
Un typhon a inversé le concours complet des Jeux asiatiques : le cross décide des médailles à Tokyo
Ce mercredi 23 septembre 2026, le concours complet des Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya se termine par sa phase la plus redoutée, et ce n’est pas celle que le programme annonçait : le typhon Dujuan a obligé les organisateurs à inverser l’ordre des épreuves, si bien que ce sont les 3 640 mètres de cross de l’Equestrian Park de Tokyo qui distribueront les médailles, une heure avant le podium. Dans un grand championnat, le complet se termine presque toujours par le saut d’obstacles. À Tokyo, il finira par le cross, sur un terrain que la pluie a gorgé d’eau et que les équipes de piste ont eu vingt-quatre heures de plus pour assécher. Le Chinois Alex Hua Tian, tenant du titre individuel, part en tête avec 26,9 points, soit 3,2 d’avance sur son premier poursuivant : moins d’une barre. Voici ce qui se joue, qui mène, et pourquoi ce parc de Setagaya vaut à lui seul le détour.
Typhon Dujuan : pourquoi le concours complet des Jeux asiatiques finit par le cross à Tokyo
Le calendrier initial des Jeux prévoyait une progression classique sur trois jours consécutifs : dressage le lundi 21 septembre, cross le mardi 22, saut d’obstacles et remise des médailles le mercredi 23. Le typhon Dujuan en a décidé autrement. La dépression a balayé la région de Tokyo avec des pluies qualifiées de record par endroits et des vents forts, rendant impossible tout début de compétition le lundi. Le délégué technique du concours complet, le Britannique Alec Lochore, a publié ce jour-là l’annonce officielle du remaniement.
La solution retenue tient en deux mouvements. Le dressage, repoussé d’une journée, a été disputé le mardi matin ; le saut d’obstacles, qui devait clore les Jeux, a été remonté dans la foulée le mardi après-midi, sur le même terrain. Et le cross, lui, a glissé au mercredi, pour laisser vingt-quatre heures de plus au tracé détrempé afin de ressuyer. Le communiqué officiel précise que « cet ajustement unanime est autorisé par le règlement FEI, qui permet des modifications de programme en cas de force majeure et de conditions météorologiques extrêmes, afin de préserver le bien-être humain et équin ». Le mardi matin, la météo avait déjà complètement tourné : grand soleil et températures élevées sur l’Equestrian Park.
Conséquence sportive, elle est lourde. Dans le schéma habituel, un cavalier qui a survolé le cross aborde le saut du dernier jour avec un matelas de points et la peur d’une seule barre. Ici, l’ordre est renversé : les deux phases techniques sont derrière, le classement est figé sur des écarts minuscules, et tout se jouera sur la vitesse, l’endurance et la lucidité d’un cheval lancé dans un parcours de sept minutes sur un sol qui a bu la pluie. « Les choses techniques sont derrière nous, a résumé Alex Hua Tian mardi soir. Je dois me concentrer sur le cross de demain. J’ai confiance en mon cheval, mais c’est du cross : tout peut arriver. »

Le cross du Baji Koen : 3 640 mètres, 24 obstacles et sept minutes pour chaque cheval
Le parcours a été dessiné par le Polonais Marcin Konarski, chef de piste de niveau 4 et délégué technique du concours complet aux Jeux olympiques de Paris 2024, longtemps associé au grand concours de Strzegom. Son tracé de Tokyo mesure 3 640 mètres, compte 24 obstacles pour 30 efforts, et son temps optimum est fixé à sept minutes. C’est une piste courte, sinueuse et enfermée, qui serpente à l’intérieur d’un parc urbain et vient buter sur la ville : les immeubles de Setagaya apparaissent derrière les arbres.
Cette compacité est la vraie difficulté. Un cross de sept minutes ne laisse pas de longues lignes droites pour rattraper le chronomètre ; le cheval y est constamment en virage, en reprise et en relance, et chaque seconde perdue à une tournante se paie. Hua Tian, qui a reconnu le parcours deux fois, le dit sans détour : « Le temps et la technicité vont être déterminants, et je pense que le terrain pourrait l’être aussi. Tout cela mis ensemble va mettre beaucoup de pression sur les cavaliers, surtout ceux qui veulent gagner. » Il ajoutait mardi soir que le sol lui paraissait « bien meilleur » qu’il ne le craignait la veille, et saluait le travail des équipes de piste.
