Sous-dossier fourbure

Traitement

Le traitement de la fourbure repose sur quatre piliers simultanés : soulager la douleur, traiter la cause primaire, soutenir mécaniquement le pied et adapter l'alimentation. Aucun de ces piliers ne peut être négligé. Un traitement incomplet mène presque toujours à la récidive ou à l'aggravation.

Pilier 1 : La gestion de la douleur

La douleur de la fourbure aiguë est parmi les plus intenses que le cheval puisse ressentir. La contrôler est un impératif éthique, mais aussi un levier thérapeutique : un cheval qui souffre moins bouge moins, et chaque mouvement réduit exerce moins de force destructrice sur les lamelles.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : La phénylbutazone reste la plus utilisée en première intention (2,2 à 4,4 mg/kg/jour, en 2 prises). La flunixine méglumine est une alternative avec un meilleur effet anti-endotoxinique. Le méloxicam offre un meilleur profil de tolérance gastrique. Les AINS sont gastrotoxiques et les chevaux fourbus sont souvent traités sur des périodes longues ; l'association avec un gastroprotecteur (oméprazole) est recommandée pour les traitements dépassant 5 jours.

Paracétamol : De plus en plus utilisé comme adjuvant (20 mg/kg, 2 fois par jour) pour réduire les doses d'AINS. Bonne tolérance, pas d'effet gastrotoxique.

Gabapentine : Pour la composante neuropathique de la douleur chronique (5 à 20 mg/kg, 2 à 3 fois par jour). Particulièrement utile quand la douleur persiste malgré les AINS.

DMSO : Administré par voie intraveineuse (1 g/kg dilué) pendant les 48 à 72 premières heures pour ses propriétés anti-radicaux libres et anti-œdème. Utilisation hospitalière.

Anesthésie loco-régionale : Dans les cas réfractaires (Obel 4 qui ne répond pas aux AINS), un bloc nerveux palmar digital peut soulager temporairement. Attention : un cheval qui ne sent plus la douleur peut aggraver mécaniquement les lésions.

Pilier 2 : Traitement de la cause primaire

Sans traiter la cause, la fourbure revient. C'est la clé du pronostic à long terme.

Si Cushing (PPID) : Le pergolide (Prascend) est le traitement de référence. Dose initiale 2 µg/kg/jour. La dose est titrée par contrôles ACTH réguliers. C'est un traitement à vie. Les effets secondaires (baisse d'appétit transitoire) sont légers et résolutifs en quelques jours.

Si syndrome métabolique équin (SME) : Le pilier est le régime alimentaire strict et la perte de poids progressive. La métformine (15 à 30 mg/kg, 2 fois par jour) peut être prescrite en cas de dysrégulation insulinique réfractaire. L'exercice régulier améliore la sensibilité à l'insuline.

Si excès de grain : Traitement symptomatique de l'acidose intestinale : huile de paraffine par sonde naso-gastrique (2 à 4 litres), charbon activé, fluidothérapie intraveineuse. Surveillance intensive pendant 72 heures.

Si rétention placentaire : Extraction manuelle ou semi-manuelle du placenta, lavage utérin, antibiothérapie systémique, AINS, fluidothérapie. Cryothérapie préventive sur les pieds dès le diagnostic.

Pilier 3 : Support mécanique du pied

Le support du pied vise à réduire les forces qui tirent P3 vers le bas et à répartir la charge sur des structures saines. En phase aiguë : Styrofoam, bottes thérapeutiques, ou coussin de soutien de fourchette. En phase de récupération : la maréchalerie orthopédique prend le relais.

Pilier 4 : Alimentation

Le régime alimentaire est détaillé dans la sous-page alimentation. En résumé : supprimer tous les concentrés, foin trempé, pas d'accès au pâturage, complémentation minérale adaptée. Pour les chevaux obèses, programme de perte de poids progressive.

Durée du traitement

Il n'y a pas de durée fixe. La phase aiguë nécessite un traitement intensif pendant 2 à 4 semaines. La phase de récupération dure 3 à 12 mois selon la sévérité. Le traitement de la cause est à vie.

Pronostic

Le pronostic dépend de trois facteurs : la précocité du diagnostic, le degré de déplacement de P3, et la cause sous-jacente.

Quand la question de l'euthanasie se pose

C'est la discussion la plus difficile. Elle doit être envisagée quand la douleur n'est plus contrôlable malgré un traitement maximal, quand P3 a perforé la sole et que l'infection est incontrôlable, quand le cheval reste couché en permanence (risque de myopathie de décubitus), ou quand la qualité de vie est durablement compromise sans perspective d'amélioration.

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Axelle Vernhes Cappele

Page rédigée par Axelle Vernhes CappeleDirectrice editoriale, cavaliere pro CSO (FFE / FEI)

Cavalière professionnelle de saut d'obstacles au Haras du Forest (Bondues, 59), compétitions FFE et FEI.

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