Torsion intestinale
chez le cheval
La torsion intestinale est l'une des urgences vétérinaires les plus graves chez le cheval. Sans chirurgie dans les 4 à 6 heures, l'intestin se nécrose et l'issue est presque toujours fatale. Reconnaître les signes d'une colique chirurgicale change radicalement le pronostic.
Parmi les coliques équines, la torsion intestinale représente environ 15% des cas mais concentre les pronostics les plus sombres. Elle correspond au pivotement d'une portion d'intestin autour de son mésentère, entraînant une occlusion immédiate et un arrêt de la circulation sanguine. Sans intervention chirurgicale rapide, la nécrose intestinale est inévitable.
Définition et types de torsion
La torsion intestinale est une rotation d'au moins 180 degrés d'une anse intestinale autour de son mésentère (les vaisseaux qui l'irriguent). Cette rotation provoque une obstruction du transit (occlusion) et une compression des vaisseaux qui peut évoluer rapidement en infarctus intestinal. On distingue principalement la torsion du gros côlon ascendant (la plus fréquente, surtout en post-partum chez la jument), la torsion du caecum (rare mais grave), la torsion ou volvulus de l'intestin grêle (souvent après strangulation par un lipome pédiculé chez le cheval âgé), et la torsion du petit côlon. Chaque type a ses spécificités cliniques et chirurgicales.
Causes et facteurs de risque
Plusieurs facteurs prédisposent à la torsion. Le post-partum est une période critique : la jument qui vient de pouliner présente un risque élevé de torsion du gros côlon dans les heures qui suivent. Les changements alimentaires brusques (passage au vert, distribution d'orge sans transition) augmentent les gaz coliques et favorisent les déplacements. Les parasites intestinaux (strongles, ascaris) peuvent obstruer ou ralentir le transit. Le roulage intense lors d'une colique douloureuse peut transformer un simple spasme en torsion. Les lipomes pédiculés (tumeurs graisseuses mobiles) chez les chevaux âgés enroulent le grêle. L'hospitalisation prolongée, la déshydratation, et certaines races (chevaux de trait, Pur-sang) ont également des risques accrus.
Symptômes et signes de gravité
La torsion débute le plus souvent par une colique brutale et intense : le cheval transpire abondamment, regarde son flanc, se couche et se relève sans cesse, gratte, peut se jeter au sol. La douleur ne cède pas ou peu aux antispasmodiques et anti-inflammatoires. La fréquence cardiaque dépasse rapidement 60 battements par minute, peut atteindre 80 à 100. Les muqueuses deviennent congestionnées puis violacées, le temps de recoloration capillaire s'allonge. L'abdomen se distend visiblement (gros côlon). Le cheval refuse toute alimentation et toute boisson. L'absence de bruits digestifs à l'auscultation, l'absence totale de crottins depuis plusieurs heures, et l'aggravation rapide malgré le traitement signent la gravité. Tout ce tableau impose un transfert immédiat en clinique chirurgicale.
Diagnostic en urgence
Le vétérinaire pratique d'abord un examen clinique complet : prise de température, fréquences cardiaque et respiratoire, état des muqueuses, palpation rectale. La palpation transrectale est essentielle : elle peut révéler une boucle distendue, une bande tendue de mésentère, un déplacement anormal. L'échographie abdominale visualise les anses dilatées, recherche du liquide péritonéal libre. La ponction péritonéale (paracentèse abdominale) prélève du liquide péritonéal : un liquide jaune clair est rassurant, un liquide rosé à sanguinolent avec lactates élevés (plus de 4 mmol/L) signe la souffrance intestinale et impose la chirurgie. Le bilan sanguin (hématocrite, protéines, lactates) évalue la déshydratation et l'état hémodynamique. Tout retard à poser le diagnostic compromet le pronostic.
Chirurgie, post-opératoire et prévention
La chirurgie est la seule option curative : laparotomie médiane sous anesthésie générale, exploration de l'abdomen, détorsion, évaluation de la viabilité intestinale, résection si nécessaire de la portion nécrosée. L'intervention dure 2 à 4 heures, le coût se situe entre 4 000 et 10 000 euros selon le centre. Le réveil et les 72 premières heures post-opératoires sont critiques : risque de récidive, de péritonite, d'iléus post-chirurgical, de fourbure. L'hospitalisation dure 7 à 14 jours, le retour au travail prend 3 à 6 mois. Le pronostic dépend de la précocité (excellent en 4 heures, sombre au-delà de 8), de la portion concernée et de la viabilité. La prévention repose sur une alimentation régulière, l'absence de changement brutal de ration, la vermifugation, l'hydratation suffisante, la surveillance des juments en post-partum.
Questions fréquentes
Information générale à but pédagogique. Cette fiche ne remplace pas une consultation vétérinaire. Toute suspicion clinique justifie un appel véto rapide.
