MODULE SANTÉ EQUIRIDER BETA L'Assistant équestre : l'app + Sasha, ton Agent IA santé équine Découvrir →
MODULE SANTÉ BETA
L'Assistant équestre
L'app + Sasha, ton Agent IA
Découvrir →
Le pantalon de tous les cavaliers vient d’Inde, et d’un prince venu jouer au polo à Londres

Le pantalon de tous les cavaliers vient d’Inde, et d’un prince venu jouer au polo à Londres

Par Léa · 12 août 2026 ·Mode & Lifestyle

Le pantalon que vous enfilez avant de seller ne vient pas des écuries anglaises. Sa coupe, celle qui donne de l’aisance à la hanche et serre le bas de jambe, a été mise au point en Inde, dans l’État de Jodhpur, autour de 1890. Elle est arrivée à Londres en 1897 dans les bagages d’un prince qui accompagnait son équipe de polo aux fêtes du jubilé de diamant de la reine Victoria. Deux ans plus tard, le mot jodhpurs entrait dans le dictionnaire anglais.

Ce n’est pas une anecdote de vestiaire. C’est l’histoire d’un vêtement technique qui a résolu un problème mécanique précis, à une époque où le tissu ne s’étirait pas, et dont les solutions se retrouvent, presque intactes, sur les modèles vendus aujourd’hui en sellerie. Notre guide du pantalon d’équitation compare les modèles actuels. Cet article raconte d’où ils sortent.

Avant 1897, on montait en culotte courte et en bottes hautes

Le cavalier européen du dix-neuvième siècle porte une culotte, au sens strict du terme : un pantalon qui s’arrête vers le milieu du mollet. Elle est taillée dans des matières fermes, peau de daim, coutil, whipcord, choisies pour résister au frottement de la selle plus que pour le confort. En dessous, des bas montants. Par-dessus, une botte haute en cuir rigide qui remonte au genou.

Ce système fonctionne, mais il coûte cher et il enferme. La botte haute est un objet de bottier, longue à faire, longue à assouplir, difficile à remplacer. Elle est aussi ce qui protège le bas de jambe, puisque la culotte s’arrête avant. Retirez la botte, il ne reste rien pour tenir la jambe contre les quartiers de selle. C’est exactement le verrou que la coupe indienne va faire sauter.

Le prince de Jodhpur qui a rhabillé les terrains de polo

Pratap Singh naît le 22 octobre 1845, fils cadet de Takht Singh, maharaja de Jodhpur, dans le royaume du Marwar. Personnage politique de premier plan, il exerce trois fois la régence de Jodhpur, dont une première fois d’octobre 1895 à février 1898. Il est aide de camp du futur Édouard VII à partir de 1887, il voyage souvent en Europe, et il conduira encore les Jodhpur Lancers en France pendant la Première Guerre mondiale, alors qu’il a dépassé les soixante-cinq ans. Il meurt le 4 septembre 1922.

Vers 1890, il fait tailler en Inde une culotte de cheval inspirée du churidar, ce pantalon traditionnel indien étroit au mollet et ample à la hanche. Il en modifie l’équilibre : il accentue l’ampleur sur les cuisses et les hanches, garde le fourreau serré du genou à la cheville, et renforce le tissu à l’intérieur du mollet et du genou, aux endroits exacts qui s’usent au contact du cuir.

En 1897, la reine Victoria fête son jubilé de diamant. Pratap Singh se rend en Angleterre et amène avec lui toute son équipe de polo. Les cavaliers indiens jouent, et surtout ils s’habillent autrement : les milieux mondains britanniques remarquent immédiatement leur tenue de monte. La coupe est reprise par les joueurs de polo anglais, qui la marient à leur propre culotte. Le vêtement moderne naît de ce métissage, pas d’une invention isolée.

La preuve la plus froide de l’impact tient en une date de dictionnaire. La plus ancienne occurrence du mot jodhpurs relevée par l’Oxford English Dictionary date de 1899, sous la plume du journaliste G. W. Steevens. Deux ans après le jubilé, l’anglais avait déjà absorbé le nom d’une ville du Rajasthan pour désigner un pantalon.

Pourquoi les cuisses étaient bouffantes et les mollets serrés

La silhouette en ailes de chauve-souris que l’on voit sur les photos anciennes n’était pas un caprice esthétique. C’était la réponse d’ingénieur à une contrainte de matière.

Le tissu d’alors ne s’étire pas. Or l’articulation de la hanche du cavalier travaille en permanence : elle s’ouvre et se ferme à chaque foulée, elle absorbe le mouvement du dos du cheval, elle encaisse la position en équilibre. Sans élasticité, la seule façon de laisser cette amplitude est d’ajouter de la matière. D’où le volume sur les cuisses et les hanches.

