Diego Vélasquez peint vers 1634 cette scène de la guerre de Quatre-Vingts Ans, conservée au musée du Prado. Le gouverneur hollandais Justin de Nassau remet les clés de Breda au général génois Ambrogio Spinola, en 1625. Au premier plan à droite, un cheval bai vu de dos occupe une part considérable de la toile. L'œuvre est aussi connue sous le nom des Lances, pour la forêt de piques qui domine la scène.
Une reddition sans humiliation
Vélasquez rompt avec la tradition du tableau de victoire. Spinola ne laisse pas le vaincu s'agenouiller : il pose la main sur son épaule, dans un geste qui égalise les deux hommes.
Cette retenue est le sujet réel du tableau. La grandeur espagnole s'y mesure à sa courtoisie plus qu'à sa force, ce qui en fait une œuvre politique autant que militaire.
Le cheval de dos, au premier plan
Le choix le plus discuté du tableau est ce cheval bai placé à droite, croupe tournée vers le spectateur, tête baissée.
Aucun peintre de bataille n'aurait consacré une telle surface à l'arrière-train d'un cheval. Vélasquez l'utilise comme une masse sombre qui ferme la composition, équilibre la forêt de lances et ramène le regard vers le centre.
Le procédé rappelle les repoussoirs de la peinture flamande, employés ici avec une audace inhabituelle.
Une scène reconstituée
Vélasquez n'a pas assisté à la reddition, survenue neuf ans avant l'exécution du tableau. Il s'est appuyé sur des gravures, des récits et sur sa connaissance de Spinola, rencontré lors d'un voyage en Italie.
Le tableau appartient à la série peinte pour le Salón de Reinos du palais du Buen Retiro, à Madrid, ensemble consacré aux victoires espagnoles. Il en est resté la pièce la plus célèbre.



