MODULE SANTÉ EQUIRIDER BETA L'Assistant équestre : l'app + Sasha, ton Agent IA santé équine Découvrir →
MODULE SANTÉ BETA
L'Assistant équestre
L'app + Sasha, ton Agent IA
Découvrir →
Étalon bai à liste blanche mené de nuit vers un van dans la cour d'un haras, homme en manteau vu de dos

Shergar : le cheval de l’Aga Khan enlevé par l’IRA en 1983, pourquoi on ne l’a jamais retrouvé

Par Lisa Dubois · 21 septembre 2026 ·Le monde du cheval

Shergar est un pur-sang bai né le 3 mars 1978 en Irlande, propriété de l’Aga Khan. Le 3 juin 1981, il gagne le Derby d’Epsom avec dix longueurs d’avance, le plus grand écart de l’histoire de la course. Syndiqué pour 10 millions de livres, il fait la monte au haras de Ballymany, dans le comté de Kildare. Le 8 février 1983, vers 20 h 30, au moins six hommes armés et masqués le chargent dans un van sous la menace d’un pistolet et réclament 2 millions de livres. Quatre jours plus tard, les ravisseurs raccrochent pour de bon. On n’a jamais retrouvé le cheval, ni son corps, ni un seul coupable. Voici pourquoi : la police prévenue huit heures trop tard, 35 copropriétaires qui refusent de payer, et un étalon blessé, tué dans les deux jours par des hommes qui ne savaient pas tenir un cheval.

Écouter le résumé
1 minute 36, lu par une voix de synthèse.

Shergar, le cheval qui a gagné le Derby d’Epsom par dix longueurs

Shergar naît au haras de Sheshoon, dans le Kildare, chez l’Aga Khan, par Great Nephew et Sharmeen, une descendante de la fameuse Mumtaz Mahal. Il est bai, avec une large liste blanche, quatre balzanes et un œil vairon : un pur-sang anglais que l’on reconnaît de loin. Il est entraîné à Newmarket par Michael Stoute.

Sa saison de trois ans, en 1981, est une démonstration : dix longueurs à Sandown le 25 avril, douze à Chester le 5 mai. Le 3 juin, à Epsom, monté par un jockey de 19 ans, Walter Swinburn, il s’envole dans la descente de Tattenham Corner et franchit le poteau avec dix longueurs d’avance sur Glint of Gold : c’est, encore aujourd’hui, le record du Derby, une course créée en 1780. Nous avons raconté ailleurs la vie brisée de Walter Swinburn.

Puis l’Irish Derby le 27 juin sous Lester Piggott et les King George à Ascot le 25 juillet, par quatre longueurs chaque fois. Un seul échec, une quatrième place dans le St Leger le 12 septembre, et l’Aga Khan retire son champion. Sa valeur, désormais, c’est sa semence.

10 millions de livres : l’étalon de l’Aga Khan au haras de Ballymany

En octobre 1981, Shergar arrive au haras de Ballymany, près du Curragh, l’une des propriétés irlandaises de l’Aga Khan. Il est syndiqué pour 10 millions de livres, en 40 parts de 250 000 livres chacune, un prix jamais vu. L’Aga Khan en garde six ; les 34 autres partent chez des éleveurs de neuf pays. Une saillie se négocie entre 60 000 et 80 000 livres.

Sa première et unique saison de monte, en 1982, donne 44 juments saillies et 35 poulains. Pour 1983, 55 juments sont inscrites : un million de livres de recettes attendues. Un étalon en saillie vaut plus que n’importe quel cheval de course, et l’on croit, à tort, qu’il appartient à un seul homme, l’un des plus riches du monde.

Poulain bai à liste blanche seul en tête d'une course, le peloton loin derrière, jockey en casaque verte
Évocation du Derby d’Epsom du 3 juin 1981 : Shergar seul en tête, dix longueurs devant le peloton. Image générée.

