
Il manque un tiers de l’herbe de l’année : le foin de votre cheval se réserve maintenant
Si vous comptez acheter le foin de votre cheval en novembre, cette année vous arriverez après tout le monde. Au 10 août 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes françaises n’atteignait que 51,4 pour cent de sa valeur annuelle attendue, contre 76,2 pour cent sur la période de référence 1989-2018. Ce n’est pas une impression de propriétaire inquiet, c’est le chiffre publié par le dispositif Isop du service statistique du ministère de l’Agriculture, construit avec l’Inrae et Météo-France. Il manque environ un tiers de l’herbe de l’année, et le fourrage d’hiver se réserve maintenant, pas au premier gel.
Voici ce que disent exactement les chiffres, ce que le plan de soutien annoncé le 4 septembre change ou ne change pas pour un cheval, combien de foin il faut réellement prévoir, et sur quoi juger un lot avant de sortir la carte bancaire.
Un tiers d’herbe en moins, et ce sont les regains qui manquent
L’indicateur s’appelle Isop. Il croise les données de Météo-France, un modèle agronomique de l’Inrae et le suivi statistique du ministère, et il produit chaque mois un taux de pousse par région. Au 10 août 2026, la France entière était à 51,4 pour cent de sa pousse annuelle, quand la normale de référence situe ce même jalon à 76,2 pour cent. Le rapport parle de déficits marqués dans la quasi-totalité des régions.
Plusieurs régions sont passées sous la barre des 50 pour cent : la Bourgogne-Franche-Comté à 45,7 pour cent, la Nouvelle-Aquitaine à 47,0 pour cent, le Grand Est à 47,1 pour cent, l’Occitanie à 47,9 pour cent. Même la Bretagne, qui passe pour la région où l’herbe pousse toujours, plafonne à 57,6 pour cent contre 79,7 pour cent d’habitude. La pousse s’est quasiment arrêtée dès la fin mai, et de nombreux éleveurs ont entamé dès l’été le foin qu’ils avaient stocké pour l’hiver.
Il y a une nuance importante à poser tout de suite, parce qu’elle détermine ce qui va manquer dans votre grange. Un tiers d’herbe en moins ne veut pas dire un tiers de bottes en moins partout. Dans beaucoup de bassins, la première coupe, faite au printemps avant la sécheresse, a été correcte. Ce sont les deuxièmes et troisièmes coupes, les regains, qui n’ont pas poussé. Or le regain est précisément le foin plus souple, plus feuillu, plus appétent, celui qu’on réserve souvent aux chevaux difficiles, aux vieux et aux jeunes. Le foin d’hiver ne va donc pas seulement coûter plus cher : sa qualité moyenne va baisser, et les lots vraiment fins vont partir en premier.
La pénurie en 68 secondes
Un tiers d’herbe en moins, résumé en vidéo
Le chiffre d’Isop, la ration réelle d’un cheval sur un hiver entier, et les trois fausses économies qui coûtent plus cher qu’elles ne font gagner. Une minute pour savoir quoi commander, et quand.
Un lot de foin se juge à l’odeur et à la main, mais sa vraie valeur se lit sur l’hiver entier : notez le poids, l’état et les épisodes digestifs de votre cheval dans le carnet de santé Equirider, et vous saurez au printemps ce que ce foin valait réellement.
Le plan d’un milliard d’euros ne vise pas le cheval de loisir
Le 4 septembre 2026, le ministère de l’Agriculture a annoncé un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros pour les producteurs touchés par la sécheresse et les chaleurs de l’été. Deux volets : indemniser les pertes exceptionnelles, et relancer la production en facilitant l’achat d’intrants, fourrages compris. Une enveloppe présentée comme un fonds de réarmement agricole, de 235 millions d’euros, doit être déployée par les préfets de région et de département, avec des montants définis département par département après consultation des organisations agricoles. Des cellules départementales sécheresse sont pérennisées.
Ce dispositif s’adresse aux exploitants agricoles. La détention d’équidés de loisir n’ouvre pas, en elle-même, droit à ces aides. Une structure équestre qui possède un statut agricole peut en revanche être concernée, et les critères se décident localement : si vous êtes dans ce cas, la question se pose à la chambre d’agriculture et à la direction départementale des territoires de votre département, pas sur un forum.
