
The Everest : la place coûte 700 000 dollars, et le cheval arrivé dernier touche la même somme
Samedi 17 octobre, sur l’hippodrome de Royal Randwick, à Sydney, douze chevaux s’élancent pour The Everest : 1 200 mètres sur le gazon, 20 millions de dollars australiens de dotation, la course de galop sur herbe la plus riche du monde. Mais aucun de ces chevaux ne s’est qualifié. Chaque place a été achetée 700 000 dollars australiens (hors taxe) par un « slot holder », une écurie, un club ou un parieur institutionnel, qui choisit ensuite le cheval qu’il fera courir. Et le règlement 2026 contient un détail qui dit tout de cette course : le cheval arrivé douzième, bon dernier, rapporte 700 000 dollars, exactement le prix de la place.
The Everest 2026 à Randwick : 20 millions de dollars pour une course de 1 200 mètres
Les conditions officielles de l’édition 2026, publiées par Racing NSW et l’Australian Turf Club, tiennent en quelques lignes. The Everest se court le samedi 17 octobre 2026 à Royal Randwick, sur 1 200 mètres, pour les chevaux de 3 ans et plus. C’est un sprint avec un seul tournant, bouclé en un peu plus d’une minute et huit secondes : le vainqueur 2025 a signé 1 min 08 s 13. La course se dispute dans l’après-midi à Sydney, ce qui place le départ tôt le samedi matin en France, avec neuf heures de décalage.
Le peloton est limité à douze partants, plus six remplaçants au maximum. Les poids sont fixés à l’âge, sans aucune décharge pour les apprentis : 58,5 kg pour les mâles de 4 ans et plus, 56,5 kg pour les femelles du même âge, 53 kg pour les mâles de 3 ans et 51 kg pour les pouliches. Le règlement prévoit une échelle à part pour les chevaux nés dans l’hémisphère Nord, plus jeunes de quelques mois à âge officiel égal.
La répartition des 20 millions est la suivante :
- 1er : 7 000 000 dollars, plus des trophées évalués à 730 000 dollars (625 000 pour le propriétaire, 52 500 pour l’entraîneur, 52 500 pour le jockey).
- 2e : 2 900 000 dollars ; 3e : 2 000 000 ; 4e : 1 500 000 ; 5e : 1 200 000 ; 6e : 950 000.
- Du 7e au 12e : 700 000 dollars chacun.
- 250 000 dollars versés à un fonds dédié au bien-être des chevaux.
Pour donner un ordre de grandeur, le Prix de l’Arc de Triomphe, couru le 4 octobre à ParisLongchamp, était doté de 5 millions d’euros. The Everest en distribue plus du double, sur une distance deux fois plus courte.
Le droit de courir s’achète avant le cheval : comment fonctionnent les 12 places de The Everest
Dans une grande course classique, un cheval gagne sa place par ses résultats, puis son propriétaire paie l’engagement. The Everest inverse l’ordre. Les douze places, appelées « slots », sont des licences vendues par les organisateurs, en général pour plusieurs saisons. Pour 2026, la licence coûte 700 000 dollars australiens hors taxe par an, réglés en deux versements non remboursables de 350 000 dollars, le premier avant le 1er février. Le détenteur de la licence n’a alors encore aucun cheval : il a acheté un droit, qu’il doit remplir avec le meilleur sprinter qu’il pourra convaincre.
Les douze détenteurs 2026 recensés par la presse spécialisée australienne mélangent des profils très différents : le Hong Kong Jockey Club associé à l’Australian Turf Club, l’opérateur de paris TAB, les grandes écuries Coolmore et Godolphin, la maison de ventes Inglis, l’entraîneur Chris Waller, Yulong Investments, Mulberry Racing, Fairway Thoroughbreds, Newgate associé à GPI Racing, James Harron, et un groupe d’investisseurs réunis autour des familles Whitby, Madden, McCain et Werret.