Le cross des Jeux asiatiques se court au niveau CCI2*-L, alors que le dressage et le saut d’obstacles ont été jugés au niveau CCI3*. Ce format hybride, propre à ces Jeux, est un compromis assumé : il permet à des nations dont l’élevage et la filière sont encore jeunes d’aligner des couples face aux plus aguerris, sans imposer à tous un cross de niveau championnat du monde. Pour le détail du barème, des refus, des points de temps et de la règle du frangible, notre dossier sur le concours complet reprend la grille de pénalités phase par phase.
Sur quoi se joue le concours complet des Jeux asiatiques ce mercredi
- Le chronomètre avant tout. Temps optimum de sept minutes sur 3 640 mètres : chaque seconde au-delà coûte des points, et sur une piste sinueuse, la vitesse se perd dans les tournants, pas dans les lignes.
- L’état du terrain. Un gazon gorgé d’eau fatigue le cheval plus vite, allonge les foulées d’abord puis les raccourcit, et transforme un parcours court en épreuve d’endurance.
- La marge, minuscule. 3,2 points séparent le premier du deuxième, moins que la valeur d’une barre au saut. Une seule seconde de retard de trop suffit à renverser l’ordre.
- Le nombre de partants par équipe. La Chine et l’Inde n’ont engagé que trois couples : aucun score n’est écarté, le moindre incident pèse directement sur la médaille collective.
- La fraîcheur du cheval. Dressage et saut ont été disputés dans la même journée de mardi : les montures abordent le cross avec une charge de travail concentrée, inhabituelle à ce niveau.
- Le podium, une heure après. La cérémonie protocolaire est programmée soixante minutes après la fin du cross : les médailles sont attribuées sur le classement cumulé des trois phases.
Alex Hua Tian et son cheval Manjushri en tête du concours complet, à moins d’une barre
Le Chinois Alex Hua Tian, cavalier basé en Grande-Bretagne et champion des Jeux asiatiques en titre, mène avec 26,9 points, son score de dressage, conservé intact grâce à un sans-faute au saut. Sa monture, Manjushri, est un hongre Irish Sport Horse de neuf ans appartenant à Adam, Angelina et Lin Guo ainsi qu’à Qianru Yi. Le couple a terminé septième du CCI4*-S de Bramham en juin, remporté un CCI3*-S à Burgham en juillet sur son score de dressage, gagné le CCI3*-L de Hartpury en 2025 et pris la quatrième place des championnats d’Asie de Pattaya la même année. Hua Tian a par ailleurs fini douzième en individuel du championnat du monde de concours complet 2026 à Aix-la-Chapelle et occupe le dix-septième rang du classement mondial FEI de la discipline.
« J’ai amené un cheval très compétitif, expliquait-il à l’issue du dressage. Il n’a que neuf ans, mais il court déjà au niveau quatre étoiles et il a toujours été très fiable. Je suis ici pour gagner une médaille individuelle. Or, argent ou bronze, cela dépendra de ce qui se passera, mais j’espère que nous ferons du bon travail. » Vainqueur à Hangzhou en 2023, il y avait complété une collection rare : argent à Incheon en 2014, bronze à Jakarta en 2018, or en 2023. Un nouveau titre ferait de lui le double champion en titre de la discipline.
Derrière lui, le Thaïlandais Woraphat Sittiju et Uster de Chanay, un hongre de dix-huit ans, sont deuxièmes avec 30,1 points, remontés de la quatrième place grâce à un sans-faute. Le Japonais Ryo Murata et Brookpark Vikenti, dix-huit ans lui aussi et vainqueur de CCI4*-S, sont troisièmes avec 30,4 points. Yoshiaki Oiwa et Ottawa des Desig complètent ce quatuor à 31,3 points, ce qui place deux couples du pays hôte dans les quatre premiers. Kazuma Tomoto, quatrième individuel aux Jeux olympiques de Tokyo et cinquième à Paris, monte cette année Fer de Lance, un cheval de huit ans avec lequel il a gagné le CCI3*-S de Miki, au Japon, en mai 2026.
