Cette feuille d'Eugène Delacroix, conservée au musée Artizon de Tokyo, appartient au corpus des études équines que le peintre a menées toute sa carrière. Delacroix dessinait aux écuries, dans les manèges et sur les champs de courses, accumulant des postures qu'il réemployait ensuite dans ses grandes compositions. Ces études ne sont pas des exercices d'école mais la matière première de ses tableaux de bataille et de chasse.
Un peintre qui dessine d'après nature
Delacroix fréquentait les écuries parisiennes et, plus tard, les chevaux d'Afrique du Nord lors de sa mission diplomatique au Maroc en 1832.
Il notait des attitudes précises : un cheval qui se cabre, qui rue, qui baisse la tête, qui se roule. Ces feuilles servaient de répertoire, consulté au moment de composer une toile.
Ce que l'étude apporte au tableau
La peinture d'histoire du XIXe siècle exigeait des chevaux en mouvement violent, dans des postures rarement observables au repos.
Sans photographie, le peintre ne pouvait s'appuyer que sur la mémoire visuelle et sur ces croquis pris sur le vif. Les études de Delacroix expliquent la justesse anatomique de ses animaux, là où beaucoup de ses contemporains recopiaient des modèles antiques.
Avant la chronophotographie
Il faudra attendre les travaux d'Eadweard Muybridge en 1878 pour que le galop soit décomposé image par image et que les peintres découvrent que leurs représentations traditionnelles étaient fausses.
Delacroix, mort en 1863, n'a pas connu ces images. Ses chevaux relèvent donc d'une observation directe et d'une reconstruction mentale du mouvement, ce qui rend ses réussites d'autant plus remarquables.




