Dans l’univers parfois intimidant de l’embouchure, le mors Pessoa occupe une place à part. Son nom, emprunté à l’une des plus grandes dynasties du saut d’obstacles, suffit à évoquer la précision, le contrôle et l’art de placer un cheval devant l’obstacle. Pourtant, derrière cette appellation prestigieuse se cache un mors technique, souvent qualifié de releveur, dont l’action de levier mérite d’être comprise avant d’être employée. Cette page vous propose une lecture factuelle et nuancée de ce mors : son histoire, sa mécanique, ses variantes et ses usages, sans jamais perdre de vue qu’un mors n’est jamais sévère ou doux en soi, mais le devient entre les mains qui le tiennent.
Histoire et origine du nom
Le mors Pessoa appartient à la grande famille des mors à plusieurs anneaux, parfois désignés sous les termes de mors réglables, mors hollandais (Dutch gag) ou mors gag continental. Son ancêtre direct est le mors Baucher, dont il reprend le principe de relèvement. Le nom Pessoa s’est imposé dans l’usage courant français pour désigner cette catégorie de mors à branches multiples, en référence à la famille brésilienne qui a marqué le saut d’obstacles mondial.
Il convient ici d’éviter une confusion fréquente. Le mors Pessoa ne doit pas être assimilé à l’enrênement Pessoa, qui est un système de travail en longe composé de cordes et de poulies, destiné à inciter le cheval à engager ses postérieurs et à muscler sa ligne du dessus. Ce sont deux équipements distincts, qui partagent un nom devenu générique mais répondent à des objectifs différents : l’un est une embouchure montée, l’autre un dispositif de travail à pied.
L’action du mors Pessoa
Le mors Pessoa est un mors releveur qui agit par un effet de levier. Sa caractéristique tient à ses anneaux multiples, généralement trois (anciennement quatre) répartis le long de chaque branche. L’anneau supérieur reçoit la têtière de la bride, l’anneau central, le plus large, porte le canon, et le ou les anneaux inférieurs servent à fixer les rênes.
Lorsque le cavalier agit sur les rênes attachées à un anneau bas, la branche pivote et exerce une pression conjuguée sur la nuque, par l’intermédiaire de la têtière, et sur les barres et la commissure des lèvres. Cette double action invite le cheval à céder, à fléchir la nuque et, selon le réglage, à relever ou à abaisser son encolure. C’est ce mécanisme de bascule qui explique l’appellation de mors réglable : le placement des rênes détermine directement l’intensité du levier.
Le réglage selon la position des rênes
- Rênes sur l’anneau central : l’action se rapproche de celle d’un simple mors à olives ou à aiguilles, sans effet de levier notable. C’est le réglage le plus doux.
- Rênes sur l’anneau intermédiaire : le levier commence à agir, la pression sur la nuque devient perceptible.
- Rênes sur l’anneau inférieur : l’effet de levier est maximal, l’action sur la nuque et les barres s’intensifie nettement.
De nombreux cavaliers utilisent ce mors avec deux paires de rênes, l’une sur l’anneau central et l’autre sur un anneau bas, afin de doser finement entre une action neutre et une action de relèvement selon le moment du parcours.
Les modèles et variantes
Le mors Pessoa se décline en de nombreuses configurations, ce qui en fait un mors adaptable à des bouches et des sensibilités variées. Pour bien le choisir, il est essentiel de connaître ses paramètres principaux : le nombre d’anneaux, le type de canon et le matériau.
| Critère | Options courantes | Effet recherché |
|---|---|---|
| Nombre d’anneaux | 2, 3 ou 4 anneaux | Plus d’anneaux, plus de finesse de réglage du levier |
| Type de canon | Simple brisure, double brisure, droit | La double brisure répartit mieux la pression sur la langue |
| Matériau | Acier inoxydable, cuivre, sweet iron, alliages | Le cuivre et le sweet iron favorisent la salivation |
| Diamètre du canon | Épais à fin | Un canon épais répartit la pression, un canon fin est plus incisif |
Le choix de la double brisure est fréquent car il évite l’effet de pincement en pont que peut produire une simple brisure, et il offre une pression plus enveloppante sur la langue et les barres. Côté matériaux, le sweet iron développe au contact de la salive une fine oxydation au goût apprécié de nombreux chevaux, ce qui encourage la mastication et la décontraction de la mâchoire. Plusieurs selleries et fabricants spécialisés en mors proposent des Pessoa dans ces différentes finitions, en tailles cheval et poney.
