Cette fresque de Piero della Francesca, peinte vers 1458 dans la basilique San Francesco d'Arezzo, appartient au cycle de la Légende de la Vraie Croix. Elle représente l'affrontement entre l'empereur byzantin Héraclius et le roi perse Chosroès II. Le mur est saturé de cavaliers, de lances et de chevaux enchevêtrés, sans ciel visible. C'est l'une des batailles les plus denses de la peinture du Quattrocento.
Une mêlée sans profondeur de ciel
Piero remplit toute la surface de corps et d'armes. Contrairement à ses autres fresques, très aérées, celle-ci ne laisse presque aucun vide.
Le procédé traduit la confusion du combat rapproché. Les chevaux y sont vus de face, de trois quarts, de dos, jambes croisées avec celles des voisins, ce qui empêche l'œil de suivre un seul animal.
Un épisode historique et légendaire
La Légende de la Vraie Croix, popularisée par la Légende dorée, raconte comment la croix du Christ fut retrouvée puis reprise aux Perses par Héraclius en 628.
L'affrontement peint ici n'a pas eu lieu sous cette forme : la tradition médiévale a transformé une campagne militaire en duel entre deux souverains. Piero peint le récit tel qu'on le racontait, non tel qu'il s'est déroulé.
Le cheval comme masse géométrique
Piero della Francesca était aussi mathématicien, auteur d'un traité sur la perspective. Ses chevaux sont construits comme des volumes simples, cylindres et sphères, avant d'être habillés de détails.
Cette approche donne à ses animaux une solidité particulière, très différente du naturalisme nerveux d'un Uccello. Le cycle d'Arezzo reste l'un des ensembles les plus étudiés de la Renaissance italienne.




