
Un cheval lui a marché dessus à 17 ans : pourquoi Guillaume Canet est revenu sauter à La Baule
En 1990, sur un concours de saut d’obstacles à Mesquer, près de La Baule, Guillaume Canet, 17 ans, demande à son cheval « une foulée improbable ». Le cheval part trop tôt, pédale dans l’obstacle, tombe, et lui marche dessus : poignet « en mille morceaux », épaule luxée, côtes et pied cassés, des trous de crampons dans le dos. Il remonte un an avec un plâtre, puis range ses bottes pour le cinéma. S’il est revenu sauter en concours, plus de vingt ans après, c’est à cause d’un film : en se préparant à jouer Pierre Durand dans Jappeloup, il a « repris goût » à la compétition. Entre 2012 et 2017, il a couru 623 épreuves et en a gagné 33. En juin 2023, il est revenu à La Baule, à moins de vingt kilomètres de l’obstacle qui l’avait brisé, avec un cheval nommé James Bond du Bec.
C’est l’histoire d’un cavalier qui a voulu une autre vie, et qui a fini par revenir à la première. Elle repose sur ce que Guillaume Canet a lui-même raconté, à la télévision et dans la presse, et sur les résultats de ses concours.
Guillaume Canet, fils d’éleveurs de chevaux : le rêve de cavalier de saut d’obstacles
Guillaume Canet naît le 10 avril 1973 à Boulogne-Billancourt, dans une famille d’éleveurs de chevaux : ses parents tiennent un haras dans la région de Rambouillet, au sud-ouest de Paris. Il grandit au milieu des boxes et des paddocks, et monte très tôt. À l’adolescence, son projet n’est pas le cinéma : il veut devenir cavalier de saut d’obstacles de haut niveau, et il en prend le chemin, concours après concours, tous les week-ends.
Le saut d’obstacles est la discipline équestre la plus pratiquée en France, du club au circuit international. Pour comprendre ce qu’un jeune cavalier de cette trempe vise à 17 ans, notre guide du CSO, le concours de saut d’obstacles, détaille les niveaux, les hauteurs et le fonctionnement des épreuves. À cet âge, la trajectoire de Canet ressemble à celle des professionnels : un cheval de concours, des classements, et le rêve d’aller plus haut.
Mesquer, 1990 : la chute de cheval qui a brisé le côté droit de Guillaume Canet
Tout s’arrête un jour de 1990, sur un concours de saut à Mesquer, une commune de la presqu’île guérandaise, à quelques kilomètres de La Baule. Guillaume Canet vient de terminer deuxième d’une épreuve. Sur la suivante, il fait une erreur de cavalier, qu’il a lui-même décrite avec précision : « Je demande une foulée improbable au cheval, qui part une foulée avant, et qui n’a pas la possibilité de passer l’obstacle et qui pédale dedans, je tombe et il me marche dessus. »
Le bilan qu’il énumère est celui d’un cavalier passé sous son cheval : poignet cassé, « en mille morceaux », luxation de l’épaule, côtes cassées, pied cassé, et des trous dans le dos laissés par les crampons, ces pointes d’acier vissées sous les fers pour l’adhérence en terrain gras. « C’était une chute assez violente. Là j’ai pris les trous de crampons sur la main, dans le dos. Je me suis pété tout le côté droit. » Il a 17 ans. Ce récit, il l’a fait face caméra, dans une émission d’archives de l’INA, et il l’a répété depuis dans plusieurs interviews.

Un an de plâtre à cheval, puis le choix du cinéma contre l’équitation
Ce qui est étonnant, c’est qu’il ne s’arrête pas tout de suite. Guillaume Canet a raconté avoir continué à monter pendant un an « avec un plâtre ». Puis il a décidé d’arrêter, non pas seulement à cause de la peur, mais parce que la chute lui avait donné envie d’autre chose : « J’avais envie de connaître une autre vie que ça. » Il quitte les chevaux, s’inscrit au Cours Florent et part à Paris. La suite est connue : Les Morsures de l’aube, La Plage, Ne le dis à personne, Les Petits Mouchoirs.
