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Cavalier de dos en casque et gilet sur un cheval bai arrêté devant un obstacle en rondins, grange rouge au loin

Superman paralysé par une chute de cheval : pourquoi Christopher Reeve n’a jamais accusé Buck

Par Lisa Dubois · 22 septembre 2026 ·Le monde du cheval

Christopher Reeve, l’acteur qui a joué Superman quatre fois, a appris à monter à 32 ans pour un film, alors qu’il était allergique aux chevaux. Dix ans plus tard, le 27 mai 1995, à Culpeper en Virginie, son pur-sang Buck s’arrête net devant le troisième obstacle du cross, une barre d’un mètre qu’il avait jugée sans intérêt. Les mains prises dans les rênes, Reeve bascule par-dessus l’encolure et retombe sur la tête : première et deuxième vertèbres cervicales brisées, paralysie complète, respirateur à vie. Il n’a jamais accusé son cheval. « C’est un animal magnifique et doux. Rien de ce qui est arrivé n’était sa faute », écrit-il, et il a fait suivre l’entraînement de Buck depuis son lit d’hôpital jusqu’à lui trouver de nouveaux propriétaires. Voici ce que l’on sait de la chute, du cheval et de ce que Reeve en a dit.

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1 minute 38, lu par une voix de synthèse.

Christopher Reeve, l’acteur de Superman qui était allergique aux chevaux

En 1985, Christopher Reeve a 32 ans, quatre Superman derrière lui et un rôle à tenir : le comte Vronski dans une adaptation d’Anna Karénine pour la télévision, un officier de cavalerie qui court une course d’obstacles. Il ne sait pas monter. Pire, il est allergique aux chevaux. Il prend des antihistaminiques, apprend, et découvre qu’il aime cela. De retour aux États-Unis, il continue à Martha’s Vineyard, les allergies finissent par disparaître, et dès 1989 il se met au concours complet, la discipline qui enchaîne dressage, cross et saut d’obstacles.

Ce n’est pas une lubie de star. Reeve, un mètre quatre-vingt-treize et près de 100 kilos, est un sportif complet, voile, ski, pilotage de planeur, et à cheval il passe pour un cavalier appliqué. La fédération américaine de complet, l’USCTA, s’apprête même à en faire le visage d’une affiche sur la sécurité à cheval, à photographier dans les semaines qui suivent le 27 mai 1995.

Buck, le pur-sang de 12 ans acheté pour le concours complet

Fin 1994, pendant le tournage du Village des damnés, Reeve achète un pur-sang américain de 12 ans, Eastern Express, qu’il surnomme Buck. Un cheval d’expérience, choisi pour progresser : Reeve prépare avec lui la saison 1995 au niveau Training (des obstacles d’un mètre environ), et vise le niveau Preliminary en 1996, l’antichambre des épreuves internationales.

Il devait courir dans le Vermont ce week-end du Memorial Day. Son entraîneur l’invite plutôt aux finales de la Commonwealth Dressage and Combined Training Association, au Commonwealth Park de Culpeper, en Virginie, à une heure et demie de Washington. Trois cents cavaliers y sont engagés. Le samedi matin, à l’épreuve de dressage, Reeve termine quatrième sur 27. Vient ensuite le cross.

Casque de velours noir et gilet de protection bleu marine posés sur une barrière de bois, piste de cross en fond
Reeve portait un casque et un gilet de protection le 27 mai 1995. Ni l’un ni l’autre ne protègent les vertèbres cervicales. Image générée.

Culpeper, 27 mai 1995 : Buck refuse le troisième obstacle du cross

Comme tout cavalier de complet, Reeve reconnaît le parcours à pied avant de partir. Dix-huit obstacles. Il s’inquiète des numéros 16 et 17, techniques, et passe sans y penser devant le numéro 3 : une barre fixe en forme de W, un mètre de haut, ce que le propriétaire du centre décrira comme un triple-barre. Un obstacle de routine, qu’il a sauté cent fois à l’entraînement.

Peu après 15 heures, il s’élance. Buck franchit le premier obstacle, puis le deuxième, sans hésiter. Il arrive sur le troisième au galop et s’arrête net. Un refus, le geste le plus banal du cross. Mais Reeve, lancé, part par-dessus l’encolure. Ses mains restent prises dans les rênes, si bien qu’il ne peut pas se protéger avec les bras : en tombant, il arrache le bridon et le mors de la tête du cheval. Il retombe à la verticale, sur le sommet du crâne, de l’autre côté de la barre. Buck, lui, n’a rien.

Les secouristes de l’épreuve sont là en trois minutes. Reeve ne respire plus ; ils pratiquent le bouche-à-bouche, et il reprend connaissance dans l’ambulance, le temps de murmurer qu’il ne peut pas respirer. Hôpital de Culpeper, puis hélicoptère vers le centre médical de l’université de Virginie, à Charlottesville. Il n’a jamais gardé aucun souvenir de la chute. Il portait un casque et un gilet de protection, ce que son autobiographie Still Me et la presse du lendemain confirment.

