Les ulcères gastriques sont souvent appelés la "maladie silencieuse" du cheval. Jusqu'à 60% des chevaux atteints ne présentent aucun signe clinique évident. Quand les symptômes existent, ils sont fréquemment confondus avec un problème de comportement, un manque de motivation ou une baisse de forme saisonnière.Apprendre à lire les signaux subtils que votre cheval vous envoie peut permettre de diagnostiquer , et de traiter , les ulcères avant qu'ils ne s'aggravent.
Les signes comportementaux
Les premiers indices sont souvent des changements de comportement. Le cheval atteint d'ulcères modifie ses habitudes sans raison apparente :
Rapport à la nourriture : Le signe le plus précoce est souvent un changement d'appétit. Le cheval mange puis s'arrête brusquement, trie ses aliments, repousse les concentrés mais accepte le foin (les concentrés stimulent davantage la sécrétion acide). Il peut mettre beaucoup plus de temps à finir sa ration, ou laisser systématiquement le fond de mangeoire.
Sensibilité au sanglage : Quand vous sanglez, le cheval couche les oreilles, tourne la tête vers vous, menace de mordre, ou se contracte. C'est l'un des signes les plus évocateurs , la pression du sanglage sur la zone de l'estomac provoque une douleur directe sur la muqueuse ulcérée.
Bruxisme : Le grincement de dents (bruxisme) est un signe de douleur gastrique bien documenté. Il peut survenir pendant ou après les repas, ou de façon spontanée au box.
Bâillements fréquents : Des bâillements répétés, surtout après les repas, traduisent un inconfort œsophagien ou gastrique. Ce signe est souvent sous-estimé.
Changement de caractère : Un cheval habituellement docile qui devient irritable, agressif, ou au contraire apathique et "éteint" doit alerter. La douleur chronique modifie profondément le comportement.
Les signes au travail
La contre-performance est l'un des motifs de consultation les plus fréquents qui conduit à la découverte d'ulcères :
Raideur et résistance : Le cheval refuse de s'incurver, se défend à la jambe, se contracte sur le cercle. La douleur abdominale rend les flexions latérales inconfortables.
Difficulté d'engagement : Les postérieurs ne s'engagent pas sous la masse. Le cheval "tourne court" derrière, se retient au galop, manque d'amplitude.
Refus à l'obstacle : Un cheval qui commence à refuser ou à s'arrêter devant les barres sans raison technique doit être exploré pour une cause douloureuse avant de conclure à un problème de volonté.
Essoufflement précoce : La douleur provoque une contraction abdominale qui gêne la respiration et la mécanique locomotrice. Le cheval semble perdre en condition physique.
Les signes digestifs
Coliques récurrentes de faible intensité : Des épisodes de coliques légères et répétitives , surtout dans les 1 à 2 heures après un repas de concentrés , sont très évocatrices d'ulcères gastriques. Le cheval regarde ses flancs, gratte le sol, se couche et se relève.
Crottins modifiés : Diarrhée intermittente, crottins mous, ou au contraire crottins secs et durs. La perturbation de la motilité gastrique peut affecter tout le transit.
Salivation excessive : Un excès de salive (ptyalisme) peut indiquer une irritation œsophagienne ou gastrique. À ne pas confondre avec un bouchon œsophagien.
Symptômes spécifiques du poulain
Le poulain exprime la douleur gastrique différemment de l'adulte :
- Décubitus dorsal fréquent (couché sur le dos, pattes en l'air , position antalgique)
- Ptyalisme abondant
- Coliques dans les 30 à 60 minutes après la tétée
- Diarrhée
- Grincements de dents
- Baisse de la fréquence des tétées
Les ulcères du poulain sont potentiellement plus graves car le risque de perforation gastrique est plus élevé chez le jeune cheval.
Le piège des chevaux "silencieux"
Beaucoup de chevaux atteints d'ulcères de grade 2 ou 3 ne montrent aucun signe clinique visible. C'est documenté dans de nombreuses études : il n'y a pas de corrélation fiable entre la sévérité des lésions et l'intensité des symptômes.
C'est pourquoi les vétérinaires recommandent une gastroscopie de dépistage annuelle pour les chevaux de sport, même en l'absence de symptômes. La prévalence dans cette population (60 à 90%) justifie cette approche proactive.
Quand consulter votre vétérinaire
Consultez sans attendre si votre cheval présente :
- Plusieurs signes de cette liste simultanément
- Une contre-performance progressive sans explication
- Des coliques récurrentes après les repas
- Un amaigrissement malgré une ration correcte
- Un changement de comportement durable (plus de 2 semaines)
Le vétérinaire proposera une gastroscopie pour confirmer ou exclure le diagnostic.
