L’Institut français du cheval et de l’équitation a publié son bilan statistique 2024. Le chiffre qui fait le titre : 55 692 équidés immatriculés en France sur l’année. Mais ce n’est pas le plus intéressant.
Le plus intéressant, c’est la comparaison avec 2019. En cinq ans, l’élevage français a changé de camp. Le cheval de course recule, le cheval de loisir avance, et un segment que personne ne regarde a pris 49 %. Voici ce que disent les chiffres, et ce qu’ils changent pour toi si tu élèves ou si tu comptes t’y mettre.
55 692 poulains nés en France en 2024
C’est le total, toutes races confondues, des équidés immatriculés au fichier SIRE. Ils sont sortis de 21 331 lieux d’élevage, c’est-à-dire de structures ayant déclaré au moins une naissance dans l’année.
Rapporté à l’ensemble, ça fait une moyenne de 2,61 poulains par élevage. Retiens ce chiffre, on y revient : il dit presque tout de la façon dont la France élève ses chevaux.
Pour situer, le cheptel français compte 995 700 équidés fin 2024, détenus par environ 100 000 détenteurs, dont deux tiers de particuliers. L’élevage n’est donc pas une affaire de grandes exploitations. C’est une affaire de beaucoup de petits acteurs.
Le loisir a pris le pas sur la course
Voilà le tableau complet, avec l’évolution depuis 2019. C’est la dernière colonne qui raconte l’histoire.
| Type d’équidé | Naissances 2024 | Part | Évolution 2019-2024 |
|---|---|---|---|
| Sport-loisir | 17 575 | 31,6 % | +28 % |
| Origines constatées | 9 271 | 16,6 % | +49 % |
| Trot | 8 419 | 15,1 % | -17 % |
| Chevaux de trait | 8 247 | 14,8 % | +9 % |
| Galop | 6 316 | 11,3 % | -7 % |
| Autres races | 3 522 | 6,3 % | +16 % |
| Chevaux de territoire | 1 923 | 3,5 % | +32 % |
| Ânes | 419 | 0,8 % | +6 % |
| Total | 55 692 | 100 % | +13 % |
Additionne le trot et le galop : 14 735 naissances, soit 26,5 % du total. La course, qui a longtemps été le moteur et la vitrine de l’élevage français, produit aujourd’hui un poulain sur quatre. Tout le reste, les trois quarts, part vers le sport, le loisir, le trait et l’attelage.
Et le mouvement continue. Le trot a perdu 1 779 naissances en cinq ans, le galop 502. Pendant ce temps le sport-loisir en a gagné 3 803.
La France élève toujours autant de chevaux qu’avant. Elle n’élève plus les mêmes, ni pour les mêmes gens.
Les origines constatées, la vraie surprise
Un cheval dit « à origines constatées » est un cheval dont les parents sont identifiés mais qui n’entre dans aucun stud-book reconnu. Pas de papiers de race, une filiation connue, rien de plus.
Ce segment a bondi de 49 % en cinq ans, de 6 221 à 9 271 naissances. C’est la plus forte progression de tout le tableau. Il pèse aujourd’hui plus lourd que le trot et deux fois plus que le trait en volume de croissance.
Derrière ce chiffre, il y a des propriétaires particuliers qui font naître un poulain de leur jument, sans projet de compétition ni de vente à haut niveau. Ils représentent 5 446 lieux d’élevage, avec une moyenne de 1,70 poulain chacun. C’est le tissu le plus fragmenté de la filière, et le moins outillé.
Un élevage de très petite taille
Le détail par type éclaire la moyenne de 2,61 :
| Type | Lieux d’élevage | Poulains par lieu |
|---|---|---|
| Galop | 1 614 | 3,91 |
| Chevaux de territoire | 620 | 3,10 |
| Trot | 2 847 | 2,96 |
| Chevaux de trait | 3 280 | 2,51 |
| Sport-loisir | 8 297 | 2,12 |
| Ânes | 198 | 2,12 |
| Autres races | 1 773 | 1,99 |
| Origines constatées | 5 446 | 1,70 |
Les élevages les plus productifs sont ceux du galop et du trot. Logique : la course demande du volume, des installations et un suivi lourd. À l’autre bout, les origines constatées tournent à moins de deux poulains par site.