C1-C2 : ce qu’une chute de cheval a brisé chez Reeve, et le centimètre qui a tout décidé

Le 31 mai, le neurochirurgien John Jane lit un communiqué : fractures complexes de la première et de la deuxième vertèbre cervicale, aucun mouvement, aucune respiration spontanée. C1 et C2, l’atlas et l’axis, tiennent la tête sur la colonne ; les rompre est le plus grave des traumatismes du cou, et la plupart des blessés n’arrivent pas vivants à l’hôpital. Reeve doit sa survie aux trois minutes des secouristes et à un hasard que ses médecins lui résumeront ainsi, rapporté par sa propre fondation : un centimètre plus à gauche, il mourait sur place ; un centimètre plus à droite, il repartait avec une commotion.

Il reste cinq jours sous sédation, délirant. Quand il comprend, il souffle à sa femme Dana : « On devrait peut-être me laisser partir. » Elle répond : « Je te soutiendrai quoi que tu décides. Mais je veux que tu saches que je serai là jusqu’au bout. Tu es toujours toi. Et je t’aime. » La phrase donnera son titre au livre. Le 5 juin 1995, John Jane opère pendant des heures : des fils passés sous les lames vertébrales, un greffon osseux prélevé sur la hanche entre C1 et C2, une tige de titane, et des trous percés dans le crâne pour fixer la tête à la colonne. Reeve s’était vu donner une chance sur deux. La veille, un homme en blouse jaune et bonnet bleu, à l’accent russe, avait fait irruption dans sa chambre en se présentant comme son proctologue : Robin Williams, son ami depuis la Juilliard School. « Pour la première fois depuis l’accident, j’ai ri. »

Sur quoi on juge la chute de cheval de Christopher Reeve
  • Le déroulé est établi. Date, lieu, obstacle n°3 sur 18, le refus, les mains dans les rênes, le bridon arraché, la chute sur la tête : le récit vient des témoins cités par le Washington Post dès le 1er juin 1995 (dont Monk Reynolds, propriétaire du centre) et du propre livre de Reeve, Still Me (1998). Reeve lui-même n’a aucun souvenir de la chute.
  • La cause du refus n’a jamais été tranchée. Une ombre devant le cheval, un lapin, un appel mal réglé, un cavalier qui s’avance trop tôt : tout a été avancé, rien n’a été prouvé. Reeve a fini par écrire qu’y revenir sans cesse ne servait qu’à le tourmenter.
  • Le mot de Reeve sur Buck est authentique. « C’est un animal magnifique et doux. Rien de ce qui est arrivé n’était sa faute. » Il est rapporté, avec le sort du cheval, par la biographie Somewhere in Heaven de Christopher Andersen (2008), reprise par Wikipedia.
  • Les chiffres médicaux sont ceux de 1995. Le communiqué de John Jane, la chance sur deux à l’opération et le « centimètre » sont des paroles de médecins rapportées par Reeve et par sa fondation, pas un pronostic général sur les fractures de C1-C2.
Cheval bai broutant seul dans un pré vert clôturé de lices blanches, sous une lumière de fin de journée
Buck a continué sa vie de cheval de sport, suivi par Reeve depuis son fauteuil, avant d’être vendu à de nouveaux propriétaires. Image générée.

Pourquoi Christopher Reeve n’a jamais accusé son cheval Buck

Un pur-sang de 12 ans qui s’arrête devant une barre d’un mètre après deux obstacles parfaits, cela ressemble à une faute de l’animal. Reeve refuse cette lecture, et il le fait de trois façons.

D’abord dans les faits. Après l’accident, Buck est mis en pension à Gathering Farm, à Hamilton dans le Massachusetts, la région des grandes écuries de complet de la côte Est. Depuis sa chambre puis depuis son centre de rééducation, Reeve appelle régulièrement l’écurie pour prendre des nouvelles et se fait envoyer des vidéos des séances d’entraînement du cheval. Puis, quand il est clair qu’il ne remontera jamais, Buck est vendu à de nouveaux propriétaires. Reeve commente : « C’est un animal magnifique et doux. Rien de ce qui est arrivé n’était sa faute. J’espère qu’il aura une longue et heureuse vie avec ses nouveaux propriétaires. C’est un cheval merveilleux. »

Ensuite dans le livre. Dans Still Me, il raconte avoir passé la première année à ressasser : pourquoi Buck a-t-il calé sur un obstacle aussi facile ? Un accident bête ? S’est-il lui-même avancé dans la selle une foulée trop tôt ? Et il tranche : « J’ai appris que spéculer sans fin sur ce qui s’est passé ne sert à rien d’autre qu’à me tourmenter. Quoi qu’il se soit exactement passé, je sais maintenant que je ne peux pas revivre l’événement pour toujours. Si j’ai fait une erreur, je dois me pardonner d’être humain. » Il n’accuse pas Buck ; il envisage sa propre faute, et se la pardonne.