Huit sans-faute sur 32 : le saut d’obstacles a déjà trié les cavaliers
Le parcours de saut, culminant à 1,20 mètre, comportait onze obstacles pour quatorze efforts. Il a pourtant fait des dégâts : seuls huit des 32 couples en piste l’ont bouclé sans ajouter la moindre pénalité. Les deux principaux poursuivants de Hua Tian après le dressage en ont fait les frais. Le Thaïlandais Korntawat Samran, médaillé d’argent individuel à Hangzhou, et Billy Elmy ont chuté de la deuxième à la treizième place en ajoutant 9,6 points. Le Japonais Toshiyuki Tanaka et Talma D’Allou sont passés de la troisième à la dix-neuvième place avec 12,4 points de pénalité. Ce tri précoce explique l’étroitesse du haut du classement avant le cross : les couples les plus réguliers se sont regroupés, et le moindre écart de temps ce mercredi suffira à redistribuer les places.
Par équipes, le Japon mène le concours complet devant Hong Kong et la Thaïlande
Le pays hôte aborde le cross en tête du classement par équipes avec 97,3 points, soit 12,1 points d’avance sur Hong Kong, Chine (109,4), la Thaïlande suivant à seulement 0,5 point de plus (109,9). C’est une position forte, et elle n’est pas un hasard : trois des quatre cavaliers japonais, Yoshiaki Oiwa, Toshiyuki Tanaka et Kazuma Tomoto, faisaient partie de l’équipe qui a décroché à Paris en 2024 le premier bronze olympique de l’histoire du Japon en concours complet.
« Le fait que nous soyons en tête après le premier jour est exactement ce qui était prévu, même si les résultats ont été un peu différents de nos prévisions, a commenté le chef d’équipe japonais Atsushi Negishi. Nous espérions que tout le monde dépasse les 70 % en dressage, et nous avons commencé avec plus de points de pénalité que prévu. Mais après le dressage et le saut, nous sommes premiers avec douze points d’avance. Je crois que nous avons pris un avantage significatif. » Le Japon vise un titre par équipes qu’il n’a plus remporté depuis 2018 à Jakarta-Palembang, après l’argent de Hangzhou en 2023.
La Chine, tenante du titre par équipes, part en revanche diminuée : après le forfait de Huadong Sun et Cadorico, elle n’aligne plus que trois couples et ne dispose donc d’aucun score à écarter. À Hangzhou en 2023, elle avait signé un doublé historique, or par équipes et or individuel avec Hua Tian, ses premières médailles d’or asiatiques dans la discipline. L’équitation figure au programme des Jeux asiatiques depuis l’édition de 1982 à New Delhi.
L’Inde réduite à deux cavaliers en individuel : Fouaad Mirza et Ashish Limaye
L’aventure collective indienne s’est arrêtée au saut d’obstacles, avec l’élimination d’Arjan Singh Nagra et Cooley Goodwood. N’ayant elle aussi engagé que trois couples, l’Inde se retrouve sans score de remplacement et sort du classement par équipes ; ses deux cavaliers restants poursuivent en individuel. Ce sont deux noms qui comptent. Fouaad Mirza, double médaillé d’argent des Jeux asiatiques et représentant de l’Inde aux Jeux olympiques de Tokyo, monte Camouflage 38. Ashish Limaye, lui, est champion d’Asie en titre : il a décroché l’or individuel avec Willy Be Dun à Pattaya en 2025, où l’Inde avait pris l’argent par équipes derrière la Thaïlande.
Un détail donne la mesure de la longévité de ces cavaliers : le podium individuel des Jeux asiatiques de 2018, à Jakarta-Palembang, était composé de Yoshiaki Oiwa devant Fouaad Mirza et Alex Hua Tian. Huit ans plus tard, les trois hommes sont de nouveau en lice sur le même championnat. Dans une discipline où les couples se construisent sur cinq à dix ans, comme le rappelle le parcours du clone de Chilli Morning révélé à Blenheim ou celui de la favorite de Burghley montée sur un cheval né chez elle, cette permanence dit quelque chose de l’économie du complet asiatique.

