Cette œuvre attribuée à Bruno di Giovanni, peintre florentin du XIVe siècle, représente le martyre de la légion thébaine. Soldats et cavaliers y exécutent la sentence. L'artiste est surtout connu par la mention qu'en fait Giorgio Vasari dans ses Vies, où il apparaît comme un compagnon de Buffalmacco, figure du monde des ateliers florentins du Trecento.
La légion thébaine
La tradition chrétienne raconte qu'une légion romaine recrutée en Égypte, commandée par Maurice, refusa d'exécuter des chrétiens et fut décimée puis exterminée.
L'épisode aurait eu lieu à Agaune, dans l'actuel Valais suisse, où une abbaye fut fondée sur le lieu supposé du massacre. L'historicité en est discutée depuis longtemps, mais le récit a nourri une iconographie abondante dans tout l'arc alpin.
Peindre le pouvoir à cheval
Dans ces scènes, la distinction entre bourreaux et victimes passe souvent par la monture : les officiers commandent à cheval, les martyrs sont à pied et désarmés.
Cette convention n'est pas propre à la peinture religieuse. Elle vient directement de l'imagerie impériale romaine, où l'empereur à cheval domine les vaincus prostrés. Le christianisme médiéval l'a reprise en inversant les valeurs : celui qui est en bas devient celui qui a raison.
Vasari et les peintres oubliés
Bruno di Giovanni doit sa survie documentaire aux Vies des meilleurs peintres publiées par Vasari en 1550 puis 1568.
Vasari y mêle informations d'archives, souvenirs d'atelier et anecdotes plaisantes, ce qui rend son témoignage précieux et incertain à la fois. Pour les peintres mineurs du Trecento, il constitue parfois la seule source, et les attributions qui en découlent restent régulièrement discutées par les historiens de l'art.




