Les ulcères gastriques ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent d'un déséquilibre entre les forces d'agression (acide, pepsine, acides biliaires, acides gras volatils) et les mécanismes de protection (mucus, bicarbonates, renouvellement cellulaire, flux sanguin muqueux).Comprendre les causes permet d'agir sur la prévention , car traiter un ulcère sans corriger ses causes mène invariablement à la récidive.
L'acide en continu : le problème fondamental
L'estomac du cheval sécrète de l'acide chlorhydrique en permanence, environ 1,5 litre par heure, que le cheval mange ou non. C'est une adaptation évolutive : dans la nature, le cheval broute 16 à 18 heures par jour, et la salive produite par la mastication neutralise cette acidité en continu.
Le problème apparaît quand le mode de vie domestique interrompt ce cycle naturel. Deux repas par jour signifient de longues heures d'estomac vide, baignant dans son propre acide.
Facteur 1 : L'alimentation
C'est le levier le plus important, celui sur lequel vous avez le plus de contrôle.
Le jeûne prolongé est le facteur de risque numéro un. Au-delà de 4 à 6 heures sans fourrage, le pH de l'estomac chute à des niveaux dangereux pour la muqueuse squameuse (pH inférieur à 2). En pratique, la nuit sans foin est la période la plus critique.
L'excès de concentrés (céréales, granulés riches en amidon) pose un double problème. D'une part, les céréales sont consommées rapidement et ne stimulent pas autant la salivation que le fourrage. D'autre part, leur fermentation dans l'estomac produit des acides gras volatils (acétate, propionate, butyrate) qui endommagent directement la muqueuse squameuse, même quand le pH est modérément acide.
Le déficit en fourrage (moins de 1,5% du poids vif par jour) réduit le tampon salivaire et le matelas fibreux protecteur. La qualité du foin compte aussi : un foin trop mûr, pauvre en nutriments, est moins protecteur qu'un foin de qualité fauché au bon stade.
Facteur 2 : L'exercice
L'entraînement est un facteur de risque bien documenté. Pendant l'effort, la contraction des muscles abdominaux augmente la pression intra-abdominale. L'estomac est comprimé, et l'acide concentré au fond est projeté vers la muqueuse squameuse non protégée , c'est l'effet "splash" décrit dans les études.
Le trot et le galop sont les allures les plus à risque. Les chevaux travaillés à jeun cumulent le pire des deux mondes : estomac acide et brassage mécanique.
L'intensité et la durée de l'entraînement sont corrélées à la sévérité des lésions. Les chevaux de course ont les prévalences les plus élevées (80 à 100%), suivis des chevaux de sport (60 à 90%).
Facteur 3 : Les médicaments
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont la cause principale des ulcères glandulaires. La phénylbutazone (bute), la flunixine (Finadyne), le méloxicam inhibent les prostaglandines E2 et I2 , des molécules qui stimulent la production de mucus protecteur, la sécrétion de bicarbonates et le flux sanguin dans la muqueuse glandulaire.
Même à dose thérapeutique, un traitement de 5 jours en phénylbutazone peut déclencher des lésions glandulaires. Les traitements longs ou les surdosages multiplient considérablement le risque.
Les corticoïdes au long cours sont un facteur aggravant discuté mais probable à forte dose.
Facteur 4 : Le stress
Le stress chronique affecte la motilité gastrique, modifie la sécrétion d'acide et diminue la vascularisation de la muqueuse. Les situations de stress documentées chez le cheval incluent :
- Le confinement au box (moins de 4 heures de sortie par jour)
- L'isolement social (pas de vue ni de contact avec des congénères)
- Le transport (combinant stress, jeûne, déshydratation et posture inhabituelle)
- Le sevrage brutal ou précoce chez le poulain
- Les changements d'environnement (nouvelle écurie, nouveau groupe)
- L'entraînement excessif ou coercitif
- La compétition (stress + transport + rupture de routine)
Facteur 5 : Le mode de vie
Au-delà des facteurs individuels, c'est l'accumulation qui crée le risque. Un cheval au box 23h/24, nourri en 2 repas de concentrés, travaillé 1h le matin à jeun, traité ponctuellement aux AINS et transporté le week-end en compétition cumule tous les facteurs de risque.
À l'inverse, un cheval au pré avec des congénères, accès permanent au foin et travail léger a un risque résiduel faible.
Tableau récapitulatif des facteurs
| Facteur | Impact sur ulcères squameux | Impact sur ulcères glandulaires |
|---|---|---|
| Jeûne prolongé | Fort | Modéré |
| Excès de concentrés | Fort | Faible |
| Exercice intense | Fort | Modéré |
| AINS | Faible | Fort |
| Stress chronique | Modéré | Fort |
| Transport | Fort | Modéré |
| Confinement box | Modéré | Modéré |
