Publié en 2006, ce roman de Katherine Roberts raconte la conquête d'Alexandre le Grand du point de vue de son cheval Bucéphale. Le récit couvre les campagnes de Macédoine jusqu'aux Indes, vues à hauteur d'animal. Le procédé permet à l'autrice de traiter la guerre antique sans le filtre héroïque habituel, et de rappeler ce que ces campagnes ont coûté aux montures.
Bucéphale
La tradition rapporte qu'Alexandre, âgé d'une douzaine d'années, fut le seul à pouvoir monter un cheval que personne ne maîtrisait, ayant compris qu'il avait peur de sa propre ombre.
L'anecdote vient de Plutarque et reste le récit de débourrage le plus célèbre de l'Antiquité. Bucéphale accompagna Alexandre pendant près de vingt ans et mourut en 326 avant notre ère, après la bataille de l'Hydaspe. Alexandre fonda une ville en son nom, Boukephala, sur les rives de l'actuel Jhelum au Pakistan.
La cavalerie macédonienne
Alexandre devait ses victoires à la combinaison de la phalange, qui fixait l'ennemi, et de la cavalerie des Compagnons, qui frappait le point faible.
Ces cavaliers combattaient sans étriers, inconnus en Europe avant le haut Moyen Âge, ce qui rendait le choc à la lance beaucoup plus délicat qu'on ne l'imagine. La tenue reposait sur les jambes, la selle rudimentaire et un long apprentissage.
Raconter par les yeux du cheval
Le choix du narrateur animal a une longue histoire dans la littérature équestre, depuis Black Beauty publié en 1877.
Il produit un effet de décalage utile : le cheval ne comprend pas les enjeux politiques, il enregistre la fatigue, la soif, les blessures et la mort des compagnons. Appliqué à une campagne militaire de onze ans, ce point de vue rend visible le coût logistique et animal d'une conquête que les sources antiques racontent en termes de gloire.




