Cette aquarelle de Thomas Rowlandson, conservée au Yale Center for British Art et datée de 1800, montre un charretier en halte, son attelage arrêté près d'une auberge. La scène saisit le moment du repos, chevaux au piquet et conducteur attablé. Ces pauses obligées rythmaient le transport de marchandises sur les routes anglaises, à une époque où tout se déplaçait au pas.
Un métier réglé par la fatigue des bêtes
Le roulier ne fixait pas son rythme sur son propre endurance mais sur celle de ses chevaux. Un attelage lourd tient quelques heures de traction avant de devoir souffler.
Les étapes étaient donc courtes et les journées longues. Un trajet Londres-Manchester en chariot demandait plus d'une semaine, quand la malle-poste le couvrait en une trentaine d'heures.
La halte comme institution
Ces arrêts se faisaient toujours aux mêmes maisons, à des heures connues. Les aubergistes des routes de roulage vivaient de cette clientèle régulière.
La halte servait aussi d'échange d'informations : état des chemins, prix pratiqués, incidents. Avant la presse locale, le charretier était un vecteur d'information au moins autant qu'un transporteur.
Deux vitesses sur la même route
L'Angleterre de 1800 fait coexister deux mondes : la malle-poste qui court à douze ou quinze kilomètres par heure, et le chariot qui avance à cinq.
Ils empruntent les mêmes chaussées à péage et se croisent aux mêmes auberges. Rowlandson a représenté les deux, et cette juxtaposition dit l'état d'un pays où la vitesse devient un bien qui s'achète.




