Cette toile de Francis Wheatley, conservée au musée d'Art de Birmingham et datée de 1782, représente une foire aux abords de Dublin. Étals, foule, montures et attelages s'y mêlent. Wheatley, peintre anglais installé en Irlande de 1779 à 1783 pour fuir ses dettes, a laissé de ce séjour plusieurs scènes irlandaises qui comptent parmi ses œuvres les plus vivantes.
La foire, marché et fête
Les foires rurales irlandaises réunissaient le commerce du bétail et des chevaux, le recrutement de main-d'œuvre saisonnière et la fête populaire, le tout sur quelques jours.
Le cheval y tenait une place centrale : on en vendait, on en louait, et le déplacement vers la foire se faisait à cheval ou en charrette depuis les paroisses voisines. Ces rassemblements ponctuaient le calendrier agricole et servaient aussi de tribunal officieux et de marché matrimonial.
Un Anglais peignant l'Irlande
Wheatley arrive à Dublin en 1779, poursuivi par ses créanciers londoniens. Il y trouve une clientèle et peint portraits de groupe, scènes parlementaires et vues populaires.
Son regard reste celui d'un observateur extérieur, ce qui donne à ces toiles leur qualité documentaire : il note ce qu'un habitant n'aurait pas jugé digne d'être peint, les harnachements sommaires, les charrettes à deux roues, les chevaux de petite taille du pays.
Les Cries of London
De retour à Londres, Wheatley connaîtra son plus grand succès avec la série des Cries of London, portraits idéalisés de marchands ambulants, gravés et diffusés à des milliers d'exemplaires à partir de 1792.
Cette veine populaire, adoucie pour le marché de l'estampe, prend racine dans les scènes irlandaises comme celle-ci, plus rugueuses et moins arrangées. La comparaison entre les deux séries montre bien ce que le goût du public imposait à un peintre qui devait en vivre.




