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Dermite estivalechez le cheval

Comprendre et gérer la dermatite estivale récidivante (DERE) , l'allergie cutanée la plus fréquente du cheval, causée par les moucherons Culicoïdes.

5 à 10%
des chevaux touches
Avril à octobre
saison a risque
Incurable
mais gerable
A savoir

La dermite estivale ne se guérit pas , c'est une allergie permanente. Mais une gestion combinée (couverture anti-insectes, répulsifs, compléments, soins locaux) permet à la grande majorité des chevaux de passer la saison confortablement. La clé est d'anticiper : commencer la prévention avant les premiers symptômes.

01 , Comprendre

Qu'est-ce que la dermite estivale

La dermite estivale récidivante des équidés (DERE) est une réaction allergique cutanée provoquée par la salive des moucherons du genre Culicoïdes. C'est une hypersensibilité de type I et IV : le système immunitaire du cheval réagit de façon excessive et inappropriée aux protéines contenues dans la salive de ces insectes, déclenchant une inflammation cutanée intense avec démangeaisons (prurit) sévères.

C'est l'allergie cutanée la plus fréquente du cheval dans les régions tempérées. Elle touche 5 à 10% de la population équine en France, avec des prévalences plus élevées chez certaines races (Islandais, Frison, Shire, races ibériques). Elle apparaît généralement entre 2 et 5 ans et récidive chaque été, souvent en s'aggravant d'année en année.

La dermite estivale ne met pas la vie du cheval en danger, mais elle altère considérablement sa qualité de vie et celle de son propriétaire. Le prurit est parfois si intense que le cheval se gratte jusqu'au sang, se dépile en plaques, et peut développer des lésions cutanées sévères avec surinfection.

02 , Etiologie

Les Culicoïdes : l'ennemi invisible

Les Culicoïdes sont des moucherons de 1 à 3 mm, quasiment invisibles à l'œil nu. Plus de 1 300 espèces existent dans le monde, dont une cinquantaine en France. Seules les femelles piquent , elles ont besoin d'un repas de sang pour la maturation de leurs œufs.

Quand piquent-ils

Les Culicoïdes sont actifs du crépuscule à l'aube (activité maximale 1 heure avant et après le coucher du soleil, puis 1 heure avant et après le lever). Certaines espèces sont aussi actives en journée par temps couvert et humide. Leur saison s'étend d'avril à octobre en France, avec un pic d'activité en juin-juillet-août.

Où vivent-ils

Les Culicoïdes se reproduisent dans les zones humides : mares, fossés, tas de fumier, litière humide, sols marécageux. Ils sont de mauvais voleurs et restent généralement à moins de 500 mètres de leur lieu de reproduction. Ils sont sensibles au vent : un vent supérieur à 10-15 km/h les empêche de voler.

Pourquoi la salive provoque une allergie

La salive des Culicoïdes contient des protéines (allergènes) qui, chez les chevaux prédisposés, déclenchent une réponse immunitaire disproportionnée. Les mastocytes cutanés libèrent de l'histamine et d'autres médiateurs inflammatoires, provoquant vasodilatation, œdème et prurit intense. La réaction est à la fois immédiate (quelques minutes) et retardée (24-48 heures), ce qui explique que les démangeaisons persistent longtemps après la piqûre.

03 , Signes cliniques

Reconnaître les symptômes

Le prurit : le signe cardinal

Le cheval se gratte intensément, de façon obsessionnelle. Il se frotte contre tout ce qu'il trouve : poteaux de clôture, arbres, murs, mangeoires, abreuvoirs. Le grattage est souvent violent et peut provoquer des blessures mécaniques (plaies, abrasions) qui s'ajoutent aux lésions allergiques.

Les zones touchées

Deux formes topographiques :

Évolution des lésions

Le cercle vicieux

Le grattage aggrave les lésions, les lésions augmentent l'inflammation, l'inflammation augmente le prurit, le prurit augmente le grattage. Rompre ce cercle est l'objectif du traitement. Plus on intervient tôt dans la saison (avant que le cycle ne s'installe), plus la gestion est efficace.