L’IFCE ajoute deux chiffres qui ferment le débat : 75 % des élevages déclarent un ou deux produits dans l’année, et seulement 9 % en déclarent plus de cinq. Autrement dit, l’élevage français, ce sont surtout des naisseurs qui font une jument par an, parfois deux.
Où se concentre l’élevage français
La géographie n’a pas bougé, elle. Quatre régions dépassent les 100 000 équidés : la Normandie, la Nouvelle-Aquitaine, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Pays de la Loire.
Sur le terrain de l’élevage professionnel, le trio de tête reste normand : Calvados, Orne et Manche concentrent la majorité des structures constituées en société. Le Maine-et-Loire et la Loire-Atlantique suivent.
Si tu cherches un naisseur près de chez toi, l’annuaire des élevages et haras les recense par région et par département.
Ce que ça veut dire si tu veux te lancer
Trois lectures sortent de ces chiffres.
- Le marché du loisir absorbe la production. Les segments qui montent sont ceux dont les poulains partent chez des particuliers, pas chez des entraîneurs. La demande est là.
- La concurrence est atomisée. Avec 2,61 poulains par élevage en moyenne, tu n’affrontes pas des industriels. Tu affrontes beaucoup de petits naisseurs.
- La course se contracte. Entrer aujourd’hui sur le trot ou le galop, c’est entrer sur un marché qui perd du volume depuis cinq ans. Ça ne l’interdit pas, ça change le calcul.
Sur le montage du projet lui-même, les statuts, les coûts et le calendrier de reproduction, on a déjà détaillé la marche à suivre dans notre guide pour réussir son projet d’élevage de chevaux. Côté technique, la gestation de la jument et le cycle des chaleurs conditionnent toute la planification de la saison.
Pour le cheval de trait, qui progresse de 9 % avec 8 247 naissances, cette hausse tient beaucoup au regain d’intérêt pour l’attelage et le débardage.

Ce que le poulain emporte le jour où il part
Un point que beaucoup de naisseurs découvrent tard : un poulain ne quitte pas son lieu de naissance sans papiers.

La réglementation impose l’identification de tout équidé, par transpondeur et par un document d’identification délivré par le SIRE, avant qu’il ne quitte l’élevage. Ce document contient le signalement, la filiation, le statut de l’animal au regard de la consommation humaine, et la partie où le vétérinaire consigne les vaccinations contre la grippe, le tétanos et la rhinopneumonie.
Il s’accompagne d’un volet qui donne à l’acheteur l’accès à son espace SIRE pour la gestion de propriété. Le changement de propriétaire doit y être déclaré. Toutes les démarches sont détaillées sur la page dédiée à l’IFCE et au fichier SIRE.
Le papier reste obligatoire. Rien ne le remplace. En revanche, remettre à l’acheteur un suivi numérique en plus du document officiel évite la boîte à chaussures de factures vétérinaires trois ans plus tard.
Questions fréquentes
Combien de chevaux naissent chaque année en France ?
55 692 équidés ont été immatriculés en 2024, toutes races confondues, selon les données SIRE de l’IFCE. Ce chiffre inclut les chevaux de selle, de course, de trait, les poneys et les ânes.
Combien y a-t-il d’élevages de chevaux en France ?
21 331 lieux d’élevage ont déclaré au moins une naissance en 2024. Les trois quarts d’entre eux déclarent un ou deux poulains seulement dans l’année.
Quel est le segment d’élevage qui progresse le plus ?
Les chevaux à origines constatées, avec 49 % de naissances en plus entre 2019 et 2024. Le sport-loisir suit avec 28 %. À l’inverse, le trot recule de 17 % et le galop de 7 %.
Un poulain vendu doit-il avoir des papiers ?
Oui. Tout équidé doit être identifié par transpondeur et disposer d’un document d’identification SIRE avant de quitter son lieu de naissance. Ce document accompagne l’animal toute sa vie et porte le suivi des vaccinations.
Sources
- IFCE, Chiffres clés 2025 de la filière équine française, données 2024 provisoires, source IFCE-SIRE.
- IFCE-OESC, effectifs d’équidés et détenteurs, d’après SIRE et enquête foncier.
- Annuaire ÉCUS 2025, Institut français du cheval et de l’équitation.