Pour un propriétaire de cheval, la conséquence n’est pas polémique, elle est mécanique. Le même fourrage rare sera acheté par des éleveurs dont le pouvoir d’achat vient d’être soutenu. Un particulier qui cherche huit bottes rondes en décembre négocie donc en dernière position, sur un stock déjà engagé.
Combien de foin votre cheval va réellement manger cet hiver
C’est le calcul que presque personne ne fait avant d’appeler un fournisseur, et c’est pourtant celui qui protège du double piège : commander trop peu, ou payer une réserve inutile.
La règle physiologique de base ne bouge pas. Un cheval doit recevoir au minimum 1,5 pour cent de son poids vif en matière sèche de fourrage chaque jour, et l’on vise plutôt 2 pour cent quand le foin constitue l’essentiel de la ration. Pour un cheval de 500 kilos, cela représente 7,5 à 10 kilos de matière sèche par jour.
Le foin sec titre environ 85 pour cent de matière sèche. En poids de botte, cela fait donc à peu près 9 à 12 kilos de foin brut par jour. Il faut y ajouter les pertes : au sol, sous les sabots, au râtelier, dans le vent, comptez de l’ordre de 10 à 15 pour cent, nettement moins avec un filet à petites mailles.
Reste la durée. Selon la région, l’exposition des pâturages et la charge en chevaux, la période sans herbe nourrissante s’étale sur 150 à 200 jours. Le produit des trois donne une fourchette utilisable immédiatement : entre 1,4 et 2,4 tonnes de foin par cheval de 500 kilos et par hiver. Soit environ 5 à 9 bottes rondes de 250 à 300 kilos, ou 70 à 120 petites bottes carrées de 20 kilos. Pour un poney de 300 kilos, comptez un peu plus de la moitié, autour de 0,9 à 1,4 tonne.
Deux chevaux au pré toute l’année, c’est donc, dans le pire des cas, près de cinq tonnes à trouver et à stocker. Ce chiffre change complètement une conversation avec un agriculteur en septembre, et il ne se rattrape pas en janvier. Si vous voulez affiner par stade physiologique, par niveau de travail et en UFC, notre méthode de calcul de la ration du cheval déroule le détail chiffré.
Sur quoi on juge un lot de foin qu’on vous propose
- Le prix au kilo, jamais au ballot : une botte ronde à 60 euros ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas si elle pèse 220 ou 320 kilos. Ramenez tout au prix du kilo, c’est la seule façon de comparer deux offres.
- Le poids réel des bottes : demandez le poids moyen constaté, pas le poids théorique de la presse. Un écart de 50 kilos par botte sur un lot de dix, c’est une demi-tonne de foin qui existe ou qui n’existe pas.
- L’homogénéité du lot : même parcelle, même coupe, même semaine de récolte. Un lot hétérogène oblige à refaire une transition alimentaire à chaque nouvelle botte.
- Le stade de récolte : un foin fauché tôt est plus feuillu et plus digestible, un foin tardif est plus grossier et plus pauvre. Ni l’un ni l’autre n’est mauvais, mais ils ne se paient pas le même prix et ne conviennent pas aux mêmes chevaux.
- Les conditions de pressage et de stockage : un foin pressé humide chauffe et moisit à coeur. Un foin stocké sous abri, sur palettes, se garde une saison entière. Une botte laissée bâchée au champ tout l’hiver, non.
- Ce qu’il y a au coeur de la botte, pas sur le dessus : faites ouvrir une botte du lot avant d’acheter. L’odeur doit être franche, sans piquant ni relent de cave, et la poussière doit rester discrète quand on secoue une poignée.
- Le transport et la manutention : le foin est volumineux et léger à la tonne, le transport peut peser très lourd dans le prix rendu. Sachez avant de dire oui qui charge, qui livre, et si vous avez le matériel pour déplacer une botte ronde.
- L’engagement écrit : quantité réservée, calendrier de livraison, prix ferme ou révisable, et ce qui est prévu si un lot arrive moisi. Une année de pénurie est exactement le moment où l’accord verbal ne tient plus.
