On résume souvent la santé du cheval à une formule de maréchal : « Pas de pied, pas de cheval ». Derrière l’adage se cache un geste d’entretien aussi banal qu’essentiel : le parage. Tous les cinq à huit semaines, le pied repousse, s’use de travers, se déséquilibre. Le parage remet la corne à la bonne longueur et au bon aplomb, qu’on laisse le cheval pieds nus ou qu’on le ferre ensuite.
Mal fait ou trop espacé, il fragilise l’appareil locomoteur tout entier. Bien conduit, il prévient les boiteries, les fourbures et l’usure prématurée des articulations. Voici, sans jargon inutile, ce qu’il faut comprendre du parage : son rôle, son rythme, ses deux grandes écoles, son prix et la façon de choisir la bonne main pour le réaliser.
Qu’est-ce que le parage du cheval ?
Le parage consiste à retailler la corne du pied pour lui rendre sa forme et son équilibre naturels. Comme l’ongle humain, le sabot pousse en permanence, d’environ 8 à 10 mm par mois. Dans la nature, le cheval use cette corne en se déplaçant sur des sols variés. À l’écurie, sur des sols mous et un travail réduit, la pousse dépasse l’usure : sans intervention, le pied s’allonge, se déforme et reporte les contraintes sur les tendons et les articulations.
Le pareur, ou le maréchal-ferrant, rééquilibre la paroi, la sole, la fourchette et la ligne blanche pour répartir le poids du cheval sur l’ensemble du pied. L’objectif n’est pas esthétique : c’est l’aplomb, donc la mécanique du membre, qui est en jeu.
Pourquoi le parage est-il indispensable ?
Un pied négligé déséquilibre toute la colonne d’appui. Les conséquences arrivent vite et coûtent cher :
- Boiteries et gênes liées à un mauvais aplomb ou à une corne trop longue qui se fend.
- Pathologies du pied : seimes, bleimes, abcès, fourchette pourrie favorisée par l’humidité.
- Usure articulaire précoce des tendons, du boulet et du genou, par report de contraintes.
- Fourbure aggravée quand le pied n’est plus soutenu correctement.
À l’inverse, un entretien régulier maintient un pied sain, limite les frais vétérinaires et prolonge la carrière sportive ou de loisir du cheval. C’est l’un des piliers de la santé du cheval, au même titre que l’alimentation et la vermifugation.
À quelle fréquence parer son cheval ?
Le rythme dépend de la vitesse de pousse, du sol, du travail et de la saison. En règle générale, on compte un parage toutes les 6 à 8 semaines. La corne pousse plus vite au printemps et en été, plus lentement en hiver.
| Situation | Fréquence indicative |
|---|---|
| Cheval de sport ferré | Toutes les 5 à 6 semaines |
| Cheval de loisir pieds nus | Toutes les 6 à 8 semaines |
| Poulain en croissance | Toutes les 4 à 6 semaines (suivi des aplombs) |
| Cheval à la retraite | Toutes les 8 à 10 semaines |
Mieux vaut s’en tenir à un calendrier régulier que d’attendre les signes d’alerte. Noter chaque passage du maréchal dans un carnet de suivi évite les oublis et permet de repérer une corne qui pousse de travers.
Notez chaque parage et ne manquez plus jamais un passage du maréchal.
Parage pieds nus ou parage avant ferrure ?
Il existe deux grandes approches, complémentaires plutôt qu’opposées. Le choix dépend de la qualité de corne du cheval, de son travail et des sols qu’il fréquente.
Le parage physiologique (pieds nus)
Le cheval reste déferré. Le pareur respecte la forme naturelle du pied et stimule son fonctionnement (amortissement, circulation). Cette approche convient aux chevaux à bonne corne, travaillant sur des sols qui ne sont pas trop abrasifs, parfois équipés d’hipposandales pour les terrains durs.
Le parage de maréchalerie (avant ferrure)
Le maréchal pare d’abord le pied, puis ajuste et pose le fer. La ferrure protège la corne des chevaux très sollicités, sur sols durs ou caillouteux, ou corrige certains défauts d’aplomb. C’est le geste de base du métier de maréchal-ferrant.