Une chute de cheval en concours n’est pas rare, et la plupart des cavaliers en gardent une trace. Ce qui distingue le cas Canet, c’est le moment : la chute survient à l’âge où l’on bascule, ou non, vers le haut niveau. Pour une jeune cavalière ou un jeune cavalier de 17 ans, la question est brutale. Et il faut retenir sa réponse, qui n’est ni un aveu de peur ni une rancune contre les chevaux : il a choisi une autre vie, tout simplement.
Jappeloup : le film qui a remis Guillaume Canet à cheval, chez Frédéric Cottier
Vingt ans passent. Guillaume Canet est devenu acteur et réalisateur, et il porte un projet : raconter l’histoire de Pierre Durand et de Jappeloup, le petit selle français de 1,58 m qui a refusé un obstacle aux Jeux de Los Angeles en 1984, désarçonné son cavalier, puis gagné l’or olympique à Séoul en 1988. Canet coécrit le scénario et tient le rôle de Pierre Durand dans le film de Christian Duguay, sorti en mars 2013.
Pour monter lui-même à l’écran, il se remet sérieusement à l’équitation chez Frédéric Cottier, ancien cavalier de l’équipe de France de saut d’obstacles. Le casting des chevaux a pris huit mois : Jappeloup a eu huit doublures, validées par Pierre Durand lui-même avec son ami Patrick Caron, dont Sympatico, un très petit cheval qui ressemblait beaucoup au vrai Jappeloup mais avait déjà 22 ans, et Incello, plus grand et plus jeune, qui a sauté les grosses barres de la scène des Jeux. Canet a confié que la principale difficulté avait été de s’adapter à chaque monture : « ce n’est pas évident de changer de cheval quand on a trouvé ses marques avec un autre ».
L’histoire vraie derrière le film est plus riche encore : en 1986, aux championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, une cavalière canadienne a gagné le titre en montant Jappeloup lors de la finale à chevaux tournants. Nous la racontons dans Jappeloup et le titre mondial de 1986. C’est en s’entraînant pour ce rôle que Canet, selon ses propres mots, a repris goût à l’équitation et à la compétition de saut d’obstacles. La fiche de Pierre Durand, cavalier de CSO, dans notre wiki, complète le portrait du champion qu’il a incarné.

623 épreuves, 33 victoires : le retour en concours de saut d’obstacles de Guillaume Canet
Le retour n’a rien d’un caprice de vedette. Entre 2012 et 2017, Guillaume Canet a pris le départ de 623 épreuves de saut d’obstacles, en a gagné 33 et a cumulé plus de 66 500 euros de gains, selon les résultats compilés à partir des concours fédéraux et internationaux. Il a monté plusieurs chevaux, dont Pomme du Valon, Babèche, avec laquelle il a gagné à Chantilly, Sweet Boy d’Alpa et Wouest de Cantraie Z, sur des concours internationaux d’une à trois étoiles.
Ses victoires sont venues sur des rendez-vous que les cavaliers connaissent bien : le Jumping de Chantilly, le Paris Eiffel Jumping au pied de la tour Eiffel. En mai 2017, il a été nommé ambassadeur du Jumping international du château de Versailles. Le selle français, la race de Jappeloup, est le cheval de sport français par excellence : notre fiche selle français explique pourquoi il domine le saut d’obstacles national.
Il n’est pas la seule célébrité française à avoir choisi les chevaux loin des projecteurs : nous avons raconté comment Kendji Girac retrouve sa vraie passion à cheval. La différence, chez Canet, c’est le niveau : il ne monte pas pour se détendre, il court des épreuves chronométrées contre des professionnels.
La Baule 2023 : Guillaume Canet et James Bond du Bec, à vingt kilomètres de la chute de Mesquer
Le détail qui boucle l’histoire tient dans une date et un lieu. En juin 2023, après cinq ans d’absence des terrains de concours, Guillaume Canet est engagé au Jumping international de La Baule, l’un des plus grands rendez-vous français de la discipline, sur le stade François-André, avec un cheval nommé James Bond du Bec. Au programme : le Derby CSI1* à 1,15 m le samedi, et le Grand Prix CSI1* à 1,20 m le dimanche. Sur le même site, le même week-end, le numéro un mondial Henrik von Eckermann et trois champions olympiques individuels disputaient le CSI5*.
