Arnold Böcklin peint en 1896 cette allégorie conservée aux collections d'art de Dresde. Des cavaliers surgissent d'un ciel enflammé au-dessus d'une ville en flammes. Le peintre suisse, connu pour son Île des morts, y reprend le motif des cavaliers de l'Apocalypse dans une manière sombre et frontale. L'œuvre est souvent lue comme un pressentiment des conflits du siècle suivant.
Les cavaliers de l'Apocalypse revisités
Le texte de l'Apocalypse décrit quatre cavaliers montés sur des chevaux de couleurs distinctes, associés à la conquête, à la guerre, à la famine et à la mort.
Böcklin ne suit pas la lettre du texte. Il compose un groupe compact, sans distinguer les attributs traditionnels, ce qui rend l'image moins narrative et plus menaçante. Le spectateur ne peut pas identifier chaque figure, seulement subir l'ensemble.
Un peintre du symbolisme germanique
Böcklin appartient à cette génération qui délaisse l'anecdote historique au profit de l'allégorie. Ses œuvres les plus connues, dont les cinq versions de l'Île des morts, jouent du silence et de l'attente.
La Guerre appartient à sa dernière période, plus violente. Elle a été peinte alors que l'Europe accumulait les tensions qui déboucheront sur 1914, et une partie de sa réception ultérieure tient à cette coïncidence.
Le cheval comme véhicule du désastre
Dans toute l'iconographie apocalyptique, le cheval sert à figurer la vitesse de la calamité. Elle ne marche pas, elle galope, et l'on ne peut pas la devancer.
Böcklin conserve ce ressort tout en supprimant le sol : ses chevaux avancent dans la fumée, sans appui visible. L'effet suspend le mouvement et rend la menace permanente plutôt qu'imminente, ce qui est plus inquiétant qu'une charge identifiable.