Entre le détenteur et le propriétaire du cheval, tout se négocie en privé : part des gains, prise en charge des frais, couleurs portées par le jockey. C’est un marché à part entière, qui s’anime dès la fin de l’hiver australien. Début septembre, par exemple, Fairway Thoroughbreds, la structure de John Camilleri, a annoncé que sa place irait à Ninja, un cheval de 4 ans entraîné par Michael Freedman, qui venait de gagner les Missile Stakes, un Groupe 2 sur 1 200 mètres, avec 1,2 longueur d’avance. La date limite pour désigner les douze partants est fixée au mardi 13 octobre à 10 h, heure de Sydney.

Le cheval arrivé dernier rembourse sa place : ce que rapporte chaque partant de The Everest
Le chiffre le plus révélateur du règlement n’est pas celui du vainqueur. Du 7e au 12e, chaque cheval rapporte 700 000 dollars, soit très exactement le montant hors taxe de la licence. En clair, un détenteur qui parvient à aligner un partant récupère au moins sa mise, quel que soit le résultat. La perte se joue ailleurs : sur la taxe, sur le partage négocié avec le propriétaire du cheval, et sur la place vide si aucun cheval ne se présente.
Car le règlement est sévère avec les absents. Si le cheval désigné est retiré avant 7 h 30 le matin de la course, le détenteur peut le remplacer par l’un des remplaçants, choisis parmi les partants des Sydney Stakes, une course de 2 millions de dollars sur la même distance, organisée le même jour comme lot de consolation. Après 7 h 30, plus aucun remplacement n’est possible : la place reste vide. Le détenteur touche alors la somme du dernier si le cheval a été retiré par le vétérinaire officiel, et rien du tout dans les autres cas.
Le cas du remplaçant est le seul où le règlement fixe lui-même le partage des gains. Si un cheval de réserve gagne The Everest, les 7 millions se répartissent ainsi : 3 010 000 dollars pour le détenteur de la place, 2 800 000 pour le propriétaire du cheval, 700 000 pour l’entraîneur, 350 000 pour le jockey, et 140 000 dollars pour le lad, le soigneur qui s’occupe du cheval au quotidien. À la dernière place, ce même lad touche encore 14 000 dollars.
- La vitesse pure sur 1 200 mètres : un sprint d’à peine plus d’une minute ne laisse aucune seconde chance après un départ manqué.
- Le poids pour l’âge : 58,5 kg pour un mâle adulte, 2 kg de moins pour une jument, et un net avantage de poids pour les 3 ans.
- Le numéro de stalle : sur un parcours aussi court, partir à l’extérieur coûte du terrain dans le seul tournant.
- L’état du gazon de Randwick : un terrain lourd après la pluie de printemps change la hiérarchie des sprinters.
- Le voyage et la quarantaine : un cheval venu de Hong Kong ou d’Europe doit arriver acclimaté, après des semaines de restrictions sanitaires.
- Le jockey et la forme du moment : les dernières courses sur la distance pèsent plus lourd que le palmarès.
Ka Ying Rising, le cheval de Hong Kong qui défend son titre à The Everest
Le cheval que tout le monde attend à Randwick ne vient pas d’Australie. Ka Ying Rising, hongre né en Nouvelle-Zélande le 3 septembre 2020, entraîné à Hong Kong par David Hayes et monté par Zac Purton, a gagné The Everest 2025 sous les couleurs de la place du Hong Kong Jockey Club. Il est devenu le premier cheval entraîné hors d’Australie à remporter la course. Son entraîneur en garde un souvenir paradoxal : « Visuellement, c’était sa pire course de la saison, mais il a quand même gagné d’une longueur et demie. »
Depuis, Ka Ying Rising n’a plus perdu. En ouvrant la saison hongkongaise le 6 septembre 2026, dans la Chief Executive’s Cup, un Groupe 3 sur 1 200 mètres à Sha Tin, il a porté sa série à vingt victoires consécutives, dont dix-neuf sur cet hippodrome. Il partage la tête du classement mondial des chevaux de course avec Ombudsman, et ses gains dépassent 140 millions de dollars de Hong Kong. Début septembre, les bookmakers australiens en faisaient le grand favori de l’édition 2026.