Sur la partie strictement pratique, où trouver du foin près de chez soi et comment le reconnaître en un coup d’oeil, nous avons déjà publié un guide dédié à la recherche de foin autour de chez soi, qui détaille les circuits, du producteur local au négociant en fourrage.
Les fausses économies qui finissent chez le vétérinaire
Une pénurie pousse à trois réflexes, et les trois coûtent plus cher que le foin économisé.
Acheter un lot douteux parce qu’il est moins cher. Un foin poussiéreux ou moisi attaque directement l’appareil respiratoire. L’asthme équin, longtemps appelé emphysème, est une maladie chronique dont les formes installées ne se réparent pas : on les gère. Notre page sur la gestion du foin chez le cheval asthmatique détaille le trempage, la vaporisation et les seuils de poussière. Un lot bon marché qui oblige à tremper 12 kilos de foin par jour pendant tout l’hiver n’est pas bon marché.
Rationner le fourrage pour tenir jusqu’au printemps. L’estomac du cheval sécrète de l’acide en continu, y compris à jeun. Allonger les périodes sans fourrage est la voie la plus directe vers les ulcères gastriques, et vers les comportements de rongeur de box qui vont avec. Si la quantité doit baisser, c’est la densité qui s’ajuste, pas le temps de mastication : filet à petites mailles, distribution fractionnée, paille propre en complément d’occupation.
Changer brutalement de foin. Le microbiote du cheval met une dizaine de jours à s’adapter à un nouveau fourrage. Un changement du jour au lendemain, surtout vers un foin plus grossier et moins bien accepté, est un facteur classique de colique d’impaction en hiver, quand le cheval boit moins. Les gestes à connaître et les signes qui imposent d’appeler tout de suite figurent dans notre article sur les premiers gestes en cas de colique. Comptez 10 à 15 jours de transition, en mélangeant les deux foins dans des proportions décroissantes.
Quant aux substituts, ils ont chacun leur règle. La paille occupe et fait mâcher, mais elle n’est pas un fourrage de remplacement : peu digestible, elle augmente le risque d’impaction si elle devient la base de la ration. L’enrubanné apporte beaucoup, à condition que le film soit intact, que la botte soit consommée vite une fois ouverte et qu’elle ne soit pas souillée de terre, faute de quoi le risque de mauvaise conservation, botulisme compris, devient réel. Les granulés de fibres, la luzerne déshydratée et la pulpe de betterave dépannent très bien sur le plan nutritionnel, mais ils ne rendent pas les heures de mastication que le foin long apporte. Notre comparatif des aliments fibreux, foin, luzerne et enrubanné pose les critères de choix.
Les chevaux qui vont payer cette pénurie le plus cher
Trois profils encaissent mal une année de foin rare, et ce sont rarement ceux auxquels on pense.
Les chevaux métaboliques d’abord. Quand le fourrage manque, la tentation est de combler avec du concentré. C’est le meilleur moyen de déclencher une fourbure chez un cheval déjà sensible, et de fragiliser un cheval atteint de Cushing, dont l’automne est justement la période la plus délicate : nous avons expliqué pourquoi dans notre dossier sur la fenêtre d’automne du Cushing équin. Chez ces chevaux, un foin pauvre en sucres, même grossier, vaut toujours mieux qu’un seau de granulés.
Les vieux chevaux ensuite. Une dentition usée ne vient pas à bout d’un foin tardif et fibreux. Ils perdent alors du poids sans que personne ne comprenne pourquoi, parce qu’ils passent des heures au râtelier sans rien avaler d’utile. Pour eux, le foin trempé, les granulés de fourrage et les bouchons de luzerne réhydratés ne sont pas un luxe : ce sont les seules fibres réellement disponibles.
Les chevaux au pré toute l’année enfin. L’idée que l’herbe d’automne va rattraper l’été n’est pas sérieuse cette année : une prairie qui a grillé en juillet redémarre lentement, et avec une réserve racinaire entamée. Il faudra affourager plus tôt que d’habitude, et le stock prévu doit en tenir compte.
