Ce projet de plafond de Gustave Moreau, conservé au département des arts graphiques du musée du Louvre et daté de 1878, illustre la chute de Phaéton. Le fils d'Hélios a obtenu de conduire le char du Soleil, s'est révélé incapable de maîtriser l'attelage, et tombe foudroyé par Zeus. Les quatre chevaux solaires se disloquent dans le vide, entraînant le char et le conducteur.
Un mythe de l'attelage impossible
Le récit d'Ovide dans les Métamorphoses est explicite : Phaéton ne sait pas mener. Les chevaux sentent une main inexpérimentée, quittent leur route et brûlent la terre.
C'est l'un des rares mythes antiques où le cheval joue le rôle central. La faute n'est pas d'avoir volé le char mais de n'avoir pas su tenir les rênes, distinction que la tradition antique prenait au sérieux.
Une composition en chute libre
Moreau organise le dessin selon une diagonale descendante. Les chevaux, encore attelés, partent dans quatre directions différentes, ce qui rend visible la rupture du contrôle.
Le projet était destiné à un plafond, donc à être vu depuis le sol. Cette contrainte explique le point de vue en contre-plongée extrême et l'absence de ligne d'horizon.
Moreau et le détail ornemental
Gustave Moreau accumule les harnachements précieux, les rayons, les volutes de feu. Ses chevaux solaires ne sont pas des animaux mais des créatures d'orfèvrerie.
Ce traitement le distingue des peintres académiques de son temps. Le musée Gustave-Moreau à Paris, installé dans son ancien atelier, conserve des centaines de dessins préparatoires qui montrent comment il construisait ces compositions par accumulation.