S’il gagne, il rejoindra un seul cheval dans l’histoire de la course : Redzel, vainqueur en 2017 et en 2018, le seul doublé jamais réussi à The Everest.

Neuf éditions de The Everest : sept victoires de chevaux hongres, une jument et une polémique à l’Opéra de Sydney
Créée en 2017 avec une dotation de 10 millions de dollars, portée à 15 millions dès 2018 puis à 20 millions, The Everest a construit sa réputation en moins de dix ans. Son palmarès dit quelque chose du sprint australien : sur neuf éditions, sept ont été gagnées par des hongres, des mâles castrés.
- 2017 et 2018 : Redzel, hongre, entraîné par Peter et Paul Snowden.
- 2019 : Yes Yes Yes, entier de 3 ans, entraîné par Chris Waller, monté par Glen Boss.
- 2020 : Classique Legend, hongre, entraîné par Les Bridge, monté par Kerrin McEvoy.
- 2021 : Nature Strip, hongre de 7 ans, entraîné par Chris Waller, monté par James McDonald.
- 2022 : Giga Kick, hongre de 3 ans, entraîné par Clayton Douglas, monté par Craig Williams.
- 2023 : Think About It, hongre, entraîné par Joseph Pride, monté par Sam Clipperton.
- 2024 : Bella Nipotina, jument de 7 ans, entraînée par Ciaron Maher, montée par Craig Williams.
- 2025 : Ka Ying Rising, hongre, entraîné par David Hayes, monté par Zac Purton.
La course a aussi connu sa tempête. En octobre 2018, les organisateurs obtiennent de projeter la promotion de l’épreuve, et le tirage des numéros de stalle, sur les voiles de l’Opéra de Sydney. Une pétition contre l’usage publicitaire du monument dépasse les 300 000 signatures en moins d’une semaine. La projection a lieu malgré tout, dans une version réduite.
Ce que l’on ignore encore des chevaux au départ de The Everest 2026
À huit jours de la course, le plateau n’est pas complet. Les détenteurs ont jusqu’au mardi 13 octobre, 10 h à Sydney, pour désigner leur cheval, et le tirage des stalles suit cette déclaration. La présence de Ka Ying Rising est annoncée par son entourage et le cheval a été mis en quarantaine pour le voyage, mais seule la déclaration finale vaudra confirmation. L’état du terrain dépendra de la météo de la semaine. Enfin, le règlement prévoit que si la course ne pouvait pas avoir lieu dans les huit jours suivant la date prévue, la licence serait remboursée et aucun gain versé : une clause qui n’a encore jamais servi.
Racing NSW et Australian Turf Club : « The TAB Everest, 17th October 2026 », conditions de course 2026 (dotation, échelle des poids, licences, déclarations, remplaçants, répartition des gains) ; RSN et SEN (5 septembre 2026, place de Fairway Thoroughbreds attribuée à Ninja) ; Bettingpro (liste des détenteurs 2026) ; Thoroughbred Daily News (place du Hong Kong Jockey Club pour Ka Ying Rising) ; Sportsnaut et TrueNicks (série de Ka Ying Rising, Chief Executive’s Cup du 6 septembre 2026) ; horseracing.com.au (palmarès 2018-2024) ; Wikipédia anglophone, article « The Everest » (dotations successives, polémique de l’Opéra de Sydney en 2018). Equirider n’est affilié ni à Racing NSW, ni à l’Australian Turf Club, ni à aucun détenteur de place.
Une place à 700 000 dollars reste loin du prix des chevaux eux-mêmes : notre enquête sur le cheval le plus cher du monde raconte les records d’enchères qui dépassent les 70 millions d’euros. Les sprinters de The Everest sont presque tous des pur-sang anglais, la race reine du galop. Pour suivre les réunions françaises, consultez notre programme des courses hippiques. Et pour rester en Australie, lisez l’histoire de Phar Lap, le cheval empoisonné à l’arsenic, ou notre sélection des 10 plus grandes courses hippiques au monde.
Pour aller plus loin : quiz cheval et concours équestres
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