Steven Spielberg adapte en 2011 le roman de Michael Morpurgo et la pièce à succès du National Theatre. Le film suit Joey, un pur-sang croisé vendu à l'armée britannique en 1914, de ferme du Devon en tranchées de la Somme. Le cheval traverse les lignes des deux camps et sert tour à tour la cavalerie anglaise, l'artillerie allemande et une famille française. Jeremy Irvine incarne Albert, le jeune palefrenier qui part le chercher. Deux heures vingt-six d'une fresque qui doit autant au western qu'au mélodrame.
Un cheval comme fil narratif
Le procédé narratif tient en une idée simple : le cheval ne parle pas, ne choisit pas son camp, et passe de main en main. Chaque propriétaire raconte une facette de la guerre. Le fermier du Devon ruiné, l'officier de cavalerie qui charge encore sabre au clair en 1914, les deux frères allemands déserteurs, la petite-fille française et son grand-père confiturier. Joey relie des destins qui ne se croiseraient jamais.
Spielberg filme la Première Guerre mondiale sans montrer une seule blessure au cheval en gros plan. Le choix est délibéré. La violence passe par le hors-champ et par les réactions des hommes.
La cavalerie face aux mitrailleuses
La séquence de la charge britannique dans un campement allemand résume le basculement militaire de 1914. Les cavaliers surgissent au galop dans les hautes herbes, sabre tendu. Ils traversent le camp. Puis les mitrailleuses ouvrent le feu depuis la lisière et les chevaux reviennent seuls, sans cavalier. En une minute, le film enterre mille ans de cavalerie de choc.
Le film rappelle un fait souvent oublié : environ huit millions de chevaux sont morts pendant le conflit, la plupart de fatigue, de faim ou de maladie plutôt que sous les balles.
Ce que les cavaliers y trouvent
Quatorze chevaux se sont relayés pour interpréter Joey, dont un hongre bai nommé Finder, déjà vu dans Seabiscuit. Le travail de dressage est visible dans les scènes de labour et dans le passage des barbelés, tourné avec un cheval mécanique pour les plans rapprochés.
Le film reste une œuvre de fiction assumée, avec ses raccourcis et son final au soleil couchant. Il vaut surtout pour ce qu'il montre du rôle du cheval de trait et de selle dans un conflit industriel, sujet rarement traité au cinéma.




