Cette aquarelle de Paul Sandby, conservée au Yale Center for British Art et datée de 1758, met en scène une diseuse de bonne aventure entourée de curieux, dans un décor de campagne où figurent chevaux et attelages. Sandby, souvent appelé le père de l'aquarelle anglaise, mêle ici la scène de genre et le paysage topographique dont il a fait sa spécialité.
Un topographe devenu paysagiste
Paul Sandby a commencé comme dessinateur militaire, chargé de relever les Highlands d'Écosse après la rébellion jacobite de 1745.
Cette formation explique la précision de ses vues : il sait mesurer un terrain, situer un bâtiment, rendre une pente. Il transposera ensuite cette rigueur dans une aquarelle destinée au marché de l'art plutôt qu'à l'état-major.
Les gens du voyage dans l'imagerie anglaise
La figure de la diseuse de bonne aventure appartient au répertoire pittoresque du XVIIIe siècle, aux côtés du colporteur et du mendiant.
Ces représentations relèvent plus de la convention que de l'observation ethnographique. Elles disent surtout le regard des commanditaires sur des populations mobiles, dont le cheval et la roulotte étaient le mode de vie et le moyen de subsistance.
L'aquarelle comme technique anglaise
L'aquarelle devient au XVIIIe siècle une spécialité britannique, portée par la demande de vues topographiques et par la facilité de transport du matériel.
Sandby en fixe les usages : lavis superposés, réserves de blanc, rehauts de gouache. Il ouvre la voie à Girtin, Cotman et Turner, qui feront de cette technique un art majeur en Angleterre au siècle suivant.




