Eugène Delacroix peint en 1831 cette grande toile commandée par l'État, qui représente la mort de Charles le Téméraire devant Nancy le 5 janvier 1477. Le duc de Bourgogne s'effondre avec son cheval dans une plaine enneigée, cerné par les cavaliers lorrains et suisses. Le tableau est aujourd'hui déposé au musée des Beaux-Arts de Nancy. Il marque un moment charnière dans la peinture d'histoire romantique française.
La chute d'un duc et de sa monture
Delacroix place au centre non pas un vainqueur mais un homme qui tombe. Charles le Téméraire, désarçonné, disparaît sous la masse de son cheval qui s'abat dans la neige.
Ce choix inverse la convention de la peinture de bataille, où le cavalier domine. Ici le cheval entraîne l'homme dans sa chute, et les deux corps ne forment plus qu'une seule masse confuse.
La neige comme sujet
Le tableau est l'un des rares grands formats d'histoire français à se dérouler dans un paysage hivernal. Le sol blanc écrase les couleurs et isole les silhouettes.
La bataille de Nancy s'est effectivement déroulée en janvier, par grand froid. Le corps du duc fut retrouvé plusieurs jours plus tard, en partie dévoré par les loups, détail que Delacroix ne montre pas mais que ses contemporains connaissaient.
Le cheval chez Delacroix
Delacroix a dessiné des chevaux toute sa vie, aux écuries, sur les champs de courses et lors de son voyage au Maroc en 1832, l'année qui suit ce tableau.
Il en tire une manière propre : encolures tendues, naseaux ouverts, croupes musclées prises dans le mouvement plutôt que dans la pose. Ses études de chevaux, conservées dans plusieurs collections, montrent ce travail préparatoire constant.