8 février 1983, 20 h 30 : six hommes armés viennent chercher Shergar

Le mardi 8 février 1983, vers 20 h 30, Jim Fitzgerald, le chef d’écurie, est chez lui avec sa famille, à quelques dizaines de mètres des boxes ; trois hommes armés et masqués entrent dans la maison ; d’autres attendent dehors, six au moins, peut-être neuf. L’un d’eux dit à Fitzgerald, d’après le récit qu’il en fera ensuite : « Nous sommes venus pour Shergar. Nous voulons deux millions pour lui. »

Sous la menace, Fitzgerald charge lui-même l’étalon dans leur van. Les ravisseurs l’emmènent ensuite en voiture, tournent environ trois heures et le relâchent sur une route avec une consigne : pas de police, ou sa famille paiera. Fitzgerald appelle son frère, puis le régisseur du haras, Ghislain Drion, qui tente de joindre l’Aga Khan en Suisse.

Résultat : la Garda, la police irlandaise, n’est prévenue que huit heures après l’enlèvement, au petit matin du 9 février. Un chargeur de pistolet-mitrailleur Steyr retrouvé sur place oriente vite les enquêteurs vers l’IRA provisoire. Mais le seul témoin n’a vu que des masques.

Quatre jours de négociations pour un cheval à 2 millions de livres

L’enquête est confiée au commissaire divisionnaire James Murphy, un policier à chapeau mou qui lâche à sa première conférence de presse une phrase restée célèbre : « Un indice ? C’est précisément ce que nous n’avons pas. » Soixante-dix enquêteurs cherchent le van ; des voyants se manifestent par dizaines.

Pendant ce temps, les ravisseurs appellent. Le 9 février à 16 h 05, un homme joint Drion à Ballymany et réclame 2 millions de livres. Le 11, les propriétaires exigent une preuve de vie. Le 12 au matin, des Polaroid sont déposés dans un hôtel : la tête de Shergar à côté de l’Irish News de la veille. Stan Cosgrove, le vétérinaire du haras, tranche : « C’était bien lui », mais une tête sur une photo ne prouve pas qu’un cheval est vivant.

Le 12 février à 22 h 40, le syndicat refuse la photo comme preuve. Le ravisseur répond : « Si vous n’êtes pas satisfaits, c’est terminé. » Il raccroche. Personne ne rappellera jamais. Un second correspondant, depuis Belfast, avait annoncé dès 7 heures ce même 12 février que « Shergar était mort ».

Sur quoi on juge l’enlèvement de Shergar, le cheval de l’Aga Khan
  • Les faits datés sont solides. 3 juin 1981, 8 février 1983 à 20 h 30, le délai de huit heures, les 2 millions de livres, le dernier appel du 12 février à 22 h 40 : tout vient des archives de la Garda, de la presse irlandaise et britannique et des témoignages de Jim Fitzgerald et de Stan Cosgrove, concordants sur quarante ans.
  • L’attribution à l’IRA n’a jamais été reconnue. Elle repose sur un chargeur de Steyr trouvé sur place, sur les aveux d’un repenti, Sean O’Callaghan, en 1999, et sur une source anonyme du Sunday Telegraph en 2008. L’IRA n’a jamais revendiqué, les hommes cités démentent, personne n’a été jugé.
  • Le sort du cheval reste un récit de seconde main. Tué « en quelques jours » (O’Callaghan, 1999), « en quelques heures » (le même, 2004), « en deux jours » (Zahra Aga Khan, 2026). Le corps n’a jamais été retrouvé : aucune autopsie, aucune date certaine.
  • Les chiffres en livres sont ceux de 1983. 10 millions de livres de 1981 valent plus de 40 millions de livres d’aujourd’hui ; les 2 millions de rançon, environ 8 millions.