04 , Predisposition

Races et facteurs de prédisposition

La dermite estivale a une composante génétique forte. Certaines races sont nettement plus touchées :

RacePrévalence estiméeCommentaire
Islandais (importés)30 à 50%Chevaux nés en Islande (sans Culicoïdes) et importés en Europe continentale , pas d'immunotolérance
Frison15 à 25%Prédisposition génétique documentée
Shire, Clydesdale10 à 20%Races à peau sensible
PRE, Lusitanien10 à 15%Races ibériques
Welsh, Connemara8 à 12%Poneys
Selle Français, KWPN3 à 5%Prévalence plus basse

Les Islandais importés sont le cas le plus documenté : nés dans un pays sans Culicoïdes, ils n'ont jamais développé de tolérance immunologique. À leur arrivée en Europe continentale, plus de la moitié développent une dermite estivale, souvent sévère. Les Islandais nés en Europe ont une prévalence plus faible (10-15%) car l'exposition précoce aux Culicoïdes induit une certaine tolérance.

05 , Diagnostic

Diagnostic

Le diagnostic est principalement clinique : prurit saisonnier (avril-octobre), localisation typique (crinière, queue, dos), récidive chaque été, et réponse à la protection anti-insectes.

Le test intradermique (injection sous-cutanée d'extraits allergéniques de Culicoïdes) peut confirmer l'allergie mais n'est pas nécessaire dans les cas typiques. Les tests sanguins (dosage IgE spécifiques) existent mais leur fiabilité est discutée.

Le diagnostic différentiel inclut : la gale (Sarcoptes, Psoroptes , prurit généralisé, non saisonnier), les poux (Haematopinus asini , prurit hivernal, poux visibles), la teigne (dermatophytose , lésions circulaires, peu de prurit), l'urticaire (plaques soudaines, souvent alimentaire ou médicamenteux), et la photosensibilisation (zones dépigmentées exposées au soleil).

06 , Traitements

Traitements médicaux

Corticoïdes

Les corticoïdes (dexaméthasone, prednisolone) sont les anti-inflammatoires les plus efficaces pour contrôler le prurit et l'inflammation. Ils sont réservés aux poussées sévères et aux cas réfractaires. L'utilisation doit être la plus courte possible à la dose la plus faible efficace , les effets secondaires des corticoïdes au long cours (fourbure, immunodépression, fonte musculaire) sont bien documentés chez le cheval.

Antihistaminiques

L'hydroxyzine (1-1,5 mg/kg 2 fois/jour) ou la cétirizine (0,2-0,4 mg/kg/jour) peuvent réduire le prurit chez certains chevaux. Leur efficacité est variable et souvent modeste , ils fonctionnent mieux en prévention (commencer avant la saison) qu'en traitement de crise.

Ciclosporine topique

La ciclosporine en application locale est utilisée dans certaines formulations vétérinaires pour moduler la réponse immunitaire cutanée. Efficacité documentée mais coût élevé.

Immunothérapie (désensibilisation)

L'immunothérapie spécifique (injections sous-cutanées d'extraits allergéniques de Culicoïdes à doses croissantes) vise à induire une tolérance immunitaire. Les résultats sont variables : amélioration chez 50 à 70% des chevaux, mais rarement résolution complète. Le traitement est long (12 à 18 mois minimum) et coûteux.

Soins topiques

07 , Protection mecanique

Couvertures et protection mécanique

La couverture anti-insectes (ou couverture anti-dermite, "sweet itch rug") est le pilier de la gestion. Elle crée une barrière physique entre la peau du cheval et les Culicoïdes. C'est la mesure la plus efficace après le confinement.

La couverture doit être mise en place AVANT le début de la saison des Culicoïdes (mars-avril) et maintenue jusqu'à la fin (octobre-novembre). Elle doit être portée principalement du crépuscule à l'aube (période d'activité maximale), mais les cas sévères nécessitent un port 24h/24.

