Umberto Boccioni peint en 1910 cette grande toile conservée au Museum of Modern Art de New York. Au centre, un cheval de trait rouge, gigantesque et flou, tire dans un chantier de banlieue milanaise pendant que des hommes s'accrochent à lui. C'est l'une des premières œuvres majeures du futurisme italien, mouvement qui exalte la vitesse et la machine, et qui donne pourtant ici le rôle principal à un animal.
Un cheval au cœur du manifeste de la vitesse
Le futurisme célèbre l'automobile, l'usine et l'électricité. Boccioni place pourtant au centre de sa toile un cheval de trait, force animale employée sur les chantiers.
La contradiction n'est qu'apparente. Le cheval représente ici l'effort brut qui construit la ville moderne, avant que la machine ne le remplace. Il est peint comme une turbine de chair.
La dissolution des contours
Boccioni applique des touches divisées, longues et orientées, qui brouillent la limite entre l'animal, les hommes et l'air.
Cette technique, héritée du divisionnisme italien, sert un propos futuriste : rendre le mouvement en refusant les contours fixes. Le cheval n'a pas de silhouette nette, il est un flux d'énergie qui traverse la toile.
Le rouge dominant, non naturaliste, accentue la sensation de chaleur et d'effort.
Milan en chantier
L'arrière-plan montre des échafaudages, des cheminées et des immeubles en construction, dans la périphérie industrielle de Milan au début du XXe siècle.
Boccioni avait d'abord intitulé l'œuvre Le Travail. Le titre définitif déplace l'accent de l'effort humain vers la croissance urbaine. Le tableau mesure plus de deux mètres sur trois, échelle qui place le spectateur au niveau des sabots.




