Peinte en 1775, <em>Mares and Foal</em> de Sawrey Gilpin appartient à la période la plus féconde de cet artiste britannique spécialisé dans la représentation animalière. Conservée aujourd'hui au Centre d'art britannique de Yale, cette toile illustre avec sensibilité la relation entre juments et poulain, thème de prédilection de Gilpin, qui sut élever la peinture équestre au rang de genre artistique à part entière dans l'Angleterre du XVIIIe siècle.
Sawrey Gilpin et la peinture animalière britannique
Sawrey Gilpin (1733-1807) occupe une place singulière dans l'histoire de l'art britannique. Formé auprès de Samuel Scott, peintre de marines, il choisit très tôt de consacrer l'essentiel de son oeuvre à la représentation des animaux, et plus particulièrement du cheval. À une époque où ce sujet était volontiers relégué au second plan des hiérarchies académiques, Gilpin contribua à lui conférer une légitimité nouvelle. En 1797, il fut élu membre de la Royal Academy, consécration qui témoigne de la reconnaissance institutionnelle progressivement accordée à la peinture animalière en Grande-Bretagne.
Son approche se distingue de celle de son contemporain George Stubbs par une sensibilité plus narrative et atmosphérique. Là où Stubbs cherche la précision anatomique presque scientifique, Gilpin privilégie la tendresse du tableau, l'harmonie entre les corps et le paysage qui les encadre. Cette différence de tempérament se lit clairement dans Mares and Foal.
La toile : entre observation et émotion
Réalisée en 1775, Mares and Foal met en scène le lien fondamental qui unit la mère et son jeune dans le monde équin. Le choix du sujet n'est pas anodin : la jument et son poulain constituent un motif récurrent chez Gilpin, qui y voit l'occasion d'explorer à la fois la morphologie du cheval à différents stades de développement et la charge affective propre aux liens maternels.
La composition repose sur un équilibre soigné entre les masses animales et l'espace pastoral qui les entoure. Le traitement de la lumière, caractéristique de la tradition picturale anglaise de cette période, contribue à donner aux sujets une présence à la fois solide et naturelle, ancrée dans un paysage reconnaissable sans être précisément identifié. L'oeuvre s'inscrit ainsi dans la lignée de ces représentations bucoliques qui fleurissent en Angleterre au cours du XVIIIe siècle, portées par l'engouement des grandes familles aristocratiques pour l'élevage et la course.
Conservation au Centre d'art britannique de Yale
La toile est aujourd'hui conservée au Centre d'art britannique de Yale, à New Haven, dans le Connecticut. Fondé grâce au mécénat de Paul Mellon, ce musée abrite l'une des collections les plus importantes d'art britannique hors du Royaume-Uni, avec une attention particulière portée aux XVIIe et XVIIIe siècles. La présence de Mares and Foal dans ses réserves témoigne de l'intérêt durable que suscite Gilpin auprès des spécialistes et collectionneurs de peinture animalière britannique.
Cette oeuvre de maturité, produite au milieu d'une carrière prolifique, reste représentative des qualités qui font la renommée de son auteur : une observation juste du cheval, une composition maîtrisée et une capacité rare à insuffler de la chaleur dans un sujet que d'autres traitaient avec une froideur documentaire.




