Sous-dossier ulcères gastriques

Ulcères glandulaires (EGGUS)

Les ulcères de la muqueuse glandulaire (EGGUS , Equine Glandular Gastric Ulcer Syndrome) sont longtemps restés dans l'ombre des ulcères squameux. Jusqu'en 2015, on ne distinguait pas clairement les deux formes. Aujourd'hui, la communauté vétérinaire reconnaît l'EGGUS comme une entité clinique à part entière, avec ses propres causes, son propre traitement, et un pronostic distinct.

Anatomie : où se situe le problème

La muqueuse glandulaire occupe les deux tiers inférieurs de l'estomac. Elle comprend le corps de l'estomac (fundus), l'antre pylorique (la zone qui précède la sortie vers l'intestin) et le pylore lui-même.

Contrairement à la muqueuse squameuse (qui ne produit aucune protection), la muqueuse glandulaire est protégée par un arsenal de défenses : une couche de mucus, la sécrétion de bicarbonates, un flux sanguin muqueux important, et un renouvellement cellulaire rapide. Pour que cette muqueuse ulcère, il faut que ces mécanismes de défense soient dépassés ou altérés.

Les causes spécifiques de l'EGGUS

### Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

C'est la cause la mieux identifiée. Les AINS inhibent les cyclo-oxygénases (COX-1 et COX-2) qui produisent les prostaglandines E2 et I2 , les molécules responsables de la sécrétion de mucus, de bicarbonates et du maintien du flux sanguin muqueux. Sans ces prostaglandines, la muqueuse perd ses défenses et l'acide qu'elle produit elle-même l'attaque.

La phénylbutazone est le plus gastrotoxique des AINS couramment utilisés chez le cheval. La flunixine est un peu moins agressive. Le méloxicam, plus sélectif pour COX-2, a un profil de tolérance légèrement meilleur mais n'est pas exempt de risque.

Même à dose thérapeutique, un traitement de 5 jours en phénylbutazone peut provoquer des lésions glandulaires mesurables.

### Stress

Le stress chronique est impliqué par plusieurs mécanismes : altération de la motilité gastrique, modification du flux sanguin muqueux, immunosuppression locale. Les chevaux de sport soumis à un stress d'entraînement intense ont une prévalence plus élevée d'EGGUS que les chevaux au repos.

### Facteurs infectieux

Le rôle de bactéries dans l'EGGUS est un sujet de recherche actif. Chez l'humain, Helicobacter pylori est la cause principale des ulcères gastriques. Chez le cheval, Helicobacter n'a pas été retrouvé de façon convaincante, mais d'autres bactéries (Clostridium, Streptococcus, Enterococcus) ont été identifiées dans les lésions glandulaires. Leur rôle exact , cause ou conséquence de l'ulcération , reste débattu.

### Exercice intense

L'exercice pourrait contribuer à l'EGGUS en réduisant le flux sanguin vers la muqueuse glandulaire pendant l'effort, puis en provoquant un stress oxydatif lors de la reperfusion (ischémie-reperfusion). Ce mécanisme est documenté dans d'autres organes et est plausible pour l'estomac.

Prévalence

L'EGGUS est probablement sous-diagnostiqué. Les études récentes suggèrent une prévalence de 40 à 65% chez les chevaux de sport , un chiffre comparable aux ulcères squameux. Beaucoup de chevaux présentent les deux formes simultanément.

L'antre pylorique est la zone glandulaire la plus fréquemment touchée, suivi du pylore et du corps glandulaire.

Symptômes

Les symptômes de l'EGGUS ne sont pas cliniquement distinguables de ceux de l'ESGUS. Les mêmes signes (baisse d'appétit, contre-performance, sensibilité au sanglage, bruxisme) peuvent être présents. Seule la gastroscopie permet de différencier les deux formes.

Certains vétérinaires notent une association plus fréquente entre EGGUS et les comportements de stress (tiques, stéréotypies) mais cette observation n'est pas validée à grande échelle.

Diagnostic

La gastroscopie est indispensable. L'examen de la muqueuse glandulaire nécessite une attention particulière car les lésions sont souvent plus discrètes que les ulcères squameux :

Le vétérinaire doit explorer systématiquement l'antre pylorique et le corps glandulaire, y compris en insufflant suffisamment d'air pour déplisser la muqueuse. Un examen incomplet risque de passer à côté de lésions glandulaires.

Un système de scoring séparé est utilisé pour la muqueuse glandulaire (nombre, taille, aspect des lésions), distinct du scoring squameux.

Traitement : différent des squameux

C'est le point clinique le plus important de cette page. L'EGGUS ne répond pas aussi bien à l'oméprazole seul que l'ESGUS. L'oméprazole réduit la sécrétion acide , ce qui est suffisant pour les lésions squameuses (causées par l'acide) , mais la cause des lésions glandulaires est souvent une rupture des défenses muqueuses plutôt qu'un excès d'acide.

### Protocole standard EGGUS

Oméprazole 4 mg/kg/jour + Sucralfate 12 mg/kg 2 à 3 fois/jour, pendant 28 à 56 jours. L'oméprazole réduit l'agression acide résiduelle, et le sucralfate forme un pansement protecteur sur les lésions glandulaires.

Le sucralfate est donné à 2 heures d'intervalle de l'oméprazole.

### En cas d'échec du protocole standard

Le misoprostol (5 µg/kg, 2 à 3 fois/jour) est un analogue de prostaglandine E1 qui restaure directement les mécanismes de défense muqueuse (mucus, bicarbonates, flux sanguin). Il est utilisé en deuxième intention quand le duo oméprazole + sucralfate ne suffit pas.

Attention : le misoprostol est formellement contre-indiqué chez la jument gestante (risque d'avortement).

### Arrêt des AINS

Si le cheval est sous AINS au moment du diagnostic, les arrêter est la première mesure. Si le traitement anti-inflammatoire est médicalement indispensable, envisager le passage au méloxicam (moins gastrotoxique) et associer un gastroprotecteur.

### Durée du traitement

Le taux de cicatrisation de l'EGGUS à 28 jours est inférieur à celui de l'ESGUS. Un traitement de 56 jours est souvent nécessaire. La gastroscopie de contrôle est systématique pour l'EGGUS , on ne peut pas se fier à l'amélioration clinique pour confirmer la cicatrisation.

Pronostic

Le pronostic de l'EGGUS est plus réservé que celui de l'ESGUS. Le taux de cicatrisation complète à 28 jours est de 40 à 60% (contre 70-80% pour les squameux). Le taux de récidive est élevé, surtout si le facteur déclenchant (AINS, stress) persiste.

Une gestion à long terme est souvent nécessaire : éviter les AINS autant que possible, réduire le stress, et surveiller par gastroscopie régulière.

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Bernard Bourdon

Page rédigée par Bernard BourdonSpecialiste Races de chevaux

Éleveur amateur et passionné des races équines, Bernard étudie depuis vingt ans les origines, caractères et morphologies des races françaises et étrangères. Il a parcouru les haras, foires et salons spécialisés pour documenter les singularités de chaque race. Sur Equirider,…

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Article relu et validé éditorialement par Jean-Thierry, redacteur en chef Equirider.

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