
Comanche, l’unique survivant du désastre de Custer : le cheval qu’on n’a plus jamais monté
Le 25 juin 1876, la colonne du lieutenant-colonel George Custer est anéantie à Little Bighorn. Deux jours plus tard, sur ce champ de bataille jonché de morts, les soldats ne retrouvent qu’un seul être vivant appartenant à la 7e de cavalerie : un cheval bai criblé de blessures, nommé Comanche. Soigné pendant des mois, il survit. Et par ordre officiel du régiment, plus personne ne fut jamais autorisé à le monter. Voici l’histoire de ce cheval devenu légende, et la part de vérité derrière le mythe du « seul survivant ».

Little Bighorn : le jour où la cavalerie de Custer disparaît
Ce 25 juin 1876, dans le Montana, cinq compagnies commandées par George Custer chargent un immense campement de guerriers lakotas, cheyennes et arapahos menés notamment par Sitting Bull et Crazy Horse. En moins d’une après-midi, les quelque 210 hommes du détachement de Custer sont tous tués. C’est l’une des défaites les plus retentissantes de l’histoire de l’armée américaine, restée dans les mémoires sous le nom de « Custer’s Last Stand ».
Parmi les montures engagées se trouve Comanche, un hongre bai acquis par l’armée en 1868, cheval du capitaine Myles Keogh. Robuste, endurant, taillé pour les longues chevauchées de l’Ouest, il appartient à cette catégorie de chevaux polyvalents que l’on retrouve encore aujourd’hui dans l’univers du Quarter Horse et des chevaux de ranch américains.
Retrouvé deux jours plus tard, criblé de blessures
Quand les renforts atteignent enfin le site, le spectacle est terrible. Au milieu des corps, un mouvement : Comanche, debout mais chancelant, porte de multiples blessures par balles. La tradition régimentaire en compte sept, certaines graves. Beaucoup l’auraient achevé. Le régiment décide au contraire de tout tenter pour le sauver.
Embarqué sur un vapeur puis ramené à Fort Lincoln, il est soigné pendant près d’un an. Sa convalescence, longue et incertaine, rappelle à quel point un cheval blessé dépend entièrement de la qualité du suivi qu’on lui apporte, un principe toujours valable pour tous les soins et la surveillance de la santé du cheval aujourd’hui. Contre toute attente, Comanche se rétablit.
L’ordre général qui a fait de lui une légende
En avril 1878, le colonel Samuel Sturgis signe un ordre resté célèbre. Comanche est déclaré mascotte vivante de la 7e de cavalerie. Consigne : il ne devra plus jamais être monté, ni attelé à aucun travail. On lui réserve une stalle confortable, un palefrenier attitré, et lors des cérémonies militaires, il défile seul, sans cavalier, harnaché de noir, bottes retournées dans les étriers en signe de deuil.
Pendant treize ans, ce cheval promène ainsi le souvenir des hommes tombés. Il meurt en novembre 1891, âgé d’environ vingt-neuf ans. Peu d’animaux ont reçu de leur vivant un tel statut, et cette singularité le place dans le petit cercle des chevaux entrés dans la légende, ceux dont l’aura dépasse de loin leur simple valeur marchande.
- Les faits vérifiables : dates, témoins, documents d’archives (ici l’ordre général n°7 de 1878), plutôt que la seule tradition orale.
- La part de mythe : une belle histoire s’arrondit avec le temps. Distinguer ce qui est attesté de ce qui a été embelli.
- Le sort réel de l’animal : au-delà du symbole, comment le cheval a été soigné, logé, respecté.
- La trace laissée : monuments, témoignages, présence dans la culture, transmission aux générations suivantes.
« Seul survivant » : ce que dit vraiment l’histoire
La formule « seul survivant de Little Bighorn » a fait le tour du monde, mais elle mérite une nuance. Comanche fut le seul être vivant de la 7e de cavalerie retrouvé sur place par l’armée. En réalité, d’autres chevaux du régiment ont survécu à la bataille : certains ont été emmenés par les guerriers victorieux, d’autres, trop blessés, ont été abattus. Comanche, lui, est celui que l’armée a choisi de sauver et de célébrer.
C’est cette décision, autant que sa survie, qui a fait de lui un symbole. Son corps naturalisé est aujourd’hui conservé dans un musée d’histoire naturelle du Kansas, où il continue d’attirer les visiteurs. La légende, elle, s’est chargée de simplifier : de « seul rescapé retrouvé par les siens », on est passé à « seul survivant » tout court.
Ce que Comanche nous apprend encore sur le cheval
Au-delà de l’anecdote historique, ce récit dit quelque chose de la robustesse et de la résilience du cheval. Les montures de l’Ouest, sélectionnées pour l’endurance et la solidité, ont donné naissance à des races encore reconnues pour ces qualités, que l’on peut explorer dans notre encyclopédie des races de chevaux. Comanche appartenait à cette lignée de chevaux rustiques, capables d’encaisser des conditions extrêmes.
Il rappelle aussi que la relation entre l’homme et le cheval ne se résume pas à la performance. On retrouve cette dimension d’attachement et de reconnaissance dans toutes les disciplines, du travail au sport, comme le montre notre panorama des meilleurs chevaux par discipline équestre. Un siècle et demi plus tard, l’histoire de Comanche continue d’émouvoir précisément parce qu’elle parle de ce lien.
- Comanche, hongre bai de la 7e de cavalerie, fut retrouvé vivant après le désastre de Little Bighorn (25 juin 1876), criblé de blessures.
- Soigné près d’un an, il survit et devient mascotte du régiment.
- Par ordre général de 1878, il ne fut plus jamais monté ni mis au travail jusqu’à sa mort en 1891.
- Le mythe du « seul survivant » est à nuancer : il fut le seul cheval du régiment retrouvé vivant par l’armée, non le seul rescapé.
- Son corps naturalisé est aujourd’hui conservé dans un musée du Kansas.
Sources : archives de la 7e de cavalerie (ordre général n°7, 1878), University of Kansas Natural History Museum, récits historiques de la bataille de Little Bighorn.
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