Cette aquarelle de Paul Sandby, conservée au Yale Center for British Art et datée de 1783, représente une vue du village de Charlton, dans le Kent, alors en périphérie de Londres. Cavaliers et attelages animent le chemin. La feuille relève du paysage topographique anglais, genre dont Sandby a fixé les conventions et qu'il a fait passer du relevé militaire au tableau de collection.
Le paysage topographique, un genre anglais
Le principe est de représenter un lieu identifiable avec exactitude : un village, un château, une vallée, reconnaissables par ceux qui les connaissent.
Le marché existait : propriétaires terriens souhaitant une vue de leur domaine, éditeurs publiant des recueils gravés, amateurs collectionnant les vues de leur comté. Ce commerce a nourri des générations d'aquarellistes britanniques et explique le volume considérable de vues anglaises conservées aujourd'hui.
Charlton avant l'expansion urbaine
Au XVIIIe siècle, Charlton est un village du Kent, à quelques milles à l'est de Londres, dominé par son manoir jacobéen, Charlton House, encore debout aujourd'hui.
Il sera absorbé par l'agglomération au siècle suivant, quand le chemin de fer et les docks transformeront tout le sud-est londonien. Ces aquarelles constituent donc un état des lieux avant transformation, précieux pour l'histoire urbaine du Grand Londres.
Les figures comme échelle
Les cavaliers et les charrettes placés sur le chemin ne racontent rien. Ils donnent la mesure du bâti et de la largeur praticable de la route.
C'est une convention du genre, héritée du dessin d'architecture, où l'on place toujours une silhouette pour rendre les proportions lisibles. Elle a l'avantage secondaire de documenter, sans intention, les véhicules et les usages de circulation d'une époque donnée, ce qui en fait une source pour l'histoire des transports.