Les usages et précautions
Le mors Pessoa est avant tout un mors de saut d’obstacles. On le rencontre fréquemment chez les chevaux puissants, exubérants ou enclins à se mettre sur les épaules à l’abord, car son effet releveur aide à rééquilibrer l’avant-main et à redresser l’encolure entre les obstacles. Il est également utilisé en extérieur ou en cross par des cavaliers cherchant un complément de contrôle sur un cheval fort à la main.
Pour autant, ce mors n’est pas un mors de débourrage ni un mors de dressage classique. Son action de levier sur la nuque le rend potentiellement sévère, en particulier monté sur l’anneau inférieur. Quelques principes de bon sens s’imposent.
- Réservez le mors Pessoa à des mains expérimentées et indépendantes, capables de doser et de relâcher.
- Commencez toujours par le réglage le plus doux, sur l’anneau central, avant d’augmenter le levier si nécessaire.
- Privilégiez une seconde paire de rênes pour conserver une action neutre la majorité du temps.
- Vérifiez l’ajustement et la taille du mors dans la bouche : un mors mal dimensionné fausse toute son action. Notre guide vous aide à choisir la taille de votre mors.
- Interrogez la cause avant de monter en puissance : un cheval fort traduit souvent un défaut d’équilibre ou de dressage qu’un mors plus dur masque sans résoudre.
Pour situer le mors Pessoa parmi les autres embouchures et comprendre ses alternatives plus douces ou plus fermes, consultez notre guide des mors, qui présente l’ensemble des types de mors et leurs actions respectives.
L’héritage Pessoa dans le saut d’obstacles
Si ce mors porte un tel nom, c’est parce que la famille Pessoa incarne l’excellence du saut d’obstacles sur plusieurs générations. Nelson Pessoa, né en 1935 à Rio de Janeiro et surnommé Le Sorcier, a bâti l’une des carrières les plus longues et les plus régulières de l’histoire du concours hippique, avec un titre de champion d’Europe en 1966 et de multiples victoires dans les grands derbys européens, à Hambourg comme à Hickstead.
Son fils, Rodrigo Pessoa, né en 1972 à Paris, a prolongé cet héritage au plus haut niveau, décrochant notamment la médaille d’or olympique en 2004 et plusieurs titres mondiaux et finales de Coupe du monde. Cette filiation, devenue synonyme de maîtrise technique et de finesse d’équitation, explique pourquoi leur nom s’est attaché à un mors associé au contrôle et à la précision sur les parcours d’obstacles. Il s’agit d’un héritage de nom et de réputation : le prestige de la lignée a nourri l’usage générique du terme, sans qu’il faille y voir l’attribution d’un matériel précis à tel cheval ou telle victoire.
Pour approfondir la discipline et les exigences techniques du concours de saut, découvrez notre univers dédié au saut d’obstacles.
FAQ
Le mors Pessoa est-il un mors sévère ?
Il peut le devenir, en raison de son effet de levier sur la nuque, surtout lorsque les rênes sont fixées sur l’anneau inférieur. Réglé sur l’anneau central, son action reste proche de celle d’un mors simple. Sa sévérité dépend donc du réglage et, surtout, de la main du cavalier.
Quelle différence entre le mors Pessoa et l’enrênement Pessoa ?
Le mors Pessoa est une embouchure montée, placée dans la bouche du cheval. L’enrênement Pessoa est un système de cordes et de poulies utilisé pour le travail en longe, destiné à favoriser l’engagement des postérieurs. Ce sont deux équipements différents qui partagent simplement un nom.
Pour quels chevaux le mors Pessoa convient-il ?
Il s’adresse plutôt à des chevaux confirmés, forts à la main ou enclins à se mettre sur les épaules en saut d’obstacles, montés par des cavaliers expérimentés. Il n’est pas recommandé pour le débourrage ou pour un jeune cheval en construction.
Faut-il une simple ou une double brisure ?
La double brisure est souvent préférée car elle répartit la pression de façon plus enveloppante et évite l’effet de pincement de la simple brisure. Le choix dépend néanmoins de la conformation de la bouche et de la sensibilité de chaque cheval.