Le choix de la couverture est crucial : tissu à mailles serrées (les Culicoïdes font 1-3 mm), respirant (le cheval la porte en été), résistant, bien ajusté (pas de zones non couvertes). Les marques spécialisées (Bucas, Horseware Rambo, Snuggy Hoods, Boett) proposent des modèles conçus spécifiquement pour la dermite estivale.

08 , Repulsifs

Répulsifs et insecticides

Les répulsifs complètent la protection mécanique mais ne la remplacent pas. Ils réduisent le nombre de piqûres mais ne les éliminent pas totalement.

Application : sur les zones exposées (non couvertes), en insistant sur les oreilles, le ventre, l'ars, et la base de la queue. Renouveler selon la durée d'action du produit. Appliquer avant la sortie au pré le soir.

09 , Complements

Compléments et alimentation

Certains compléments peuvent moduler la réponse immunitaire ou la qualité de la peau :

L'alimentation doit être équilibrée et riche en acides gras essentiels. Éviter les excès de sucres et de céréales qui peuvent exacerber les réponses inflammatoires.

10 , Environnement

Gestion de l'environnement

11 , Prevention

Prévention : le calendrier complet

  1. Mars : préparationCommencer les oméga-3 et les compléments cutanés. Vérifier l'état des couvertures anti-insectes, commander si nécessaire. Nettoyer les abords de l'écurie.
  2. Avril : mise en placePoser la couverture anti-dermite dès les premières soirées douces. Installer le ventilateur dans le box. Commencer les répulsifs sur les zones exposées.
  3. Mai à septembre : gestion activeCouverture en permanence (24h/24 pour les cas sévères). Rentrer au box du crépuscule à l'aube. Répulsifs avant chaque sortie. Soins locaux si lésions.
  4. Octobre : fin de saisonMaintenir la couverture jusqu'aux premières gelées (les Culicoïdes disparaissent après les gelées). Soins réparateurs pour la peau et le poil.
  5. Novembre à février : récupérationLa peau se régénère. Traiter les éventuelles lésions résiduelles. Préparer la saison suivante.

Questions fréquentes

La prédisposition à la dermite estivale a une composante génétique forte. Les études chez l'Islandais et le Frison ont identifié des marqueurs génétiques associés. Si un parent est atteint, le risque pour la descendance est augmenté. Cependant, l'expression de la maladie dépend aussi de l'environnement (exposition aux Culicoïdes).
Non, la dermite estivale est une allergie permanente. Elle ne se guérit pas. Mais elle se gère efficacement avec une combinaison de protection mécanique, de répulsifs, de soins et de compléments. Certains chevaux s'améliorent avec l'âge (modulation immunitaire naturelle), d'autres s'aggravent. La désensibilisation peut améliorer 50-70% des cas mais rarement résoudre complètement.
La meilleure couverture est celle qui couvre le maximum de surface (corps + encolure + ventre), dont le tissu a des mailles suffisamment serrées pour bloquer les Culicoïdes (1-3 mm), qui est respirante (portée en été), bien ajustée (pas de zones non couvertes) et résistante. Les marques Bucas, Boett, et Snuggy Hoods sont parmi les plus recommandées par les vétérinaires spécialisés.
C'est un engagement. La gestion de la dermite estivale représente un coût annuel (couverture, répulsifs, compléments, éventuellement vétérinaire) et une contrainte quotidienne pendant 6 mois. Si vous êtes prêt à gérer ces aspects, un cheval dermiteux bien géré peut avoir une vie parfaitement confortable et être monté normalement. Si vous n'êtes pas sûr, mieux vaut s'informer en détail avant l'achat.

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Axelle Vernhes Cappele

Page rédigée par Axelle Vernhes CappeleDirectrice editoriale, cavaliere pro CSO (FFE / FEI)

Cavalière professionnelle de saut d'obstacles au Haras du Forest (Bondues, 59), compétitions FFE et FEI.

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