Le débat « pieds nus contre ferrés » n’a pas de réponse universelle : c’est le pied du cheval, son usage et son environnement qui décident, pas une idéologie.
Comment se déroule un parage ?
Le professionnel suit toujours la même logique, pied après pied :
- Observation des aplombs à l’arrêt et en mouvement, pour repérer les déséquilibres.
- Curage et nettoyage de la sole et de la fourchette.
- Coupe de l’excédent de corne à la pince à parer, en respectant la sole vive.
- Râpe de finition pour égaliser la paroi et arrondir les bords (le « roulé »).
- Contrôle de l’équilibre médio-latéral et de l’angle du paturon.
Un parage complet des quatre pieds dure de 30 à 45 minutes pour un cheval calme et habitué. D’où l’intérêt d’habituer tôt le jeune cheval à donner ses pieds.
Combien coûte un parage ?
En France, le parage seul (sans ferrure) se situe généralement entre 30 et 50 euros par passage pour les quatre pieds. Une ferrure complète revient plutôt à 80 à 130 euros selon la région, le type de fer et le déplacement. Les écarts s’expliquent par la zone géographique, la spécialité du professionnel et l’état des pieds.
Sur une année, à raison d’un passage toutes les six à huit semaines, l’entretien des pieds représente un budget récurrent à anticiper. Ce budget éclaire d’ailleurs une réalité du métier : derrière chaque passage, un savoir-faire long à acquérir et physiquement exigeant, que reflète le salaire du maréchal-ferrant.
Qui doit parer le cheval ?
Le parage n’est pas un geste anodin : une coupe trop courte peut blesser le cheval pour plusieurs semaines. On confie donc le pied à un professionnel formé :
- Le maréchal-ferrant, qui pare et ferre, diplômé du CAPA maréchal-ferrant.
- Le pareur spécialisé pieds nus, pour les chevaux déferrés.
Pour trouver un intervenant près de chez vous, l’annuaire des maréchaux-ferrants recense les professionnels par département. Le bouche-à-oreille au sein de l’écurie reste aussi un bon repère de fiabilité.
Les erreurs à éviter
- Espacer les passages au-delà de deux mois « pour économiser » : le rattrapage coûte plus cher qu’il ne fait gagner.
- Parer soi-même sans formation : le risque de blesser la sole vive est réel.
- Ignorer une boiterie apparue après un parage et ne pas en parler au professionnel.
- Négliger le pied du poulain, dont les aplombs se corrigent surtout pendant la croissance.
En résumé
Le parage est l’entretien de fond du pied du cheval : un geste régulier, toutes les six à huit semaines, qui conditionne l’équilibre, le confort et la longévité de l’animal. Pieds nus ou avant ferrure, il se confie à un professionnel formé et se note dans le suivi de l’écurie. Un pied bien tenu, c’est un cheval qui dure. Pour aller plus loin sur la maréchalerie et les métiers du cheval, explorez nos guides des métiers équins.
Questions fréquentes sur le parage du cheval
Tous les combien faut-il parer un cheval ?
En moyenne toutes les 6 à 8 semaines, un peu plus souvent au printemps et pour les chevaux ferrés, un peu moins pour les chevaux à la retraite.
Un cheval peut-il vivre pieds nus ?
Oui, si sa corne est de bonne qualité et son travail adapté aux sols qu’il fréquente. Un parage physiologique régulier reste indispensable, avec parfois des hipposandales sur terrains durs.
Quel est le prix d’un parage en France ?
Comptez généralement 30 à 50 euros pour le parage des quatre pieds, contre 80 à 130 euros pour une ferrure complète, selon la région et le professionnel.
Peut-on parer son cheval soi-même ?
C’est déconseillé sans formation : une coupe trop courte blesse la sole et provoque une boiterie. Le parage relève d’un maréchal-ferrant ou d’un pareur formé.






