
Islande : un cheval qui quitte l’île ne revient jamais, et ta selle n’y entrera pas
Où : l’Islande, surtout le sud-ouest autour de Reykjavík et le nord, dans la région de Skagafjörður. Quand : de juin à septembre pour les sorties longues. Niveau : une sortie courte se fait sans expérience, une randonnée itinérante non.
Je te le dis tout de suite : l’Islande est une des rares destinations où un cavalier qui débute part en extérieur dès le premier jour. La raison tient à l’allure du cheval local, pas à la complaisance des structures. En échange, le pays applique des règles sanitaires strictes, et elles concernent ton matériel avant même de concerner ton niveau.
Pourquoi l’Islande et pas ailleurs
Le cheval islandais dispose de cinq allures là où la plupart des chevaux en ont trois. Aux pas, trot et galop s’ajoutent le tölt et le skeið.
Le tölt est une allure latérale à quatre temps. Le cheval garde en permanence un ou deux pieds au sol. Il n’y a pas de phase de suspension entre les foulées, contrairement au trot et au galop. C’est pour cette raison que tu ne rebondis pas en selle et que tu tiens plusieurs heures sans souffrir. Ces définitions viennent de Horses of Iceland, le programme officiel porté par Business Iceland.
Le skeið, ou amble volant, est une allure latérale à deux temps avec phase de suspension. La même source précise deux choses utiles : elle se pratique vite et sur de courtes distances, avec des courses sur 100 à 250 mètres, et tous les chevaux islandais ne la possèdent pas. Ceux qui l’ont sont souvent considérés comme les meilleurs de la race.
Une précision de méthode : tu liras partout des vitesses de 30 à 48 km/h attribuées au skeið. Nous ne les reprenons pas, parce que la source officielle de la race ne publie aucun chiffre de vitesse.
Où monter, concrètement
Le sud-ouest, autour de Reykjavík
C’est la zone la plus accessible depuis l’aéroport. Terrain de coulées de lave couvertes de mousse, chemins larges, sorties de deux à quatre heures. C’est là que se concentrent les fermes qui accueillent des cavaliers sans expérience. Tu montes en groupe, encadré, souvent en anglais.
Le nord, autour de Skagafjörður
C’est la région d’élevage historique du cheval islandais. Hólar í Hjaltadal y accueille les grands rendez-vous de la race. L’ambiance change : on est chez des éleveurs, les troupeaux sont nombreux, et les formats de séjour vont de la journée à la semaine.
Les hautes terres
Réservées aux cavaliers autonomes, en itinérance, avec changement de monture dans la journée. L’agence islandaise de l’environnement et de l’énergie fixe le cadre : les cavaliers suivent les pistes cavalières là où elles existent, il faut emporter du fourrage pour monter dans les hautes terres, et le bivouac se fait dans des lieux équipés d’enclos. Voyager avec un troupeau demande des précautions pour le garder sous contrôle.

- Niveau réellement requis : ce que la structure attend de toi, pas ce qu’elle affiche.
- Terrain et allures possibles : ce que le sol autorise, et à quelle vitesse.
- Durée type d’une sortie : deux heures et une semaine ne demandent pas le même cavalier.
- Fenêtre de saison : les mois où le format existe, et ceux où il n’existe pas.
- Encadrement et langue parlée : qui t’accompagne, et dans quelle langue.
- État et charge de travail des chevaux : rotation, repos, condition physique.
Le niveau qu’il te faut, sans enrobage
Pour une sortie courte dans le sud-ouest, tu n’as besoin d’aucune expérience. Le tölt fait le travail : tu restes assis, le dos tranquille, et tu apprends à demander l’allure en une heure.
Pour une randonnée de plusieurs jours, la règle change. Tu avances au sein d’un troupeau libre qui suit le rythme du groupe, tu changes de cheval en cours de route, et tu passes des gués. Il te faut tenir un galop en extérieur et savoir gérer un cheval qui accélère parce que ses congénères accélèrent. Aucune structure sérieuse ne te vendra ce format si tu sors de ton premier stage.
Nous ne donnons pas de niveau de galop chiffré. Les structures islandaises ne raisonnent pas avec le système français, et transposer une équivalence inventée ne rendrait service à personne.
La bonne saison
| Période | Verdict | Pourquoi |
|---|---|---|
| Juin à août | Recommandé | Jours longs, offre complète, formats itinérants disponibles. |
| Septembre | Recommandé si tu vises les rassemblements | C’est le mois des réttir selon Visit Iceland, le guide de voyage officiel opéré par Business Iceland. |
| Mai et octobre | Possible | Offre réduite, météo instable, sorties courtes surtout. |
| Novembre à avril | À éviter pour une première fois | Peu de lumière, formats limités, terrain difficile. |
Tu remarqueras qu’aucune température ne figure dans ce tableau. C’est volontaire. Le bureau météorologique islandais publie ses données climatiques par station, et les seules normales trentenaires proposées en libre accès sur sa page de données couvrent la période 1961-1990. Nous préférons ne rien écrire plutôt que de recopier une moyenne trouvée sur un blog.
Un repère de calendrier pour 2026 : le Landsmót hestamanna, le grand rendez-vous national de la race, s’est tenu début juillet à Hólar í Hjaltadal. Les organisateurs annoncent les dates du 5 au 11 juillet, la fédération internationale FEIF annonce du 5 au 12 juillet et évoque 7 000 à 8 000 visiteurs pour plus de 1 000 chevaux. Nous te donnons les deux versions plutôt qu’une seule au hasard. Si tu visais cet événement, tu l’as manqué cette année.
