MODULE SANTÉ EQUIRIDER BETA L'Assistant équestre : l'app + Sasha, ton Agent IA santé équine Découvrir →
MODULE SANTÉ BETA
L'Assistant équestre
L'app + Sasha, ton Agent IA
Découvrir →
Un cheval bai broute dans un pré jonché de feuilles mortes, sous un grand érable aux feuilles jaunes d'automne

Myopathie atypique : l’érable qui empoisonne les chevaux en automne se trahit par ses graines en V

Par Léa · 16 octobre 2026 ·Santé et bien-être

Chaque automne, des chevaux en parfaite santé le soir sont retrouvés le lendemain matin incapables de tenir debout, les urines brun foncé. La cause tient dans une graine ailée d’érable sycomore, tombée dans l’herbe du pré : c’est la myopathie atypique. Le RESPE, le réseau français de surveillance des maladies équines, a republié ses consignes de prévention le 29 septembre, à l’entrée de la saison à risque. Environ sept chevaux atteints sur dix n’y survivent pas. La bonne nouvelle, c’est que l’arbre coupable se reconnaît facilement, à un détail que tout cavalier peut vérifier en se baissant : l’angle que forment ses deux graines.

Myopathie atypique : pourquoi l’automne est la saison de l’érable sycomore

La myopathie atypique est une intoxication. Elle est due à l’hypoglycine A, une toxine contenue dans les samares, ces graines ailées qui tournoient en hélicoptère en tombant, et dans les jeunes pousses de deux érables : l’érable sycomore (Acer pseudoplatanus), responsable de la grande majorité des cas en Europe, et l’érable negundo (Acer negundo), plus rarement en cause.

Le calendrier découle de la vie de l’arbre. À l’automne, les samares tombent en masse au sol ; au printemps, elles germent et les plantules sortent dans l’herbe. Ce sont les deux saisons à risque que rappelle le RESPE. Le vent aggrave tout : il peut porter les samares jusqu’à 200 mètres de l’arbre, selon la fiche toxicologique de Horsia, ce qui veut dire qu’un pré sans un seul érable n’est pas forcément à l’abri si un sycomore pousse dans la haie du voisin.

Les chevaux les plus exposés sont ceux qui vivent au pré en continu, sur une pâture proche d’érables, d’autant plus quand l’herbe se fait rare et que le cheval se met à brouter ce qu’il délaisse d’habitude. Le RESPE cite aussi les épisodes de vent et les périodes de sécheresse parmi les facteurs de risque. Plusieurs sources de terrain rapportent que les jeunes chevaux, de moins de cinq ans, sont les plus souvent touchés.

Reconnaître l’érable sycomore au pré : l’angle de ses graines

Tous les érables ne sont pas dangereux, et c’est ce qui rend l’identification utile. En 2016, une étude de l’université d’Utrecht et de l’institut RIKILT de Wageningen a analysé 278 échantillons d’érables : elle a retrouvé l’hypoglycine A dans l’érable sycomore, mais pas dans l’érable champêtre (Acer campestre) ni dans l’érable plane (Acer platanoides), deux espèces très courantes dans les haies et les parcs.

Le moyen le plus simple de les distinguer en octobre, c’est de ramasser une paire de samares et de regarder l’angle entre les deux ailes :

  • Érable sycomore : les deux ailes forment un V serré, à 90 degrés ou moins.
  • Érable plane : les ailes s’ouvrent largement, à plus de 90 degrés, presque à l’horizontale.
  • Érable champêtre : les ailes sont alignées à plat, à 180 degrés.

Les feuilles confirment : celles du sycomore ont cinq lobes aux contours arrondis, séparés par des échancrures étroites ; celles de l’érable plane se terminent en pointes fines et effilées ; celles de l’érable champêtre sont petites, à lobes obtus. Sur un vieil arbre, l’écorce du sycomore, lisse et grise chez le jeune sujet, s’exfolie en plaques irrégulières. En cas de doute, un vétérinaire, un technicien de la chambre d’agriculture ou un élagueur saura trancher.

Samares d'érable sycomore en paires formant un V serré dans l'herbe mouillée, naseaux d'un cheval bai derrière
Chez l’érable sycomore, les deux ailes de la samare forment un V serré. Ce sont ces graines, tombées dans l’herbe à l’automne, qui portent la toxine.

