Encyclopedie sante equine

Maladie de CushingPPID chez le cheval

Comprendre, diagnostiquer et traiter le dysfonctionnement de la pars intermedia de l'hypophyse , la maladie endocrinienne la plus fréquente du cheval âgé.

20 à 30%
des chevaux de plus de 15 ans
Pergolide
traitement a vie
50%
risque de fourbure sans traitement
Depistage recommande

Le Cushing est sous-diagnostiqué. Beaucoup de chevaux sont traités trop tard, après la première crise de fourbure. Un dosage ACTH annuel à partir de 10 ans permet un diagnostic précoce et un traitement avant les complications irréversibles.

01 , Comprendre

Qu'est-ce que le PPID

Le PPID (Pituitary Pars Intermedia Dysfunction) , anciennement appelé syndrome de Cushing équin , est une maladie endocrinienne dégénérative causée par un adénome (tumeur bénigne) de la pars intermedia de l'hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau.

Cet adénome produit en excès plusieurs hormones, dont l'ACTH (hormone adrénocorticotrope) et d'autres peptides dérivés de la POMC (pro-opiomélanocortine). L'excès d'ACTH stimule les glandes surrénales, qui sécrètent davantage de cortisol , l'hormone du stress. C'est le cortisol chroniquement élevé qui provoque la cascade de symptômes : hirsutisme, fonte musculaire, immunodépression, et surtout dysrégulation de l'insuline menant à la fourbure.

Le PPID est la maladie endocrinienne la plus fréquente du cheval âgé. Sa prévalence augmente fortement avec l'âge : environ 15% des chevaux de plus de 15 ans et jusqu'à 30% au-delà de 20 ans sont touchés. Mais la maladie peut débuter dès 7 à 10 ans dans ses formes précoces.

Cushing equin vs cushing humain

Chez l'humain, le syndrome de Cushing est causé par un excès de cortisol (souvent iatrogène). Chez le cheval, le PPID est causé par un adénome hypophysaire qui produit un excès d'ACTH. Le mécanisme est différent, d'où le changement de nomenclature vers "PPID" , mais le terme "Cushing" reste utilisé dans la pratique courante.

02 , Physiopathologie

L'hypophyse : comprendre le dérèglement

L'hypophyse est une glande de la taille d'un petit pois, située à la base du cerveau. Elle est divisée en trois parties : la pars distalis (partie antérieure), la pars intermedia (partie intermédiaire) et la pars nervosa (partie postérieure).

Normalement, la pars intermedia est régulée par la dopamine, un neurotransmetteur produit par l'hypothalamus. La dopamine freine l'activité des cellules mélanotropes de la pars intermedia. Dans le PPID, les neurones dopaminergiques de l'hypothalamus dégénèrent progressivement , ils perdent leur capacité à produire de la dopamine. Sans ce frein, les cellules mélanotropes prolifèrent de façon incontrôlée, formant un adénome.

Cet adénome sécrète en excès plusieurs peptides : ACTH, alpha-MSH, bêta-endorphine, CLIP. L'ACTH stimule la sécrétion de cortisol par les surrénales. Le cortisol chroniquement élevé dérègle le métabolisme du glucose, affaiblit le système immunitaire, et provoque une résistance à l'insuline , le mécanisme direct de la fourbure.

Pourquoi la dopamine disparaît

La dégénérescence des neurones dopaminergiques est un processus lié à l'âge, aggravé par le stress oxydatif. C'est un mécanisme similaire à celui de la maladie de Parkinson chez l'humain (qui implique aussi une perte de neurones dopaminergiques, dans une autre région du cerveau). Cette analogie explique pourquoi le traitement du PPID fait appel au pergolide , un agoniste dopaminergique également utilisé dans le Parkinson humain.

03 , Signes cliniques

Reconnaître les symptômes

Les symptômes du PPID sont variés et d'installation progressive. Dans les stades précoces, les signes sont subtils et souvent attribués au vieillissement normal. Dans les stades avancés, le tableau clinique est caractéristique.

Signes précoces (souvent manqués)

Signes avancés (tableau classique)

Le piege du "cheval qui vieillit"

Beaucoup de propriétaires attribuent les premiers signes au vieillissement normal : "il mue moins bien", "il a moins de muscle", "il transpire facilement". Ces signes sont justement ceux du PPID débutant. Un cheval âgé en bonne santé mue normalement. Un retard de mue chez un cheval de plus de 10 ans mérite un dosage ACTH.

