La fourbure est infiniment plus facile à prévenir qu'à traiter. Une fois que P3 a basculé, les dommages sont souvent irréversibles. À l'inverse, les mesures de prévention sont simples, peu coûteuses, et efficaces.
1. Surveiller le poids et l'état corporel
Scorer l'état corporel de votre cheval tous les mois. Palpez les côtes, évaluez la crête d'encolure, la base de la queue. Un score supérieur à 3,5/5 (ou 7/9 sur l'échelle Henneke) est un signal d'alerte. Pesez régulièrement si un pont bascule est accessible. À défaut, utilisez un ruban de pesée.
2. Contrôler l'accès au pâturage
Calendrier saisonnier :
- Mars-avril : restriction nécessaire (fructanes augmentent)
- Mai-juin : pic de risque, accès limité ou panier obligatoire
- Juillet-août : risque modéré si pas de sécheresse
- Septembre-octobre : repousse automnale, deuxième pic
- Novembre-février : risque faible mais vigilance sur les jours de gel nocturne suivi de soleil
Mise à l'herbe progressive : Commencer par 15 à 30 minutes par jour, augmenter de 15 minutes tous les 3 jours. Pour les chevaux métaboliques : ne jamais dépasser 2 à 4 heures d'accès, avec panier.
3. Faire doser ACTH et insuline annuellement
Pour tout cheval de plus de 10 ans, ou pour les races à risque quel que soit l'âge. Un dosage annuel coûte 50 à 100 euros. Le meilleur moment : fin d'été ou automne (août-octobre) pour l'ACTH, et au printemps pour l'insuline.
4. Sécuriser l'accès aux réserves de grain
Un verrou solide sur la porte du local de stockage. Un cheval qui s'échappe et ingère 10 kg d'orge est en danger de mort. Les portes de box à loquet simple sont insuffisantes.
5. Limiter l'amidon et les sucres dans la ration
Pour les chevaux à risque : la teneur en ESC + amidon de la ration totale ne devrait pas dépasser 10% de la matière sèche. Pas de céréales, foin analysé ou trempé, compléments sans mélasse.
6. Exercice régulier adapté
L'exercice améliore la sensibilité à l'insuline de manière mesurable. Même 30 minutes de marche montée au pas, 5 jours par semaine, font une différence chez le cheval métabolique. Un cheval en crise de fourbure ne doit pas être travaillé.
7. Traiter le Cushing dès le diagnostic
Un cheval diagnostiqué PPID doit être mis sous pergolide sans attendre la première crise. Le traitement réduit le risque de fourbure significativement. L'attentisme est une erreur qui peut coûter cher.
8. Cryothérapie préventive en situation à risque
Si votre cheval est hospitalisé pour coliques sévères, chirurgie abdominale, rétention placentaire ou toute infection systémique grave, demandez la mise en place d'une cryothérapie préventive. Initiée avant l'apparition des signes, elle peut empêcher la fourbure.
9. Suivi maréchalerie régulier
Des pieds longs augmentent le levier sur les lamelles. Un parage régulier toutes les 6 à 8 semaines maintient les pieds courts et les forces mécaniques réparties de façon optimale.
10. Connaître les races à risque
Les poneys (Shetland, Welsh, New Forest, Connemara), les races ibériques (Criollo, Paso Fino), les races nordiques (Fjord, Islandais, Haflinger), les Arabes et les Morgan sont les plus concernés par la résistance à l'insuline.
11. Surveiller les signes subcliniques
Un cheval qui piétine au box, qui est légèrement raide au trot sur sol dur, ou qui présente un pouls digité discret après l'exercice mérite une attention particulière. Ces signes peuvent précéder une crise franche.
12. Éduquer l'entourage
Assurez-vous que toute personne qui s'occupe de votre cheval connaît les règles : pas de concentrés non autorisés, pas de friandises excessives, pas de mise au pré non planifiée, et sait reconnaître les signes pour appeler le vétérinaire.
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