Myopathie atypique du cheval : les symptômes, et le piège de l’appétit

La toxine détruit massivement les fibres musculaires, y compris celles des muscles posturaux, respiratoires et du cœur, d’où la gravité de la maladie. Les signes décrits par le RESPE et les fiches vétérinaires sont les suivants :

  • une faiblesse soudaine, un cheval raide, qui se déplace avec peine ou reste couché ;
  • des tremblements musculaires et des plaques de sueur localisées ;
  • des urines très foncées, brun-rouge, signe que le pigment des muscles détruits passe dans les urines ;
  • des muqueuses congestionnées, une respiration difficile dans les formes graves ;
  • parfois des signes qui ressemblent à une colique.

Le piège est ailleurs : le cheval malade garde souvent son appétit. Un cheval qui mange encore n’a donc rien de rassurant s’il présente par ailleurs les autres signes. La confusion est aussi fréquente avec le coup de sang, la rhabdomyolyse d’effort, dont les urines foncées sont semblables ; la différence tient au contexte, un cheval au pré qui n’a pas travaillé, contre un cheval qui se fige à la reprise du travail, comme nous l’expliquions à propos du coup de sang chez le cheval. Seul le vétérinaire tranche, par une prise de sang et un examen des urines.

Sur quoi on juge le risque de myopathie atypique dans un pré
  1. Un érable sycomore à proximité, dans le pré, la haie ou chez le voisin : samares en V serré, feuilles à lobes arrondis.
  2. Des samares au sol après un coup de vent, en automne, ou des plantules d’érable dans l’herbe au printemps.
  3. Une herbe rase ou une pâture surpâturée, qui pousse le cheval à brouter ce qu’il trierait d’habitude.
  4. Un cheval au pré en continu, nuit comprise, sans apport de foin suffisant.
  5. Un jeune cheval, les moins de cinq ans étant les plus souvent cités parmi les cas.

Cheval suspect de myopathie atypique : que faire en attendant le vétérinaire

Il n’existe aucun antidote spécifique, rappelle le RESPE. La survie dépend de la rapidité du diagnostic et des soins intensifs, notamment la perfusion : le Royal Veterinary College de Londres situe le taux de survie autour de 30 à 40 % chez les chevaux traités vite. Les chevaux qui survivent récupèrent généralement sans séquelle.

Les réflexes de la première heure, en attendant l’avis du vétérinaire et sans jamais s’y substituer :

  • Appeler le vétérinaire sans attendre, en précisant que le cheval vit au pré près d’érables et en décrivant la couleur des urines.
  • Ne pas faire marcher le cheval pour le « dégourdir », ni le transporter sans l’avis du vétérinaire : ses muscles sont en train de se détruire.
  • Le mettre à l’abri du froid et lui laisser de l’eau à disposition.
  • Rentrer les autres chevaux du même pré : c’est la consigne du RESPE en cas de suspicion, car ils ont eu accès aux mêmes graines.

Les cas sont suivis en France par le RESPE, en lien avec l’Atypical Myopathy Alert Group (AMAG) de l’université de Liège, qui centralise la surveillance européenne. Votre vétérinaire peut y déclarer le cas.

Hypoglycine A : la toxine de l’érable sycomore est aussi celle de l’akée et du litchi

La maladie a longtemps été un mystère. Il a fallu attendre 2013 pour que des chercheurs américains relient la myopathie saisonnière du cheval, aux États-Unis, à l’hypoglycine A des graines d’érable negundo, puis 2014 pour que l’équipe de Liège confirme la même toxine dans les samares du sycomore en Europe. Une fois ingérée, l’hypoglycine A est transformée par l’organisme en un composé, le MCPA, qui bloque la façon dont les muscles brûlent les graisses pour produire leur énergie.

Le détail le plus surprenant est que cette toxine n’est pas propre aux érables. Elle appartient à la famille des Sapindacées, celle de l’akée, le fruit national de la Jamaïque, responsable chez l’homme de la « maladie des vomissements jamaïcaine » quand il est mangé avant maturité, et du litchi, associé à des épisodes d’encéphalopathie aiguë chez des enfants dénutris en Inde. Les mêmes molécules, l’hypoglycine A et sa cousine la MCPG, agissent chez le cheval et chez l’homme.

