Cette aquarelle de Thomas Rowlandson, conservée au Yale Center for British Art, montre un attelage travaillant dans une sablière. Les chevaux tirent une charrette chargée sur un terrain meuble et en pente, situation parmi les plus exigeantes pour un attelage. La scène appartient aux études de travail que Rowlandson multipliait en marge de ses œuvres satiriques.
Tirer sur du sable
Un sol meuble multiplie la résistance au roulement. Sur une route dure, un cheval déplace plusieurs fois son poids ; sur du sable, la roue s'enfonce et l'effort augmente considérablement.
À cela s'ajoute la pente d'extraction : la charrette part chargée vers le haut. C'est le type de travail où l'on double l'attelage ou l'on réduit la charge, faute de quoi les chevaux s'épuisent en quelques rotations.
Le collier d'épaule, condition du travail lourd
Ces efforts ne sont possibles qu'avec un collier d'épaule, qui répartit la traction sur la musculature du poitrail sans comprimer la trachée.
Ce harnais, diffusé en Europe à partir du Moyen Âge, a multiplié la force utile du cheval par rapport au harnais de gorge antique, qui étranglait l'animal dès que l'effort augmentait. Le collier explique à lui seul une bonne part de l'essor du cheval de trait.
Rowlandson représente ces pièces avec assez d'exactitude pour qu'on distingue le collier, les traits et les reculements.
Les carrières locales
Chaque paroisse anglaise exploitait des sablières et gravières pour l'entretien de ses chemins, obligation qui pesait sur les habitants avant la généralisation des routes à péage.
Ces petits chantiers employaient peu d'hommes et quelques chevaux, sans registre ni comptabilité. Ils n'ont laissé presque aucune trace écrite, ce qui donne aux images de Rowlandson une valeur documentaire réelle sur un travail ordinaire et invisible.




