Urgences oculaires
du cheval
Un œil mi-clos, un larmoiement abondant ou une cornée trouble peuvent signaler une urgence ophtalmique. Toute atteinte oculaire chez le cheval doit être considérée comme prioritaire : la vision peut être perdue en quelques heures sans prise en charge adaptée.
L'œil du cheval est un organe fragile, exposé aux traumatismes (branche, foin, corps étranger), aux infections et à des pathologies inflammatoires graves comme l'uvéite récidivante. Face à un œil anormal, le réflexe doit être l'appel vétérinaire rapide : aucun collyre, pommade ou anti-inflammatoire ne doit être appliqué sans diagnostic, sous peine d'aggravation irréversible.
Qu'est-ce qu'une urgence oculaire
Une urgence oculaire est toute atteinte de l'œil ou de ses annexes (paupières, conjonctive, cornée, chambre antérieure) susceptible d'évoluer rapidement vers la perte fonctionnelle de la vision. Chez le cheval, les principales urgences sont l'ulcère cornéen, l'uvéite récidivante équine (ERU), le glaucome, les plaies palpébrales et les corps étrangers. La cornée n'a pas de vascularisation propre : sa cicatrisation dépend des larmes et du film lacrymal, et une lésion mal traitée peut perforer en 24 à 72 heures.
Causes et facteurs de risque
Les causes traumatiques dominent : branche d'arbre dans un pré boisé, brin de paille en stabulation, coup de pied entre congénères, frottement contre un mur, projection de débris. Les causes infectieuses incluent les conjonctivites bactériennes (Moraxella, Streptococcus), les kératites herpétiques et fongiques. Les causes inflammatoires immuno-médiées (uvéite récidivante équine) touchent particulièrement les Appaloosa, les Knabstrupper et les chevaux porteurs de l'allèle leptospire. Le glaucome secondaire peut faire suite à une uvéite chronique non maîtrisée. Une malposition palpébrale (entropion néonatal) ou des cils trichiasiques irritent en permanence la cornée.
Symptômes à surveiller
Le signe le plus visible est le blépharospasme : la paupière reste mi-close ou totalement fermée, le cheval refuse l'ouverture forcée. Le larmoiement (épiphora) est souvent abondant, parfois mêlé de mucus ou de pus. La photophobie pousse le cheval à éviter la lumière vive, à rentrer dans une zone d'ombre. La cornée peut apparaître bleutée (œdème), blanche (infiltrat infectieux), ou présenter une dépression visible (ulcère). La pupille peut sembler resserrée (myosis) ou déformée (synéchies postérieures). Toute déformation visible du globe, hypopion (pus en chambre antérieure) ou hyphéma (sang) est une urgence immédiate.
Diagnostic vétérinaire
Le diagnostic repose sur un examen ophtalmologique complet en stalle d'examen ou box calme. Le vétérinaire commence par une anesthésie tronculaire des paupières (nerfs auriculo-palpébral et frontal) pour permettre l'ouverture sans douleur. Le test à la fluorescéine met en évidence les ulcères cornéens (zone verte sous lumière bleue). La tonométrie mesure la pression intraoculaire (normale 17 à 28 mmHg). La lampe à fente examine l'humeur aqueuse, le cristallin, la rétine. Un prélèvement cornéen pour cytologie et culture est indiqué en cas de suspicion infectieuse. Une échographie oculaire complète le bilan en cas de cataracte ou de décollement rétinien.
Traitement et prévention
Le traitement dépend du diagnostic mais quelques règles sont universelles : aucun corticoïde topique sans avoir éliminé un ulcère cornéen (risque de perforation), aucune pommade sans diagnostic, surveillance étroite toutes 6 à 12 heures les 48 premières heures. Les antibiotiques topiques large spectre (chloramphénicol, gentamicine) couvrent les surinfections. L'atropine en collyre lève le myosis et soulage la douleur. Le sérum autologue stimule la cicatrisation cornéenne. La prévention passe par le port d'un masque anti-UV et anti-mouches en pré, le contrôle régulier des dents (cils trichiasiques d'origine dentaire), et une consultation annuelle pour les races à risque d'ERU.
Questions fréquentes
Information générale à but pédagogique. Cette fiche ne remplace pas une consultation vétérinaire. Toute suspicion clinique justifie un appel véto rapide.