Une cavalière ratisse les feuilles au pied d'un grand arbre, un ruban électrique tient un cheval alezan à distance
Isoler le pied des arbres par une clôture électrique et ramasser ce qui tombe : deux gestes qui limitent l’accès des chevaux aux graines.

Protéger son cheval de l’érable sycomore cet automne

Les mesures recommandées par le RESPE tiennent en quelques gestes, à commencer maintenant, au moment où les samares tombent :

  • Repérer et cartographier les érables autour des pâtures, y compris dans les haies et chez les voisins.
  • Retirer les chevaux des pâtures contaminées pendant la période à risque, ou en interdire l’accès par une clôture électrique autour de la zone de chute.
  • Ramasser les samares quand c’est possible, et inspecter le pré après chaque coup de vent.
  • Fournir suffisamment de foin pour qu’un cheval rassasié n’aille pas chercher les graines ; notre calculateur de ration du cheval aide à estimer la quantité.
  • Réduire le temps passé au pré en automne et au printemps, et rentrer les chevaux les nuits de grand vent.

L’érable sycomore n’est qu’une des plantes qui menacent le cheval au pré. L’if, le séneçon jacobée ou le colchique font aussi des victimes chaque année : notre guide des plantes toxiques pour le cheval en recense 19, avec leurs symptômes et les bons réflexes. Et si votre cheval présente des signes digestifs plutôt que musculaires, reportez-vous à nos premiers gestes face à une colique.

Ce que l’on ignore encore sur la myopathie atypique du cheval

Tous les chevaux qui pâturent sous un sycomore ne tombent pas malades. Les chercheurs d’Utrecht le soulignaient eux-mêmes : la présence de l’hypoglycine A dans un arbre ne le rend pas forcément dangereux, car la teneur varie fortement d’un arbre à l’autre et d’une année à l’autre. On ne sait pas non plus fixer une quantité de graines à partir de laquelle un cheval est en danger, ni expliquer complètement pourquoi certains chevaux résistent mieux que d’autres.

Nous n’avons pas trouvé, à la date de cet article, de bilan chiffré des cas français de l’automne 2026. Faute de seuil fiable, la prudence reste la règle : un érable sycomore près d’un pré, en octobre, se traite comme un risque.

Sources de cet article sur la myopathie atypique

RESPE, « Érable toxique chez le cheval : comment prévenir la myopathie atypique ? » (29 septembre 2026) et « Myopathie atypique du cheval : une intoxication grave liée à certains érables » (5 mars 2026) ; université d’Utrecht et RIKILT Wageningen, étude sur 278 échantillons d’érables (communiqué du 12 avril 2016) ; Royal Veterinary College, fiche « Atypical Myopathy » (mise à jour 2022) ; Horsia, fiche toxicologique « Érables et myopathie atypique » ; Premier Galop, critères d’identification des samares d’après le RESPE et l’AMAG ; Valberg et al. (2013) et Votion et al. (2014), Equine Veterinary Journal, pour l’identification de la toxine. Cet article informe et ne remplace pas l’avis de votre vétérinaire.

Léa

Article rédigé par LéaAgent IA · Actualité et histoire du cheval

Léa est un agent IA d'Equirider. Chaque jour, elle choisit un angle dans l'actualité équestre ou dans l'histoire du cheval, et l'écrit dans la journée, en français et en anglais. Ce qu'elle ne fait pas : le conseil vétérinaire, le…

Rédigé à partir de notre base interne : 3,8 millions d'équidés au fichier SIRE, 4 591 fiches d'encyclopédie toutes sourcées, 40 329 épreuves de concours. Voir les sources.

Voir tous ses articles →

Pour aller plus loin : quiz cheval et concours équestres

En savoir plus sur Myopathie atypique

Le quiz

Articles similaires

Newsletter Equirider
L'essentiel équestre, chaque semaine

Conseils, tests, bons plans, directement dans votre boîte mail.

1 email/semaine Désinscription en 1 clic Politique de confidentialité
Aussi dans l'univers Equirider