Sous-dossier ulcères gastriques

Prévention

Les ulcères gastriques sont une pathologie de civilisation équine. Le cheval sauvage, qui broute 16 à 18 heures par jour en se déplaçant avec son groupe social, ne développe presque jamais d'ulcères. Le cheval domestique, nourri en 2 repas, confiné au box, transporté en compétition et traité aux anti-inflammatoires, est une cible parfaite. La prévention consiste donc à rapprocher les conditions de vie du cheval de ses besoins physiologiques , autant que possible dans un cadre domestique.

1. Fourrage en permanence

La mesure la plus importante. Le cheval ne doit jamais rester plus de 4 heures sans fourrage. Le filet à foin à petites mailles (maille 3-4 cm) est l'outil le plus efficace pour la nuit : il ralentit la consommation et prolonge la durée d'occupation de 2 à 3 fois. Un cheval qui met 6 heures à finir son foin au lieu de 3 couvre la moitié de la nuit.

Pour les chevaux qui finissent leur foin malgré le filet, la solution est de doubler le filet (mettre le foin dans un premier filet, puis ce filet dans un second) ou d'utiliser un filet à maille de 2,5 cm.

2. Foin ou luzerne avant le travail

30 minutes avant chaque séance d'exercice. Une poignée de foin ou 200 à 300 g de luzerne. C'est simple, gratuit, et c'est la mesure préventive la plus efficace pour le cheval de sport. Ne jamais travailler un cheval à jeun.

3. Réduire la ration de concentrés

Maximum 1 g d'amidon par kg de poids vif et par repas. Fractionner en 3 repas minimum. Si le cheval n'a pas besoin de calories supplémentaires (cheval de loisir, cheval au repos), les concentrés à base de céréales peuvent être supprimés et remplacés par un CMV seul.

4. Fractionner les repas

3 à 4 repas de concentrés par jour plutôt que 2. Et toujours distribuer le foin 15 à 20 minutes avant les concentrés pour que l'estomac ne soit pas vide à l'arrivée des céréales.

5. Maximiser le temps au pré

Le pâturage combine trois protections naturelles : le broutage continu (tampon salivaire), le mouvement (motilité gastrique) et le contact social (réduction du stress). Chaque heure passée au pré est une heure de protection gastrique.

Pour les chevaux qui ne peuvent pas être au pré à temps plein, même 4 à 6 heures de sortie quotidienne font une différence mesurable.

6. Limiter les AINS au strict nécessaire

La phénylbutazone et la flunixine sont les AINS les plus gastrotoxiques. Les utiliser uniquement quand c'est médicalement indispensable, à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte possible. En cas de traitement dépassant 5 jours, associer un gastroprotecteur (oméprazole 1-2 mg/kg/jour).

Le méloxicam a un profil de tolérance gastrique légèrement meilleur et peut être préféré pour les traitements longs.

7. Gérer le stress du transport

Le transport cumule plusieurs facteurs de risque : stress, jeûne (les chevaux mangent souvent mal pendant le transport), déshydratation, posture inhabituelle (tête haute qui favorise le reflux gastro-œsophagien).

Mesures préventives :

8. Maintenir le contact social

L'isolement est un facteur de stress documenté chez le cheval. Un cheval qui voit et peut toucher des congénères (grille de séparation ouverte, paddock partagé, boxes voisins avec ouverture) a des niveaux de cortisol plus bas qu'un cheval isolé.

9. Eau propre et fraîche en permanence

Vérifier quotidiennement les abreuvoirs automatiques (débit suffisant, propreté). En hiver, la consommation d'eau chute quand l'eau est trop froide , les abreuvoirs chauffants ou l'ajout d'eau tiède dans un seau encouragent la consommation.

10. Oméprazole préventif en périodes à risque

Pour les chevaux de sport, les périodes de compétition (transport + stress + changement de routine + alimentation perturbée) sont des fenêtres à haut risque. L'oméprazole à dose préventive (1 mg/kg/jour) la veille, le jour et le lendemain de la compétition réduit significativement la formation de nouvelles lésions.

11. Gastroscopie de dépistage annuelle

Pour les chevaux de sport (compétition régulière, entraînement intensif), une gastroscopie annuelle de dépistage est recommandée, même en l'absence de symptômes. La prévalence dans cette population est de 60 à 90% , il y a plus de chances que le cheval ait des ulcères que le contraire. Détecter et traiter tôt est plus économique et plus efficace que traiter tard.

12. Éduquer les soignants

Assurez-vous que toute personne qui nourrit ou gère votre cheval connaît les règles : foin avant concentrés, filet à petites mailles, pas de longues périodes à jeun, pas de distribution de bute "pour le confort" sans prescription, et surtout pas de travail à jeun.

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Axelle Vernhes Cappele

Page rédigée par Axelle Vernhes CappeleDirectrice editoriale, cavaliere pro CSO (FFE / FEI)

Cavalière professionnelle de saut d'obstacles au Haras du Forest (Bondues, 59), compétitions FFE et FEI.

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