Mesquer, où il est tombé en 1990, est à moins de vingt kilomètres. Les épreuves une étoile ne sont pas le sommet du sport, mais ce sont des concours internationaux avec chronomètre, barrage et classement, et un cavalier de cinquante ans qui les dispute en public assume d’être jugé sur les mêmes critères que les autres. Le rendez-vous de La Baule continue chaque année : nous avons couvert le Jumping de La Baule 2026 et sa victoire française.
Guillaume Canet cavalier : sur quoi on juge
- Ce qu’il a dit lui-même : la chute de Mesquer en 1990, la « foulée improbable », le cheval qui « pédale » dans l’obstacle et lui marche dessus, le poignet « en mille morceaux », l’épaule, les côtes, le pied, les crampons dans le dos ; un an à monter avec un plâtre ; « j’avais envie de connaître une autre vie que ça ». Récit tenu face caméra dans une archive de l’INA, repris par la presse.
- Ce que disent les résultats : 623 épreuves de saut d’obstacles entre 2012 et 2017, 33 victoires, plus de 66 500 euros de gains ; des chevaux nommés (Pomme du Valon, Babèche, Sweet Boy d’Alpa, Wouest de Cantraie Z, James Bond du Bec) ; La Baule en juin 2023, Derby CSI1* 1,15 m et Grand Prix CSI1* 1,20 m, après cinq ans d’absence.
- Ce qui reste flou : son âge exact au moment de la chute (17 ans dans son récit, né en avril 1973, la chute datée de 1990 ; certaines biographies disent 18 ans) ; le nom du cheval de 1990, qu’il n’a pas donné publiquement ; la hauteur maximale des épreuves qu’il a courues, parfois annoncée à 1,50 m sans résultat précis à l’appui ; son classement à La Baule en 2023, que nous n’avons pas retrouvé dans une source fiable.
- Sources : archive INA (émission « adn », récit de la chute) ; AlloCiné, secrets de tournage de Jappeloup (Frédéric Cottier, Sympatico, Incello, huit doublures) ; Grand Prix, « Que sont devenues les doublures de Jappeloup ? » ; ici / France Bleu Loire Océan, 10 juin 2023 (retour à La Baule, James Bond du Bec) ; biographie publique (résultats 2012-2017, chevaux, Versailles 2017).
Chute de cheval en concours : ce que la blessure de Guillaume Canet rappelle aux cavaliers
Les blessures qu’il décrit, poignet, épaule, côtes, dos, sont typiques d’un cavalier passé sous son cheval après une faute à l’obstacle. Le casque était déjà la règle en concours en 1990 ; le gilet de protection, obligatoire en cross, et l’airbag d’équitation, de plus en plus répandu en CSO, protègent précisément le thorax et le dos. Après une chute avec impact, on ne remonte pas le jour même sans avis médical, et un poignet ou une épaule douloureux se font examiner. Notre guide du saut d’obstacles, du poney-club au podium revient sur l’équipement et la progression par niveaux.
Guillaume Canet et le cheval : ce qu’il faut retenir de sa chute et de son retour
Un adolescent qui voulait être cavalier de haut niveau, un cheval qui lui marche dessus à 17 ans, un an de plâtre, puis une autre vie. Vingt ans plus tard, un film sur Jappeloup, des mois de reprise chez Frédéric Cottier, et 623 épreuves courues en cinq saisons. Enfin, à cinquante ans, un retour à La Baule, tout près de l’obstacle de Mesquer, avec un cheval nommé James Bond du Bec. Guillaume Canet n’a jamais dit qu’il avait cherché à prendre sa revanche sur 1990. Il a dit qu’il avait repris goût. C’est peut-être la meilleure définition de ce qu’un cheval fait à ceux qui l’ont quitté trop tôt.
Pour aller plus loin : quiz cheval et concours équestres
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