À l’inverse, le bas de jambe doit rester lisse. Un pli sous la botte, ou sous le contact du mollet, crée un point de pression qui blesse en quelques kilomètres. D’où le fourreau serré du genou à la cheville, directement hérité du churidar. Ampleur en haut, épure en bas : le vêtement épouse deux besoins contradictoires avec un seul patronage.

Reste le renfort intérieur du genou et du mollet. Il protège le tissu, il stabilise la jambe et il augmente l’adhérence sur les quartiers. Les basanes de cuir des culottes classiques en descendent en droite ligne, et les patchs en silicone des modèles actuels remplissent aujourd’hui la même fonction, avec un autre matériau.

La bottine qui va avec, et la fin du règne de la botte haute

Un pantalon qui descend jusqu’à la cheville change tout l’équipement du bas de jambe. Puisque le tissu protège désormais le mollet, la botte haute cesse d’être obligatoire. Une bottine suffit.

C’est la jodhpur boot, la bottine de cheville à bout rond, talon bas et bride à boucle qui fait le tour de la cheville. Les sources anglo-saxonnes de référence situent son apparition en Inde dans les années 1920, chez les joueurs de polo britanniques, et notent qu’un grand magasin new-yorkais en vendait dès 1927. Autrement dit, la bottine est postérieure au pantalon d’une bonne génération, contrairement à ce que raconte souvent la légende du jubilé.

Cette bascule a une conséquence très concrète pour les débutants d’aujourd’hui : c’est elle qui rend possible le trio pantalon long, boots et mini-chaps que porte la quasi-totalité des cavaliers de club. Pour choisir entre les deux familles, notre comparatif des bottes d’équitation et notre sélection de boots détaillent ce que chacune apporte réellement.

Sur quoi on juge un pantalon d’équitation aujourd’hui

  • Le fond de peau. Basanes de cuir, silicone en pastilles ou en surface pleine, sur le genou seul, en trois quarts ou en assise complète. Plus la surface est grande, plus la tenue en selle est franche, et moins le cavalier peut glisser volontairement, ce qui gêne certains à l’obstacle.
  • L’élasticité et la récupération. Un tissu qui s’étire mais ne revient pas à sa forme se déforme aux genoux en quelques semaines. C’est le premier signe d’un modèle bas de gamme.
  • Les coutures. Elles doivent être plates et surtout jamais placées à l’intérieur de la cuisse, à l’endroit du contact. C’est la cause de frottement la plus fréquente et la plus évitable.
  • La hauteur de taille. Une taille basse bâille dans le dos à la position assise. Une taille haute maintient mieux et reste plus discrète sous une veste. C’est un choix de morphologie, pas de mode.
  • Le bas de jambe. Fourreau lisse et sans surépaisseur, chaussette intégrée ou passant sous le pied, pour que rien ne remonte dans la botte ou sous le mini-chaps.
  • La respirabilité. En été, un tissu qui n’évacue pas l’humidité colle et brûle. Regardez le grammage et la présence de zones ajourées à l’arrière du genou.
  • La tenue au lavage. Les fonds silicone n’aiment ni les températures élevées, ni le sèche-linge, ni l’adoucissant. Un modèle qui exige un entretien impossible à tenir ne durera pas.
  • La conformité au règlement. Avant d’acheter pour la compétition, lisez le règlement de la discipline visée : la couleur admise n’est pas la même partout, et elle ne se négocie pas sur le paddock.

Ce que l’élasthanne a effacé

La silhouette bouffante a disparu pour une raison chimique. En 1958, un chimiste de DuPont, Joseph Shivers, met au point une fibre élastique qui s’étire plusieurs fois sa longueur et revient à sa forme. Elle est commercialisée au début des années 1960 sous le nom de Lycra.

À partir du moment où le tissu s’étire, le surplus de matière sur les cuisses ne sert plus à rien. Il devient même un défaut : du volume qui plisse sous le quartier de selle, qui prend le vent et qui alourdit la silhouette. Le pantalon d’équitation se referme sur la jambe et devient la seconde peau que nous connaissons.

Ce qui est resté du patronage indien, en revanche, est plus discret et plus tenace : la longueur jusqu’à la cheville, le fourreau lisse en bas de jambe, le renfort au contact, et le principe même d’un vêtement pensé pour une articulation en mouvement plutôt que pour la station debout. Les innovations récentes, tissus compressifs, coutures thermosoudées, silicone imprimé, ne font que relire ce cahier des charges. On peut suivre cette évolution dans les tendances de la mode équestre, où le marketing recycle chaque saison des solutions dont la logique a plus d’un siècle.

Jodhpur, culotte, breeches, qui est qui dans une sellerie française

Le vocabulaire s’est brouillé en traversant la Manche, et cela vaut la peine d’être clarifié avant un achat.

En anglais, la distinction est nette. Les breeches s’arrêtent vers le milieu du mollet et se portent avec des bas et des bottes hautes. Les jodhpurs descendent à la cheville et se portent avec des bottines.

