Cette aquarelle de Thomas Rowlandson, conservée au Yale Center for British Art et datée de 1795, montre des prisonniers français en liberté surveillée à Bodmin, en Cornouailles. Pendant les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, les officiers capturés pouvaient circuler librement dans une ville désignée, en échange de leur parole d'honneur de ne pas s'évader. Chevaux et voitures rythment cette vie de bourg.
Le système de la parole d'honneur
La captivité sur parole était réservée aux officiers. Ils logeaient en ville chez l'habitant, touchaient une allocation, et devaient se présenter régulièrement à un officier britannique.
Les règles limitaient leurs déplacements à un rayon d'un mile autour de la ville et interdisaient de sortir après le coucher du soleil. Rompre sa parole était considéré comme un déshonneur majeur, y compris par son propre camp.
Des villes de garnison inversées
Une cinquantaine de villes anglaises ont accueilli des prisonniers sur parole. Leur présence transformait l'économie locale : ils louaient des chambres, achetaient, enseignaient parfois le français ou l'escrime.
Bodmin, chef-lieu de Cornouailles, en faisait partie. La scène de Rowlandson montre cette cohabitation, entre curiosité et méfiance.
Le cheval dans une ville de province
Chaises, charrettes et montures occupent l'arrière-plan. Dans une bourgade comme Bodmin, tout déplacement au-delà du village dépendait du cheval.
Les prisonniers, limités dans leurs mouvements, n'en disposaient pas librement. Cette différence de mobilité, discrète dans l'image, dit l'essentiel de leur condition : libres de leurs journées, retenus par la géographie.