Dans tous les cas, le bon réflexe de l’hiver 2026 est la surveillance rapprochée de l’état corporel, toutes les deux à trois semaines, avec une note écrite. La perte de masse d’un cheval couvert ne se voit pas à l’oeil : elle se palpe aux côtes, au garrot et à la base de la queue. Consigner ces observations au fil de l’hiver, dans le carnet de santé numérique Equirider, transforme une impression en courbe, et c’est ce qui permet de réagir en décembre plutôt qu’en mars.
Ce qu’il est encore temps de faire cette semaine
La fenêtre utile est courte, et elle est ouverte maintenant.
Chiffrez votre besoin réel avec la fourchette ci-dessus, cheval par cheval, en incluant les pertes. Appelez trois fournisseurs plutôt qu’un, et posez à chacun les mêmes questions : poids moyen de la botte, coupe, date de récolte, conditions de stockage, prix rendu. Déplacez-vous pour voir le stock et faire ouvrir une botte, ce que presque personne ne fait et qui change tout. Réservez par écrit, avec un calendrier de livraison échelonné plutôt qu’une livraison unique, pour ne pas entasser six mois de foin dans un local mal ventilé.
Préparez le stockage avant l’arrivée du foin : sous abri, isolé du sol, sur palettes ou sur une couche de paille sacrifiée, avec de l’air qui circule. Une part importante du foin acheté chaque année est perdue après l’achat, faute de conditions de conservation, et c’est la seule perte qui dépend entièrement de vous.
Enfin, si votre cheval est en pension, parlez-en maintenant à votre structure. Le foin est le premier poste de charge variable d’une écurie, et une hausse durable finit toujours par se retrouver dans la mensualité. Nos repères sur les prix des pensions pour chevaux permettent de situer une révision tarifaire et de savoir ce qu’elle recouvre. Une pension qui annonce une hausse en octobre en l’expliquant est plus rassurante qu’une pension qui rogne discrètement sur les quantités distribuées.
Combien de kilos de matière sèche, combien de foin brut, quel complément quand le fourrage baisse en qualité : le calcul se fait en dix minutes, une fois pour tout l’hiver.
À retenir
- Au 10 août 2026, la pousse des prairies françaises atteignait 51,4 pour cent de sa valeur annuelle attendue, contre 76,2 pour cent en référence : il manque environ un tiers de l’herbe.
- Ce sont surtout les regains, deuxième et troisième coupes, qui ont manqué. Les foins fins et appétents partiront les premiers.
- Le plan de soutien de plus d’un milliard d’euros annoncé le 4 septembre vise les exploitants agricoles, pas la détention d’équidés de loisir.
- Comptez 1,4 à 2,4 tonnes de foin par cheval de 500 kilos et par hiver, soit environ 5 à 9 bottes rondes, pertes comprises.
- Les trois fausses économies à éviter : le lot poussiéreux, le rationnement du fourrage et le changement brutal de foin.
Sources
Agreste, service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, dispositif Isop de suivi de la pousse des prairies, données arrêtées au 10 août 2026, en partenariat avec l’Inrae et Météo-France. Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, annonce du 4 septembre 2026 d’un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros à la suite de la sécheresse, dont un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros déployé par les préfets. Presse agricole française de fin août et début septembre 2026, Réussir, Web-Agri et La France Agricole, pour le bilan fourrager régional et l’entame précoce des stocks d’hiver. Institut français du cheval et de l’équitation et références INRAE de nutrition équine pour les seuils de 1,5 à 2 pour cent du poids vif en matière sèche et pour la conduite des transitions alimentaires. Cet article donne des repères de gestion, il ne remplace pas l’avis d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste équin sur un cheval donné.
Pour aller plus loin : quiz cheval et concours équestres
En savoir plus sur Pénurie de foin 2026
Le quiz
Turin, 3 janvier 1889 : pourquoi Nietzsche a enlacé un cheval battu,…
Un cheval lui a marché dessus à 17 ans : pourquoi Guillaume Canet es…
Six mois d'économies sur Chèvre d'Or, 120 contre 1 : pourquoi Heming…
Secretariat : un cœur de 10 kilos découvert à l'autopsie, le secret …
Percuté à toute bride par un domestique, cru mort deux heures : la c…Articles similaires
