et progressif du membre
- Peau épaissie, fibreuse, parfois plis cutanés profonds
- Pas ou peu de douleur en phase stable
- Poussées inflammatoires épisodiques
- Atteinte fréquente des chevaux de trait (Comtois, Percheron, Cob)
3. Lymphangite épizootique (rare)
Forme infectieuse causée par le champignon Histoplasma farciminosum. Maladie réglementée en France, déclaration obligatoire. Très rare en Europe occidentale (présente en Afrique, Asie). Aspect : nodules le long des trajets lymphatiques, fistules, écoulements purulents.
Causes et facteurs déclenchants
La lymphangite a rarement une cause unique. C’est souvent une combinaison de facteurs.
Causes infectieuses
- Plaie infectée (la cause la plus fréquente) : porte d’entrée bactérienne
- Streptococcus zooepidemicus, Staphylococcus aureus, autres bactéries Gram + et Gram −
- Crevasses, gale de boue (dermatites du paturon non traitées)
- Piqûres d’insectes infectées
- Plaies de fer mal soignées
Causes non infectieuses
- Surcharge brutale (transport prolongé, immobilisation longue)
- Traumatisme du système lymphatique
- Insuffisance veineuse / lymphatique préexistante
- Réaction allergique (médicament, piqûre)
Facteurs prédisposants
- Race de trait (Comtois, Percheron, Cob) : prédisposition génétique forte
- Membres avec fanons abondants (rétention humidité, micro-blessures)
- Antécédents de lymphangite (récidive très fréquente)
- Sédentarité (mauvaise circulation veineuse et lymphatique)
- Surpoids
Diagnostic vétérinaire
Le vétérinaire doit distinguer la lymphangite d’autres pathologies du gros membre.
Examen clinique
Inspection, palpation, prise de température, évaluation du pouls digité. Recherche d’une plaie cutanée porte d’entrée. Mesure du périmètre du membre à plusieurs niveaux (canon, boulet, paturon) pour suivre l’évolution.
Diagnostic différentiel essentiel
- Cellulite : infection des tissus sous-cutanés, traitement similaire
- Thrombose veineuse : douleur extrême sans chaleur diffuse
- Abcès profond : zone fluctuante localisée
- Fracture / désinsertion tendineuse : boiterie sans œdème diffus
- Tendinite : œdème localisé sur le tendon
Examens complémentaires
- Échographie : différencie œdème diffus / abcès / hématome / thrombose
- Numération formule + biochimie : marque l’inflammation systémique
- Prélèvement bactériologique et antibiogramme si plaie suintante
- Cytologie du liquide en cas de fluctuation
Traitement selon la forme
Le traitement diffère radicalement selon la forme.
Forme aiguë (urgence 24 à 48 heures)
- Antibiothérapie à large spectre IV ou IM (pénicilline + gentamicine, ou ceftiofur) pendant 10 à 14 jours
- Anti-inflammatoires (phénylbutazone, flunixine) pour réduire douleur et œdème
- Hydrothérapie froide : douche du membre 15 à 20 minutes, 2 à 3 fois par jour
- Marche en main 15 à 30 minutes plusieurs fois par jour (essentiel pour drainage)
- Soin local de la plaie d’entrée (désinfection iodée, antibiotique topique)
- Surveillance température 2 fois par jour
- Bandage compressif si toléré (à vérifier serrage 2 à 3 fois par jour)
Amélioration attendue en 48 à 72 heures. Si absence de réponse, hospitalisation + imagerie + cytologie.
Forme chronique (gestion à vie)
Pas de guérison. Objectif : limiter les poussées, maintenir le confort du cheval.
- Exercice quotidien régulier (marche, paddock, travail léger) : essentiel
- Bandages compressifs élastiques quotidiens dans certains protocoles
- Massage drainant lymphatique (manuel, par kinésithérapeute équin)
- Hygiène stricte des paturons (sécher après douche, traiter dermatites)
- Tonte des fanons si trop épais
- Antibiothérapie courte à chaque poussée
Forme épizootique
Traitement antifongique (amphotéricine B, iodure de sodium IV), euthanasie à envisager selon le stade. Maladie réglementée : déclaration obligatoire et mesures sanitaires.
Prévention et gestion des récidives
Sur la forme aiguë, les récidives sont fréquentes (20 à 40 % à 12 mois). La prévention agit sur les facteurs déclenchants.
Gestion des plaies cutanées
- Toute plaie sur le membre : désinfection immédiate et suivi quotidien
- Crevasses, gale de boue : traitement systématique sans attendre l’aggravation
- Hygiène des paturons (sécher après pluie, paddock boueux)
- Tonte des fanons en saison humide
Hygiène de vie
- Exercice quotidien indispensable, même par mauvais temps
- Éviter les immobilisations prolongées (transport long, box continu)
- Surveillance du poids (le surpoids aggrave significativement)
- Box sec et bien drainé
- Vérification quotidienne des membres au pansage
Suivi vétérinaire
Pour les chevaux à antécédents : visite véto trimestrielle, photographie de référence des membres, mesure du périmètre, plan d’action écrit en cas de poussée (médicaments d’urgence à avoir sous la main, contact véto direct).
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