04 , Diagnostic

Diagnostic : dosage ACTH et tests

ACTH basale : le test de première intention

Le dosage de l'ACTH plasmatique basale est le test le plus utilisé. Un simple prélèvement sanguin envoyé au laboratoire. L'ACTH est élevée chez les chevaux atteints de PPID car l'adénome en sécrète en excès.

La saisonnalité de l'ACTH

C'est le piège diagnostique principal. Tous les chevaux , sains et malades , ont une ACTH qui augmente en automne (pic en septembre-octobre). Les seuils diagnostiques doivent donc être ajustés à la saison. Un résultat de 50 pg/mL en mars est clairement anormal, mais le même résultat en septembre peut être normal.

L'automne est en fait la meilleure période pour dépister un PPID débutant : la différence entre un cheval sain (augmentation modérée) et un cheval PPID (augmentation exagérée) est plus marquée qu'au printemps.

Test de stimulation TRH

Le test TRH est plus sensible que l'ACTH basale pour les stades précoces. On injecte 1 mg de TRH (thyrotropin-releasing hormone) par voie intraveineuse et on dose l'ACTH 10 minutes après. Chez un cheval PPID, la réponse est exagérée (ACTH post-TRH > 110-200 pg/mL selon les protocoles).

Ce test est réservé aux cas douteux (ACTH basale dans la zone grise) ou aux stades très précoces. Il est plus coûteux et nécessite une manipulation intraveineuse.

Bilan complémentaire

PériodeACTH normaleZone griseSuggestif PPID
Décembre à juin< 29 pg/mL29-35 pg/mL> 35 pg/mL
Juillet à novembre< 47 pg/mL47-100 pg/mL> 100 pg/mL
05 , Traitement

Traitement au pergolide

Le pergolide est le seul traitement du PPID ayant une AMM vétérinaire. C'est un agoniste dopaminergique : il mime l'action de la dopamine qui fait défaut, et freine ainsi la sécrétion excessive d'ACTH par l'adénome hypophysaire.

Le pergolide (Prascend)

Effets secondaires

Le pergolide est généralement bien toléré. Les effets secondaires les plus fréquents sont transitoires :

C'est un traitement à vie

Le pergolide ne guérit pas le PPID , il le contrôle. L'arrêt du traitement entraîne un retour des symptômes et du risque de fourbure en quelques semaines. Le PPID est une maladie dégénérative progressive : la dose de pergolide augmente généralement avec le temps.

Coût

Le Prascend coûte environ 50 à 80 euros par mois à la dose standard de 1 mg/jour. C'est un investissement significatif, mais il est à mettre en balance avec le coût d'un traitement de fourbure (2 000 à 6 000 euros la première année) et la souffrance évitée.

06 , Nutrition

Alimentation du cheval Cushing

L'alimentation du cheval PPID suit les mêmes principes que celle du cheval métabolique, car la dysrégulation de l'insuline est le risque principal :

Le cheval PPID perd souvent de la masse musculaire. Pour compenser sans aggraver la résistance à l'insuline, apporter des protéines de qualité (luzerne en quantité contrôlée, graines de soja, tourteau de lin) et des calories via les matières grasses (huile de lin, 100 à 200 ml/jour).

Cushing maigre vs cushing obese

Tous les chevaux PPID ne sont pas obèses. Beaucoup perdent du muscle et maigrissent. La stratégie alimentaire diffère : le cheval maigre PPID a besoin de plus de calories (fibres digestibles, huiles, protéines) tout en évitant les sucres et l'amidon. Le cheval obèse PPID cumule PPID et SME et nécessite un régime restrictif avec suivi du poids.

07 , Fourbure

Cushing et fourbure : le lien critique

La fourbure est la complication la plus grave du PPID. Environ 50% des chevaux PPID non traités développeront une fourbure au cours de leur vie. Le mécanisme est la dysrégulation de l'insuline : le cortisol élevé provoque une résistance à l'insuline, l'insuline monte en flèche après les repas, et l'hyperinsulinémie est directement toxique pour les lamelles du pied.