À quoi t’attendre, et ce qui surprend
Premier choc : les chevaux vivent dehors. Horses of Iceland le formule sans détour, le cheval est le seul animal domestique gardé à l’extérieur toute l’année en Islande. Tu ne verras donc pas des rangées de boxes, mais des troupeaux dans de grands enclos.
Deuxième choc : l’été, dans le nord, de grands troupeaux sont lâchés dans des vallées de montagne isolées appelées afréttur. Ils y pâturent l’herbe et les plantes sauvages pendant trois mois, sans intervention humaine.
Troisième choc, et c’est le meilleur moment de l’année : à l’automne, il faut aller les rechercher. Ce sont les réttir. Les chevaux sont rassemblés puis triés dans un enclos circulaire, par groupes d’une cinquantaine à la fois. Cette pratique se maintient surtout dans le nord de l’île, et des séjours permettent depuis quelques décennies d’y participer au lieu de la regarder de loin.

Ce que tu emportes, et ce que tu laisses à la maison
C’est le point que la plupart des articles oublient, et c’est celui qui gâche un voyage. L’autorité alimentaire et vétérinaire islandaise, le MAST, interdit l’entrée du matériel d’équitation d’occasion. La liste qu’elle publie couvre les selles, les brides, les muserolles, les tapis, les couvertures et les cravaches. Les gants d’équitation usagés sont interdits eux aussi.
Les vêtements et les bottes d’équitation passent, à condition d’être propres. Le MAST demande un lavage en machine ou un nettoyage à sec avant l’entrée sur le territoire. Pour ce qui ne passe ni en machine ni au pressing, son protocole prévoit un rinçage complet au détergent, un séchage, une pulvérisation de Virkon S à 2 % (20 g par litre d’eau), puis un stockage de cinq jours au minimum avant tout contact avec un cheval islandais. Le casque suit le même traitement.
Traduction concrète pour ton sac : ta selle reste chez toi, tu monteras avec celle de la ferme. Prévois des bottes qui supportent le lavage en machine, ou des bottes neuves encore emballées. Pour la tête, un casque à ta taille reste plus sûr qu’un modèle de prêt mal réglé, à condition de lancer la désinfection cinq jours avant le départ et pas la veille au soir.
Le point bien-être animal
Ces règles ne sont pas de la paperasse. Le MAST rappelle que les chevaux islandais ne sont pas vaccinés et restent sensibles aux agents infectieux venus de l’étranger. C’est l’isolement de l’île qui les protège, et ton matériel est un vecteur.
Le même isolement a une conséquence que peu de voyageurs connaissent, et elle est instructive. Le RESPE, le réseau français d’épidémio-surveillance en pathologie équine, classe l’islandais parmi les races sensibles à la dermite estivale, une allergie à la salive des moucherons du genre Culicoides. Une étude prospective publiée en 2018 dans la revue Acta Veterinaria Scandinavica a suivi des chevaux exportés d’Islande vers la Suisse : plus de la moitié des adultes exportés développent la maladie dans les deux ans qui suivent leur première exposition aux culicoïdes, alors que ceux exposés avant l’âge de sept mois gardent le même risque faible que les chevaux nés sur place. Si tu envisages un jour d’acheter un islandais, ce dossier sur la dermite estivale t’évitera une mauvaise surprise.
Sur place, avant de monter, regarde trois choses. L’état du dos et du garrot sous le tapis. Le nombre de sorties déjà faites par ton cheval dans la journée. Le rapport entre ton poids et le gabarit de la monture qu’on te propose. Une structure qui répond sans hésiter à ces trois questions est une bonne structure.
Questions fréquentes
Je n’ai jamais monté, est-ce que je peux quand même partir ?
Oui, sur des sorties courtes et encadrées. Le tölt rend la monte accessible dès la première heure. Réserve les formats itinérants de plusieurs jours pour plus tard.
Je voudrais venir avec mon propre cheval, c’est possible ?
Non. Horses of Iceland est catégorique : aucun cheval ni aucun autre équidé n’entre dans le pays. Et un cheval qui quitte l’Islande ne revient jamais.
Mon casque personnel, je le prends ou j’en loue un sur place ?
Tu le prends, mais tu appliques le protocole du MAST cinq jours avant de partir. Un casque désinfecté et réglé à ta tête vaut mieux qu’un casque de prêt approximatif.
Organiser ce voyage
Une fois l’angle choisi, ferme ou itinérance, le reste se joue sur l’opérateur. Notre sélection d’agences de voyage équestre compare celles qui programment l’Islande et celles qui n’y vont pas. Tu trouveras aussi une fiche de séjour en ferme islandaise dans nos voyages équestres. Et si c’est ta première randonnée à cheval, relis d’abord les erreurs que font les débutants en extérieur l’été.
Sources consultées : Horses of Iceland, le programme officiel porté par Business Iceland, pour les allures, la vie des chevaux au dehors, les réttir et l’interdiction d’entrée. Le MAST, autorité alimentaire et vétérinaire islandaise, pour le matériel, le protocole de désinfection et l’absence de vaccination. L’agence islandaise de l’environnement et de l’énergie pour les règles de circulation à cheval. Visit Iceland, guide de voyage officiel opéré par Business Iceland, pour le calendrier des rassemblements. Les organisateurs du Landsmót et la fédération internationale FEIF pour les dates 2026. Le RESPE et une étude prospective parue en 2018 dans Acta Veterinaria Scandinavica pour la dermite estivale.
Retiré faute de source primaire : les vitesses de 30 à 48 km/h attribuées au skeið. Les températures moyennes de l’été islandais. Le nombre exact de chevaux vivant en Islande, l’office statistique islandais indiquant lui-même que ce comptage n’est pas fiable.