Naviculaire cheval :
syndrome podotrochléaire, diagnostic et prise en charge
Pathologie chronique de l’os naviculaire et du tendon fléchisseur profond. Cause majeure de boiterie chronique antérieure chez le cheval de sport. Sans guérison définitive, mais gestion possible 5 à 15 ans.

Comprendre le syndrome naviculaire
Le syndrome naviculaire, désormais appelé syndrome podotrochléaire par les vétérinaires modernes, désigne une pathologie chronique de la région du talon : os naviculaire (3e phalange accessoire), bourse podotrochléaire (poche synoviale), tendon fléchisseur profond du doigt et ligaments associés.
Plutôt qu’une maladie unique, c’est un regroupement de lésions qui ont en commun un point douloureux (le talon) et un comportement caractéristique (boiterie antérieure chronique, intermittente, s’amplifiant au cercle main intérieure). L’IRM a révolutionné le diagnostic depuis 2005 en permettant d’identifier précisément la structure atteinte.
Le naviculaire est la cause n°1 de boiterie chronique antérieure chez le cheval de sport adulte (7 à 15 ans). Pas de guérison définitive, mais une gestion conservatrice (ferrure + médication + adaptation du travail) permet souvent 5 à 15 ans de carrière prolongée.
Symptômes et présentation clinique
L’apparition est sournoise, sur plusieurs mois à plusieurs années.
Signes précoces
- Boiterie intermittente antérieure, légère (grade 1 à 2 AAEP)
- S’amplifie après le travail, à froid le lendemain matin
- Plus marquée au trot sur cercle, main intérieure
- Cheval qui « trébuche » légèrement, raccourcit sa foulée
- Refus progressif d’avancer sur sol dur ou caillouteux
Signes évolués
- Boiterie permanente grade 2 à 3 AAEP
- Posture campée des antérieurs au repos (cheval bascule le poids sur les talons)
- Reluctance à se mettre au galop départ arrêt
- Atrophie progressive des fourchettes (manque d’appui)
- Pieds plats, talons fuyants, sole sensible
La boiterie est généralement bilatérale, même si elle semble unilatérale à l’observation. Le cheval reporte la douleur sur le membre le moins douloureux : l’examen véto révèle souvent la deuxième lésion masquée.
Causes et facteurs de risque
Pathologie multifactorielle : pas une cause unique, mais une combinaison de prédispositions et de surcharges.
Facteurs anatomiques (prédisposition)
- Pieds plats, talons bas et fuyants (mauvais amortissement)
- Sole fine et fragile
- Aplomb antérieur trop droit (charge concentrée sur l’arrière du pied)
- Conformation : antérieurs proches, encolure courte
Facteurs de race
- Quarter Horse, Paint Horse : prédisposition génétique forte
- Trotteur français, anglo-arabe : fréquence supérieure à la moyenne
- Pur-sang : moins concerné
Facteurs de travail
- Saut d’obstacles (CSO) : charge répétée sur les antérieurs à la réception
- Travail sur sols durs (bitume, sable trop compact)
- Travail intensif chez le jeune cheval (croissance osseuse incomplète)
- Reprise rapide après immobilisation prolongée
Facteurs de ferrage
- Parage tardif chronique (talons trop hauts ou trop bas)
- Ferrage inadéquat sans support des talons
- Manque de soutien sous l’os naviculaire
Diagnostic : examen, anesthésies, imagerie
Le diagnostic suit une démarche méthodique en plusieurs étapes.
1. Examen clinique
Anamnèse, observation au pas et au trot (ligne droite + cercle main intérieure et extérieure), palpation, test de la pince à sonder (douleur localisée talon), test des flexions (flexion phalangienne distale 1 minute majore la boiterie).
2. Anesthésies tronculaires
Injection locale d’anesthésique sur le nerf palmaire distal (bloc abaxial sésamoïdien) puis sur le nerf palmaire. Si la boiterie disparaît après bloc, l’origine est dans le pied. Permet de localiser progressivement la zone douloureuse.
3. Radiographie
5 à 7 incidences du pied : profil, dorso-palmaire, oblique, vue solaire. Recherche :
- Lyses kystiques de l’os naviculaire (formes osseuses)
- Modifications des sinus podotrochléaires
- Élargissement des canaux vasculaires
- Calcifications du ligament impair
4. IRM (référence)
Examen le plus précis depuis 2005. Permet de visualiser os, cartilage, tendon, bourse, ligaments. Distingue les lésions osseuses, tendineuses, ligamentaires, synoviales. Coût : 600 à 1 200 euros en clinique de référence. Indispensable pour personnaliser le traitement.
Traitement et options thérapeutiques
L’approche est conservatrice et multimodale. Pas de guérison définitive, mais gestion à long terme.
1. Ferrage orthopédique (pierre angulaire)
- Ferrure à fer égyptien ou ferrure inverse pour soutenir le talon et reculer le point d’attaque
- Plaques en cuir + silicone pour amortir
- Fréquence rapprochée : 4 à 6 semaines
- Collaboration véto-maréchal-ferrant obligatoire
Pour plus de détails sur le ferrage orthopédique, voir notre guide ferrage cheval.
2. Traitement médical
- Anti-inflammatoires : phénylbutazone ou firocoxib en cures de 7 à 21 jours
- Infiltrations : corticoïdes intra-bursaires (bourse podotrochléaire), efficaces 3 à 6 mois
- Bisphosphonates (tiludronate, Tildren) : inhibent la résorption osseuse, indiqué pour formes osseuses
- Acide hyaluronique intra-articulaire
3. Adaptation du travail
- Réduction des sauts et des cercles serrés
- Privilégier le travail en ligne droite, sur sol meuble et régulier
- Échauffement long (15 à 20 minutes au pas), pas de départ brutal
- Détente longue après chaque séance
4. Chirurgie (dernier recours)
Névrectomie palmaire (section des nerfs sensitifs du talon) : supprime la sensibilité douloureuse mais aussi la sensibilité protectrice. Décision difficile, réservée aux chevaux dont la carrière sportive est essentielle et où les traitements conservateurs ont échoué. Suivi vétérinaire trimestriel obligatoire (risque d’infections ou de complications tendineuses non perçues).
Prévention et adaptation à long terme
La prévention concerne surtout les chevaux à risque (Quarter Horse, sport intense, pieds plats).
- Suivi maréchal-ferrant rigoureux : 6 à 8 semaines maximum, jamais au-delà
- Examen radio annuel des pieds pour suivre l’évolution de l’os naviculaire
- Travail varié (pas que du saut, alterner dressage, extérieur, gymnastique)
- Sols meubles entretenus, éviter les surfaces dures ou irrégulières
- Échauffement systématique 15 à 20 minutes
- Adaptation de la charge de travail à l’âge (réduire après 12 à 15 ans)
Diagnostiqué précocement et bien géré, un cheval naviculaire peut continuer 5 à 15 ans de carrière sportive de niveau adapté (loisir, club, amateur). La poursuite en haut niveau (Pro) est plus rare mais possible avec ferrage technique et infiltrations rythmées.
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