Le traitement au pergolide réduit significativement le risque de fourbure en normalisant l'ACTH et en améliorant la sensibilité à l'insuline. Mais le pergolide seul ne suffit pas toujours : le régime alimentaire (zéro amidon, foin trempé, pâturage restreint) et la maréchalerie régulière sont les compléments indispensables.

Chez un cheval PPID qui a déjà fourbu, la triple approche pergolide + régime + maréchalerie est obligatoire. La prévention de la récidive est l'objectif quotidien.

08 , Complications

Autres complications

09 , Gestion quotidienne

Gestion quotidienne

  1. Pergolide tous les jours, sans exceptionL'oubli d'une dose ponctuelle n'est pas grave, mais les interruptions régulières compromettent le contrôle de la maladie.
  2. Tonte régulièreLe cheval hirsute souffre de la chaleur. Tondre au moins 2 fois par an (printemps et été) et couvrir en hiver si nécessaire.
  3. Dentisterie annuelleLe PPID favorise les infections dentaires. Examen buccal annuel obligatoire.
  4. Vaccination et vermifugation adaptéesLe système immunitaire affaibli nécessite un programme rigoureux. Coproscopies quantitatives tous les 3 mois.
  5. Surveillance quotidienne des piedsPalpation du pouls digité, observation de la démarche. Toute anomalie = appel vétérinaire.
  6. Exercice adaptéLe mouvement améliore la sensibilité à l'insuline. Même un cheval âgé PPID bénéficie de 20 à 30 minutes de marche quotidienne.
  7. Maréchalerie régulièreToutes les 6 à 8 semaines. Des pieds bien entretenus réduisent le risque de fourbure mécanique.
  8. Contrôles ACTH réguliersTous les 6 mois la première année, puis annuellement. Adapter la dose de pergolide en conséquence.
10 , Depistage

Dépistage et prévention

Le PPID ne se prévient pas , c'est une maladie dégénérative liée à l'âge. Mais ses complications (fourbure, infections) se préviennent par un diagnostic précoce et un traitement rapide.

Recommandations de dépistage :

Le coût du dépistage annuel est de 50 à 100 euros (consultation + prélèvement + analyse). C'est dérisoire comparé au coût d'une fourbure.

Questions fréquentes

Il n'y a pas de preuve d'une transmission génétique directe du PPID. C'est une maladie dégénérative liée au vieillissement des neurones dopaminergiques. Cependant, certaines races semblent plus touchées (poneys, Morgan), ce qui suggère une composante génétique de susceptibilité.
Oui, si le PPID est contrôlé par le pergolide et qu'il n'y a pas de fourbure active. Beaucoup de chevaux PPID sous traitement mènent une vie active avec un travail adapté à leur âge et leur condition. L'exercice est même bénéfique car il améliore la sensibilité à l'insuline.
Sans traitement, le PPID progresse inexorablement. L'hirsutisme s'aggrave, la fonte musculaire s'accentue, les infections se multiplient, et le risque de fourbure atteint 50%. La qualité de vie se dégrade progressivement. Le pergolide n'est pas optionnel , c'est un traitement qui change fondamentalement le pronostic.
Le pergolide est utilisé chez le cheval depuis plus de 20 ans avec un excellent profil de sécurité à long terme. Les effets secondaires sont rares et généralement limités aux premiers jours (baisse d'appétit transitoire). Aucun effet secondaire cumulatif grave n'a été documenté en utilisation chronique.
Un cheval PPID diagnostiqué tôt et correctement traité peut vivre de nombreuses années. Le PPID en lui-même ne réduit pas significativement l'espérance de vie si les complications (fourbure, infections) sont prévenues. Beaucoup de chevaux PPID sous pergolide vivent confortablement jusqu'à 25-30 ans.

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Bernard Bourdon

Page rédigée par Bernard BourdonSpecialiste Races de chevaux

Éleveur amateur et passionné des races équines, Bernard étudie depuis vingt ans les origines, caractères et morphologies des races françaises et étrangères. Il a parcouru les haras, foires et salons spécialisés pour documenter les singularités de chaque race. Sur Equirider,…

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Article relu et validé éditorialement par Jean-Thierry, redacteur en chef Equirider.

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