Dans l’usage français des selleries, le mot culotte désigne le pantalon d’équitation classique, et le mot jodhpur s’est spécialisé sur le pantalon long à bas de jambe droit, souvent muni d’un revers, vendu surtout en taille enfant et porté avec des boots et des mini-chaps. Un adulte qui monte en pantalon technique long porte donc, techniquement, un descendant direct des jodhpurs sans jamais employer le mot.

Le blanc du dressage est écrit noir sur blanc dans le règlement

Il reste une trace de cette histoire dans les textes officiels. Le règlement de dressage de la Fédération équestre internationale, à l’article consacré à la tenue, impose aux cavaliers civils une liste courte et obligatoire : casque de protection correctement attaché de couleur noire ou foncée, culotte blanche ou blanc cassé, plastron ou cravate blanc ou blanc cassé, gants blancs, blanc cassé ou de la couleur de la veste, bottes noires ou foncées.

Ces jours-ci, sur les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, les cavaliers civils qui entrent dans le rectangle appliquent tous cette règle, les militaires et les policiers gardant par ailleurs le droit de concourir en tenue de service. Le vêtement a changé de matière trois fois en un siècle, la contrainte de couleur, elle, n’a pas bougé. Dans les autres disciplines, la couleur relève d’un règlement distinct, ce qui explique les teintes plus variées que l’on voit sur les paddocks. Le seul réflexe fiable reste de lire le règlement de la discipline et de l’année en cours, puisque ces textes sont révisés régulièrement. Notre page sur l’équipement du cavalier récapitule les pièces concernées.

Ce que cette histoire dit du polo, et du reste

Le polo revient deux fois dans ce récit, et ce n’est pas un hasard. C’est le sport qui a servi de laboratoire : jeu rapide, changements de direction violents, longues heures en selle, plusieurs chevaux dans la même journée. Tout ce qui gêne se voit en un après-midi. C’est aussi par le polo que le mot lui-même a voyagé, comme le raconte notre article sur l’origine du nom polo.

La leçon vaut au-delà du textile. Beaucoup de ce que le cavalier considère comme une tradition immuable est en réalité une solution technique datée, née d’une contrainte précise, et parfois devenue inutile sans que l’usage s’en aperçoive. Les cuisses bouffantes ont survécu trente ans après l’apparition du tissu qui les rendait superflues. La question intéressante, devant un rayon de sellerie, n’est donc pas de savoir ce qui se fait, mais quel problème chaque détail prétend résoudre, et si ce problème vous concerne encore.

Choisir sa culotte sans se tromper de critère

Fond de peau, hauteur de taille, tissus, coupes homme et femme, budgets : notre guide compare les modèles disponibles et explique ce qui change vraiment en selle.

Voir le guide du pantalon d’équitation

À retenir

  • Le pantalon d’équitation moderne descend du churidar indien, étroit au mollet et ample à la hanche, adapté à Jodhpur vers 1890.
  • Pratap Singh, fils cadet du maharaja de Jodhpur, l’a fait connaître en Angleterre en 1897, en amenant toute son équipe de polo aux fêtes du jubilé de diamant de la reine Victoria.
  • Le mot jodhpurs est attesté en anglais dès 1899 selon l’Oxford English Dictionary.
  • Les cuisses bouffantes n’étaient pas une mode : elles compensaient un tissu qui ne s’étirait pas. L’élasthanne, mis au point en 1958, les a rendues inutiles.
  • Le renfort intérieur du genou et du mollet des modèles anciens est l’ancêtre direct des basanes de cuir et des fonds de peau en silicone.
  • Le pantalon long jusqu’à la cheville a rendu la botte haute facultative et ouvert la voie à la bottine, puis au duo boots et mini-chaps.
  • En dressage international, le règlement de la Fédération équestre internationale impose une culotte blanche ou blanc cassé.

Sources

Origine du vêtement, filiation avec le churidar, rôle de Pratap Singh et jubilé de diamant de 1897 : notices encyclopédiques de référence sur les jodhpurs et sur la jodhpur boot. Dates biographiques de Pratap Singh, régences de Jodhpur, Jodhpur Lancers : notice biographique de référence, qui ne mentionne toutefois pas le vêtement. Première attestation du mot en anglais en 1899 : Oxford English Dictionary. Invention de la fibre élastique en 1958 par Joseph Shivers chez DuPont et commercialisation sous le nom de Lycra au début des années 1960 : documentation du fabricant et National Inventors Hall of Fame. Tenue obligatoire en dressage : règlement de dressage de la Fédération équestre internationale, article consacré à la tenue. Cet article est indépendant et n’est affilié ni à la Fédération équestre internationale, ni à la Fédération française d’équitation, ni à aucune marque citée.

Newsletter Equirider
L'essentiel équestre, chaque semaine

Conseils, tests, bons plans, directement dans votre boîte mail.

1 email/semaine Désinscription en 1 clic Politique de confidentialité
Aussi dans l'univers Equirider