Equestrian Park de Tokyo : les chevaux retrouvent le site olympique de 2021
Les Jeux se disputent à Aichi-Nagoya, mais l’équitation, elle, se court à quelque 250 kilomètres de là, à Tokyo, dans l’arrondissement de Setagaya. L’Equestrian Park, que les Japonais appellent Baji Koen, a ouvert en 1940 et a accueilli les épreuves équestres de deux Jeux olympiques, ceux de 1964 et ceux de Tokyo 2020, disputés en 2021. Il a rouvert en 2023 après une rénovation complète.
Le retour a un goût particulier. En 2021, les épreuves olympiques s’y sont tenues à huis clos, tribunes vides, pandémie oblige : personne n’a vu ces chevaux autrement qu’à la télévision. Cette fois, le parc est ouvert et les épreuves se regardent sur place. Et il y a une seconde différence, plus technique : aux Jeux olympiques, seuls le dressage et le saut avaient lieu à Baji Koen, le cross étant délocalisé à Sea Forest, sur un terre-plein de la baie de Tokyo. Pour ces Jeux asiatiques, les trois phases se déroulent dans l’enceinte du parc. Le cross entre donc dans la ville, ce qui explique à la fois sa brièveté et son tracé en lacets entre les bosquets.
Ce site n’en a pas fini avec le calendrier : le même parc accueille le Tokyo Equestrian Festival le 7 novembre 2026. Pour qui suit de loin l’équitation japonaise, c’est une occasion de voir l’installation dans un autre registre, plus grand public. Les autres rendez-vous de la saison, toutes disciplines confondues, figurent dans notre calendrier des concours d’équitation 2026, et l’histoire équestre des Jeux est retracée dans notre dossier sur l’équitation aux Jeux olympiques.
Concours complet aux Jeux asiatiques : ce que ce mercredi 23 septembre décide à Tokyo
- L’épreuve : cross final du concours complet des 20es Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya, mercredi 23 septembre 2026, Equestrian Park (Baji Koen), Setagaya, Tokyo.
- Le bouleversement : le typhon Dujuan a empêché le lancement du lundi 21 ; dressage et saut d’obstacles ont été groupés le mardi 22, et le cross est devenu la phase finale, à rebours de l’usage en championnat.
- Le parcours : 3 640 mètres, 24 obstacles, 30 efforts, sept minutes de temps optimum, signé Marcin Konarski, au niveau CCI2*-L quand le dressage et le saut étaient au niveau CCI3*.
- En tête : Alex Hua Tian (Chine) et Manjushri, 26,9 points, devant Woraphat Sittiju (Thaïlande) et Uster de Chanay, 30,1, puis Ryo Murata (Japon) et Brookpark Vikenti, 30,4.
- Par équipes : Japon 97,3 points, Hong Kong Chine 109,4, Thaïlande 109,9 ; la Chine tenante du titre et l’Inde n’ont que trois couples, donc aucun score écarté, et l’Inde est déjà hors course après une élimination au saut.
- Le podium : remise des médailles une heure après la fin du cross, sur le cumul des trois phases.
Les autres sports équestres suivis par Equirider, du saut d’obstacles au dressage, ont eux aussi leur actualité de rentrée ; côté complet, la Grande Semaine de Pompadour vient de refermer sa saison de jeunes chevaux en France.
Sources : communiqués de la Fédération équestre internationale des 22 septembre 2026, « Hua Tian sets the standard as Japan lead on home soil » et « Clear rounds prove decisive as Hua Tian stays on top in Tokyo » ; page FEI des 20es Jeux asiatiques ; page équitation du comité d’organisation d’Aichi-Nagoya 2026 ; comptes rendus d’Eventing Nation et de Horse & Hound. Le cross n’était pas encore couru à l’heure de publication : les classements cités sont ceux arrêtés après le dressage et le saut du mardi 22 septembre. Equirider n’est affilié ni à la FEI ni au comité d’organisation des Jeux asiatiques.
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