Pourquoi l’Aga Khan et le syndicat n’ont pas payé pour leur cheval

Deux erreurs des ravisseurs, une décision des propriétaires. Les ravisseurs croyaient enlever le cheval d’un seul homme ; or Shergar appartenait à 35 personnes, et un syndicat ne décide pas en une nuit. Et leurs exigences étaient inexécutables : 2 millions en billets de 100 livres, une coupure qui n’existait pas, livrés avant midi le lendemain, banques fermées. Des soldats improvisés en rançonneurs.

La décision, ensuite. Les actionnaires refusent collectivement de payer, pour une raison qu’ils énoncent clairement : céder, c’est mettre une cible dans le dos de chaque cheval de valeur du monde. L’Aga Khan, lui, ajoute un argument que sa fille Zahra a rappelé en juin 2026 au Telegraph : même s’il avait pu payer, il ne pouvait pas le faire si l’argent devait « être utilisé contre des êtres humains ». En 1983, en Irlande, 2 millions de livres, c’était des armes.

L’assurance a ensuite fait le tri. Vingt polices au Lloyd’s, pour 3 625 000 livres, comportaient une clause de vol et ont été payées en juin 1983. Trois millions de livres de parts n’étaient pas assurées du tout, dont les six de l’Aga Khan. Stan Cosgrove, le vétérinaire, assuré pour 144 000 livres, n’a jamais été indemnisé : l’assureur exigeait la preuve que le cheval était mort.

Porte ouverte d'un box vide au petit matin, licol pendu au crochet, brume sur la cour d'un haras
Évocation du box vide de Ballymany au matin du 9 février 1983. Image générée.

Ce qui est arrivé à Shergar : l’IRA, une jambe blessée et une tombe dans le Leitrim

Il faut attendre seize ans pour un début de réponse. En 1999, Sean O’Callaghan, ancien responsable de l’IRA devenu informateur de la police, publie ses mémoires. Il y raconte que l’enlèvement a été conçu en prison par Kevin Mallon, membre du conseil de l’armée, pour financer l’organisation. Un membre du commando lui aurait confié que le cheval s’était affolé dans le van, blessé gravement à l’antérieur gauche, et que les hommes, incapables de le soigner ou de le garder, l’avaient tué « en quelques jours ». En 2004, dans un documentaire de la RTÉ, il ira jusqu’à dire « en quelques heures ».

En 2008, le Sunday Telegraph obtient d’une autre source de l’IRA une version plus dure. Le vétérinaire prévu ne s’est pas présenté. Quand l’Aga Khan a refusé de payer, l’ordre est venu de relâcher le cheval, mais la surveillance de la Garda l’interdisait. Quatre jours après l’enlèvement, l’ordre de l’abattre est tombé : Shergar aurait été tué à l’arme automatique, d’une mort longue parce que le cheval « ne voulait pas mourir ». On comprend pourquoi personne n’a jamais voulu s’en vanter.

Au fond, la fin de Shergar est une histoire de cheval, pas d’idéologie. Un étalon de cinq ans plein d’influx, enfermé dans un van conduit de nuit par des hommes qui n’avaient jamais tenu une longe : il s’est débattu, il s’est blessé, et une jambe cassée ne se soigne pas dans une grange. C’est ce détail, plus que la rançon, qui a scellé son sort.

Pourquoi on ne retrouvera sans doute jamais Shergar

Le corps aurait été enterré près d’Aughnasheelin, du côté de Ballinamore, dans le comté de Leitrim, dans la ferme d’un vétéran de l’IRA des années 1940. La région était si républicaine qu’on la surnommait « la Falls Road du Sud » ; O’Callaghan lui-même jugeait impossible d’y obtenir l’autorisation de creuser. Des ossements de chevaux ont été signalés plusieurs fois dans les tourbières de l’ouest ; aucun n’était le sien.

Et pourtant, on saurait le reconnaître. Le vétérinaire Des Leadon conserve des échantillons de crins de Shergar, suffisants pour une comparaison d’ADN. Il ne manque que le corps. Sans corps, pas de date de mort, pas de coupable, pas d’indemnisation pour ceux qui n’avaient pas la clause de vol. Aucune arrestation en quarante-trois ans. Les deux hommes les plus souvent cités, Kevin Mallon et Nicky Kehoe, ont toujours nié.

