L'alimentation n'est pas un complément du traitement de la fourbure, c'est le traitement. Dans 90% des cas, la fourbure est métabolique, et c'est le régime alimentaire qui contrôle la cause. Un cheval fourbu sous pergolide mais nourri aux céréales et mis au pré au printemps fourbira à nouveau.
Le foin trempé : la base du régime
Le foin de graminées trempé dans l'eau est la base alimentaire du cheval fourbu ou à risque. Le trempage dissout les sucres solubles et réduit la teneur en fructanes.
Technique : Immersion totale dans un bac d'eau froide pendant 30 à 60 minutes (ou 15 à 30 minutes en eau chaude). Égoutter soigneusement avant distribution. Distribuer dans les 4 heures après trempage. Ne pas réutiliser l'eau de trempage.
Résultat : Le trempage réduit la teneur en sucres solubles de 30 à 50%. Un foin naturellement riche en sucres (> 15%) restera trop sucré même après trempage.
Analyse de foin : Idéalement faire analyser son foin par un laboratoire agréé. Cible pour un cheval fourbu : ESC + amidon < 10% de la matière sèche. Les laboratoires comme Eurofins ou le LANO en France proposent ce service pour 30 à 60 euros.
Quantité de foin
Cheval au poids correct : 1,5 à 2% du poids vif en foin trempé par jour (pour un cheval de 500 kg : 7,5 à 10 kg).
Cheval obèse (objectif perte de poids) : 1,5% du poids vif cible, pas du poids actuel. Ne jamais descendre en dessous de 1,2% du poids actuel sans supervision vétérinaire : un cheval qui ne mange pas assez risque une hyperlipémie, une urgence métabolique mortelle, surtout chez les poneys.
Distribution : Fractionner en 3 à 4 repas minimum. Utiliser un filet à foin à petites mailles (3 à 4 cm). Le cheval ne devrait jamais rester plus de 4 à 6 heures sans fourrage.
Suppression des concentrés
Zéro céréale, zéro exception en phase aiguë. Pas d'orge, pas d'avoine, pas de maïs, pas de granulés à base de céréales, pas de muesli, pas de floconnés. L'amidon est converti en glucose, qui stimule la sécrétion d'insuline.
Après la phase aiguë, si le cheval a besoin de calories supplémentaires, les sources autorisées sont les fibres digestibles (pulpe de betterave non mélassée, luzerne modérée) et les matières grasses (huile de lin, huile de colza, 50 à 150 mL/jour).
Gestion du pâturage
Le pâturage est la source de sucres la plus dangereuse pour le cheval métabolique.
Périodes à haut risque : Printemps (avril-juin), automne (septembre-novembre), et toute période de stress végétal.
Périodes à moindre risque : Été chaud (herbe haute et mature), nuit et petit matin.
Solutions pratiques :
- Paddock sec : la solution la plus sûre
- Panier anti-herbe (grazing muzzle) : réduit l'ingestion de 75 à 80%
- Pâturage tardif (22h à 8h) sur herbe haute : le moins risqué
- Track system (paddock paradise) : un couloir périphérique qui encourage le mouvement
Complémentation
Le foin trempé perd une partie de ses minéraux. Une complémentation est nécessaire :
- CMV sans céréales ni mélasse, pas d'amidon, pas de fer en excès
- Sel : 20 à 30 g par jour
- Magnésium : 5 à 10 g/jour d'oxyde de magnésium
- Vitamine E : 1 000 à 2 000 UI/jour
- Biotine : 15 à 30 mg/jour pour soutenir la croissance de la corne
Aliments à surveiller
Les carottes et les pommes contiennent des sucres simples. Chez un cheval sévèrement dysrégulé, une carotte peut provoquer un pic d'insuline mesurable. En phase aiguë, on les supprime.
Cas du cheval maigre fourbu
C'est la situation la plus complexe. Les solutions : pulpe de betterave non mélassée trempée (0,5 à 1,5 kg/jour), huile végétale (100 à 200 mL/jour), luzerne modérée (200 à 500 g/jour), foin de bonne qualité non trempé si l'analyse montre un ESC + amidon < 10%.
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