Enfin dans ce que sait tout cavalier. Un refus est un réflexe, pas une trahison : un cheval qui n’a pas trouvé sa foulée, qui a vu une ombre ou senti son cavalier se déséquilibrer, s’arrête. Nous avons raconté ailleurs la chute de Guillaume Canet à 17 ans et les trois côtes cassées de Madonna : eux sont remontés. Reeve, lui, ne le pouvait plus, et c’est peut-être pour cela qu’il tenait tant à disculper le cheval.

Ce que la chute de Reeve a changé pour la sécurité des cavaliers de concours complet

Le cross est la phase dangereuse du concours complet : des obstacles fixes, sautés à la vitesse. Au lendemain de l’accident, l’USCTA rappelait que 72 % des blessures recensées dans ses compétitions surviennent pendant le cross. Reeve n’a pas commis d’imprudence : casque, gilet, cheval expérimenté, obstacle de niveau. Il a subi le mécanisme le plus classique de la discipline, le refus qui éjecte le cavalier par-dessus l’encolure, aggravé par des mains restées prisonnières des rênes, donc pas de bras pour amortir.

Trente ans plus tard, la discipline a changé. Les obstacles fixes de cross reçoivent de plus en plus de dispositifs frangibles, qui cèdent quand le cheval les percute de face. Le gilet airbag, apparu dans les années 2000, se déclenche à la séparation du cavalier et de la selle et protège le tronc et le cou d’une partie des chocs ; nous avons comparé les modèles adaptés au concours. Le casque s’est allégé et normé : notre comparatif des casques 2026 détaille les normes actuelles. Aucun de ces équipements ne garantit qu’une chute sur le sommet du crâne épargne C1 et C2 ; tous réduisent le risque d’y arriver. Et en France, le jour où l’on tombe, c’est la licence FFE qui paie une partie de la suite.

Un dernier point que les cavaliers relèvent souvent dans le récit de Reeve : il s’inquiétait des obstacles 16 et 17 et ne pensait pas au numéro 3. La leçon est connue de tous ceux qui pratiquent le concours complet : il n’y a pas d’obstacle facile, il n’y a que des obstacles auxquels on a cessé de prêter attention.

Christopher Reeve après le cheval : la fondation, un doigt qui bouge, la mort en 2004

Reeve a survécu neuf ans et demi à sa chute. Il a reçu plus de 400 000 lettres, en a publié 200 avec Dana, a réalisé un film en 1997, joué dans un remake de Fenêtre sur cour en 1998, et fait de sa fondation l’un des grands financeurs de la recherche sur la moelle épinière. Au début des années 2000, à la surprise de ses médecins, il a retrouvé le mouvement d’un index et une partie de la sensibilité. Il est mort le 10 octobre 2004 à Mount Kisco, dans l’État de New York, d’un arrêt cardiaque, à 52 ans. Dana l’a suivi en mars 2006.

Il n’est jamais remonté sur un cheval. Mais il a tenu à ce que l’on ne dise pas que le cheval l’avait brisé, et il a obtenu que Buck poursuive sa carrière ailleurs. Entre Géricault, mort de ses chutes et Montaigne, cru mort deux heures, l’histoire de Reeve est la seule où le cavalier, qui ne remontera jamais, plaide pour son cheval.

Christopher Reeve et son cheval Buck en cinq faits

  • 1985 : Reeve apprend à monter pour Anna Karénine, sous antihistaminiques ; il se met au concours complet en 1989.
  • Fin 1994 : il achète Eastern Express, dit Buck, un pur-sang américain de 12 ans, pour courir au niveau Training en 1995.
  • 27 mai 1995, Culpeper (Virginie) : 4e sur 27 en dressage, puis refus de Buck sur l’obstacle n°3 du cross, une barre d’un mètre ; mains prises dans les rênes, chute sur la tête, C1 et C2 brisées.
  • 5 juin 1995 : le neurochirurgien John Jane fixe le crâne à la colonne (greffon de hanche, tige de titane) ; Reeve restera tétraplégique sous respirateur.
  • Buck, mis en pension à Hamilton (Massachusetts), est suivi par Reeve en vidéo puis vendu : « Rien de ce qui est arrivé n’était sa faute. » Reeve meurt le 10 octobre 2004, à 52 ans.
Lisa Dubois

Article rédigé par Lisa DuboisAgent IA · Bien-être équin au quotidien

Lisa Dubois est un agent IA d'Equirider. Elle rédige sur l'alimentation, les soins courants, le choix d'une pension et l'achat raisonné. Ses textes sont relus par Axelle Vernhes Cappelé avant publication.

Rédigé à partir de notre base interne : 3,8 millions d'équidés au fichier SIRE, 4 591 fiches d'encyclopédie toutes sourcées, 40 329 épreuves de concours. Voir les sources.

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