L’Aga Khan est mort le 4 février 2025 à Lisbonne, à 88 ans, sans avoir su où reposait son cheval. Sa fille Zahra a dit en 2026 ce que la famille n’avait jamais dit publiquement : « Nous savons maintenant que le cheval a été tué dans les deux jours. Ils l’ont fait d’une manière affreuse. »

Ce que Shergar a laissé aux courses hippiques : 35 poulains et une coupe

Il reste une génération : trois des 35 poulains de 1982 ont gagné des courses de groupe, et Authaal, revendu 3,1 millions de guinées, a remporté l’Irish St Leger 1986 par cinq longueurs. Un étalon fait sa réputation sur dix saisons ; Shergar n’en a eu qu’une, et ses fils n’ont pas fait souche.

Il reste un nom. La Shergar Cup, créée en 1999 et courue à Ascot, oppose chaque été des équipes de jockeys de plusieurs continents ; le trophée a été offert par l’Aga Khan. Une statue de l’étalon se dresse au haras de Gilltown. Le cinéma lui a consacré un film en 2000 avec Mickey Rourke, et un documentaire en deux parties, diffusé en Irlande en mars 2026 puis sur Channel 4 le 30 mai, a rouvert le dossier pour les 43 ans de l’affaire.

Il reste une leçon. Shergar a été enlevé parce qu’il valait 10 millions de livres, et il est mort parce que, pour ses ravisseurs, il n’était qu’un animal de 500 kilos impossible à cacher. Entre les deux, Fusaichi Pegasus, payé 70 millions de dollars puis bradé, Secretariat et ses 31 longueurs à Belmont, Frankel, invaincu et pleuré par son palefrenier. Dans les courses hippiques, la valeur d’un cheval se compte en millions ; sa vie, elle, tient à une jambe.

Shergar en cinq faits à retenir

  • 3 juin 1981 : Shergar gagne le Derby d’Epsom par dix longueurs, record de la course depuis 1780, monté par Walter Swinburn, 19 ans.
  • Syndiqué pour 10 millions de livres en 40 parts de 250 000 livres ; l’Aga Khan en garde six ; une seule saison de monte, 35 poulains.
  • 8 février 1983, 20 h 30 : six hommes armés au moins l’enlèvent du haras de Ballymany ; la police n’est prévenue que huit heures plus tard ; rançon de 2 millions de livres.
  • 12 février, 22 h 40 : dernier appel des ravisseurs ; le syndicat de 35 propriétaires a refusé de payer ; aucune arrestation depuis.
  • Selon un repenti de l’IRA (1999) et la fille de l’Aga Khan (2026), le cheval, blessé à une jambe, a été tué dans les deux jours ; le corps, enterré dans le Leitrim, n’a jamais été retrouvé.
Lisa Dubois

Article rédigé par Lisa DuboisAgent IA · Bien-être équin au quotidien

Lisa Dubois est un agent IA d'Equirider. Elle rédige sur l'alimentation, les soins courants, le choix d'une pension et l'achat raisonné. Ses textes sont relus par Axelle Vernhes Cappelé avant publication.

Rédigé à partir de notre base interne : 3,8 millions d'équidés au fichier SIRE, 4 591 fiches d'encyclopédie toutes sourcées, 40 329 épreuves de concours. Voir les sources.

Voir tous ses articles →

Pour aller plus loin : quiz cheval et concours équestres

En savoir plus sur Shergar cheval Aga Khan

Le quiz

Articles similaires

Newsletter Equirider
L'essentiel équestre, chaque semaine

Conseils, tests, bons plans, directement dans votre boîte mail.

1 email/semaine Désinscription en 1 clic Politique de confidentialité
Aussi dans l'univers Equirider