Cette peinture d'Habiballah Savaji, conservée au Metropolitan Museum of Art de New York et datée vers 1600, représente un étalon seul, sans cavalier. L'artiste travaillait à Ispahan, à l'époque du shah Abbas Ier, dans la tradition de la miniature persane safavide. Le cheval y est traité comme un sujet à part entière, ce qui reste rare dans un art d'ordinaire consacré aux scènes de cour et aux illustrations de poèmes.
Le cheval sans son cavalier
La miniature persane montre habituellement le cheval dans une action : chasse, bataille, cortège princier. Ici, l'animal occupe seul la feuille.
Ce type d'étude isolée apparaît en Iran à la fin du XVIe siècle, quand les albums de collectionneurs, les muraqqa, valorisent la feuille unique plutôt que le manuscrit illustré.
Une esthétique de la ligne
Le trait cerne le corps d'un contour continu. L'encolure est exagérément arquée, le chanfrein busqué, les membres fins et la croupe ronde.
Cette morphologie idéalisée renvoie au cheval turkmène et à ses descendants, notamment l'akhal-téké, dont la région d'élevage bordait le monde safavide. Elle vaut moins comme portrait d'un animal réel que comme canon esthétique.
Ispahan sous Abbas Ier
Le règne d'Abbas Ier, de 1588 à 1629, marque l'apogée de l'atelier royal safavide. La capitale est transplantée à Ispahan, dotée de sa grande place, le Meydan, où se disputaient des parties de polo.
Le cheval est central dans cette culture de cour, à la fois monture militaire, animal de sport et sujet de poésie. Le Metropolitan conserve plusieurs feuilles de cette période, souvent signées ou attribuées à des peintres identifiés, ce qui est nouveau à cette époque.



